Ormuz, ce détroit qui tire son nom d’une minuscule île iranienne abritant fort opportunément un volcan, est pratiquement désormais centre hautement inflammable du monde.
Par cette voie d’eau reliant golfe Persique et golfe d’Oman transite, comme on sait, un cinquième du pétrole et du gaz que consume l’humanité. Bien entendu, la quasi-paralysie du trafic résultant de la guerre d’Iran n’inquiète pas seulement le consommateur ordinaire râlant devant la pompe à essence ou à la lecture de sa facture de chauffage. Elle donne des cauchemars aux dirigeants des puissances les plus grandes, au spectacle des variations intempestives du prix du brut sur le marché international : lesquelles obéissent en bonne partie aux déclarations à géométrie variable de Donald Trump. Le président des États-Unis a fini par s’en alarmer lui-même, le portant à lever partiellement les sanctions frappant le pétrole russe, ce qui a suscité la colère de l’Ukraine et de l’Union européenne. Mieux encore et en prélude à une visite de Trump à Pékin, le choc pétrolier et ses incidences sur la Chine qui importe le gros du brut iranien ont rendu nécessaire la tenue d’une concertation bilatérale durant les tout prochains jours à Paris.
Et encore le détroit d’Ormuz n’est-il que l’une des haies que doivent sauter tankers et porte-conteneurs desservant la liaison Asie-Europe via le canal de Suez. Non moins hautement est en effet le détroit de Bab el-Mandeb l’accès à la mer Rouge. Sise en territoire yéménite, cette Porte des lamentations est totalement contrôlée par les très actifs houthis fidèles à l’Iran. Voilà qui amène le chef d’état-major américain à évoquer un environnement tactiquement complexe à sécuriser. On ne saurait mieux admettre que la navigation en feu vert sur toute la ligne n’est pas pour demain.
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Serions-nous donc, Libanais, seuls sur terre à avoir d’autres chats à fouetter que ce chantage mondial autour du nœud d’Ormuz ?
Non point bien sûr qu’il puisse nous être indifférent de renouer avec les harassantes crises de ravitaillement dues autant à la corruption des dirigeants qu’aux vicissitudes des guerres à répétition. Mais il y va de tellement plus, cette fois ! Car c’est un détroit de toutes les brumes, de tous les périls, un détroit miné, c’est même un goulot de bouteille que se voit tenu de franchir actuellement notre pays. Or celui-ci est l’objet non pas d’un vil chantage, mais de deux : l’israélien et l’iranien qui, bien que contradictoires, se nourrissent objectivement l’un l’autre. Le premier s’emploie à pousser le Liban à sa perte, le second à l’y tirer.
Les semonces de Tel-Aviv se font ainsi chaque jour plus précises : si l’État ne désarme pas le Hezbollah, Israël s’en chargera partout où est implanté ce dernier : cela quitte à provoquer l’effondrement total du Liban, comme s’en effarent déjà les Turcs. Dans le même temps, les frappes israéliennes visent à nouveau le centre de Beyrouth, avec leur lot de victimes collatérales. De fleuve Litani en rivière Zahrani, ne cesse de s’allonger en outre la triste litanie des zones de dépeuplement méthodique. Pour sa part et bien que durement atteint, le régime de la République islamique exploite à fond la même logique qu’il a inculquée à ses créatures d’outre-frontière : survivre à l’anéantissement c’est déjà gagner, quels que soient les dégâts alentour.
En se félicitant pour la première fois de tirs de missiles conjointement opérés avec le Hezbollah, Téhéran n’a fait en réalité que retirer la dernière feuille de vigne locale dont pouvait prétendre encore se parer la milice. C’était là signe de faiblesse et non d’arrogante toute-puissance. Il en est de même d’ailleurs pour les viles manœuvres de subversion, de sédition et autres incitations à la désertion, visant – à visage découvert, désormais – l’armée régulière. En évoquant un obscur rassemblement d’officiers nationaux au sein de l’institution militaire, les organes du Hezbollah ont seulement réussi à mettre par avance ces hypothétiques gradés au ban de la nation. Preuve en est le soutien dont continue de jouir la force légale auprès des diverses communautés libanaises, en dépit des carences qu’on a pu parfois lui reprocher.
Ce n’est pas de ses tanks que l’armée libanaise tire l’essentiel de sa force. En réponse aux menaces de l’extérieur, elle peut et elle doit progresser dans l’exécution de son programme de récupération du monopole des armes. À ceux qui la défient de l’intérieur, elle ne laisse plus d’autre option que l’apologie du suicide.
Issa GORAIEB

