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Culture - guerre au liban 2026

Patrimoine mondial à Tyr : le site archéologique frôlé par une frappe israélienne

Ces attaques ravivent les inquiétudes sur la protection du patrimoine libanais, au moment où Beyrouth multiplie les démarches auprès de l’Unesco.

Patrimoine mondial à Tyr : le site archéologique frôlé par une frappe israélienne

Frappes israéliennes à proximité du site archéologique de Tyr, classé au patrimoine mondial de l’Unesco. L’onde de choc a endommagé des infrastructures modernes situées aux abords des vestiges antiques. Photo fournie par Mountasser Abdallah

Une frappe israélienne a atteint vendredi aux alentours de 16 heures les abords immédiats du site archéologique de Tyr, joyau phénicien classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

Si les vestiges antiques semblent avoir été épargnés, l’onde de choc a causé des dégâts matériels sur les infrastructures modernes du site. Jad Tabet, architecte et conseiller auprès du ministre de la Culture, a confirmé à L’Orient-Le Jour que « le futur musée de la zone, encore inoccupé, a subi des dommages : les vitres ont volé en éclats et des fenêtres ont été littéralement arrachées par le souffle de l’explosion ».

L’attaque a également provoqué un départ de feu dans les broussailles situées au centre du périmètre historique. « L’incendie a pu être rapidement maîtrisé par les secours, évitant ainsi une propagation vers les secteurs majeurs d’al-Bass et d’al-Mina », précise-t-il. Ces zones abritent des trésors de l’époque romaine et byzantine, parmi lesquels l’hippodrome, la nécropole, les thermes et la célèbre voie triomphale. Face à cette menace directe sur l’intégrité du patrimoine libanais, Jad Tabet indique qu’une plainte officielle a été transmise à l’Unesco.

Face à l’escalade militaire dans la région, le Liban tentait depuis plusieurs jours de déplacer le regard vers un autre front, moins visible mais tout aussi essentiel : celui de la préservation de sa mémoire historique. Dans ce contexte de tensions croissantes, le ministre de la Culture Ghassan Salamé a pris l’initiative de saisir l’Unesco afin d’alerter sur les risques que fait peser le conflit armé sur les principaux sites culturels du pays. Parmi eux figurent Tyr et Baalbeck, deux ensembles archéologiques majeurs de la Méditerranée antique, aujourd’hui exposés à la proximité des opérations militaires.

Au cours d’un échange téléphonique avec le directeur général de l’Unesco Khaled el-Enany à Paris, le ministre a demandé à l’organisation d’intervenir auprès des États concernés afin de rappeler les obligations internationales en matière de protection du patrimoine culturel en période de conflit. Au nom du gouvernement libanais, il a appelé les États voisins ou belligérants à prendre toutes les mesures préventives nécessaires pour préserver les biens culturels du pays et à s’abstenir de toute action susceptible de les endommager.

Dans cet appel figurent notamment le Musée national de Beyrouth ainsi que l’ensemble des sites archéologiques et historiques libanais, en particulier ceux inscrits sur la Liste du patrimoine mondial ou bénéficiant d’une protection renforcée au titre de la Convention de La Haye de 1954. Le ministre a insisté aussi sur la nécessité de préserver non seulement les monuments eux-mêmes, mais aussi leur environnement immédiat, qui ne doit pas être exposé aux risques des opérations militaires.


À la suite de cet échange, la délégation permanente du Liban auprès de l’Unesco a poursuivi sa mobilisation auprès du secrétariat de l’organisation et de ses organes compétents afin d’accompagner le Liban dans le contexte des circonstances actuelles. « Nous travaillons à renforcer la coordination avec les services de l’Unesco afin d’activer les mécanismes d’urgence de l’organisation et d’adapter le plan d’action de soutien au Liban déjà établi par le Conseil exécutif en octobre 2024 », explique à L'Orient-Le Jour Hind Darwiche, ambassadrice et déléguée permanente du Liban auprès de l’Unesco depuis septembre 2025. Selon elle, cette mobilisation se fait en concertation étroite avec les autorités libanaises compétentes, notamment la Commission nationale libanaise pour l’Unesco et les ministères concernés, en lien avec le bureau régional de l’organisation à Beyrouth.

Une attention particulière est accordée à la protection du patrimoine culturel. « Nos efforts visent notamment à renforcer les mesures de protection autour des 34 sites culturels libanais qui bénéficient déjà du régime de protection renforcée décidé en novembre 2024 par le comité de l’Unesco pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé », précise Hind Darwiche. L’apposition de l’emblème international signalant ce statut figure parmi les mesures envisagées pour rappeler leur caractère protégé. La diplomate indique également que l’extension de cette protection à d’autres sites situés notamment à Rachaya, Tripoli, au Hermel, à Beyrouth et dans d’autres régions du pays est actuellement à l’étude.

Dans le même esprit, un projet de réhabilitation rapide d’un dépôt à Byblos est en cours afin d’y mettre à l’abri des objets culturels menacés. « L’Unesco a donné instruction à son bureau régional de Beyrouth de fournir une aide d’urgence pour faciliter l’évacuation d’objets patrimoniaux depuis les zones à risque vers des lieux plus sûrs », ajoute l’ambassadrice, précisant qu’une enveloppe financière a été allouée par l’organisation à cet effet.

La mobilisation concerne aussi d’autres secteurs relevant du mandat de l’Unesco. Des programmes sont en cours de coordination pour soutenir les institutions culturelles et accompagner le système éducatif, fortement affecté par la situation. Parmi les initiatives envisagées figure l’ouverture de plusieurs bibliothèques publiques destinées à accueillir des jeunes déplacés et à y organiser des activités culturelles et éducatives.

Dans sa réponse au ministre de la Culture, Khaled el-Enany a assuré que l’Unesco suivait la situation au Liban « avec la plus grande vigilance » et que les mécanismes compétents de l’organisation étaient mobilisés afin d’apporter le soutien nécessaire. La délégation permanente du Liban auprès de l’organisation onusienne demeure engagée dans ce travail de coordination afin d’assurer une réponse rapide de sa part et de contribuer à la protection du patrimoine, des institutions culturelles et du système éducatif libanais.

« Détruire Tyr, c’est effacer l’histoire »

Au-delà des échanges diplomatiques, les appels se multiplient dans les milieux culturels et patrimoniaux. Dans une lettre adressée au président américain Donald Trump, Maha el-Khalil Chalabi, secrétaire générale de l’Association internationale pour la sauvegarde de Tyr, évoque une situation « grave et urgente » pour le patrimoine libanais. Elle alerte notamment sur les risques pesant sur la ville antique de Tyr. Dans ce contexte de conflit, elle exhorte le président américain à user de son influence pour garantir le retrait des troupes israéliennes du territoire libanais et préserver l’intégrité du pays ainsi que son héritage culturel.

Le cri d’alarme résonne également dans la société civile. Dans un appel public, l'activiste et auteure Pascale Choueiri Saad rappelle que Tyr, l’une des plus anciennes villes continuellement habitées de la Méditerranée, fut pendant des millénaires un centre majeur du monde phénicien et un carrefour d’échanges maritimes. « Détruire une telle ville ne signifie pas seulement endommager un lieu, écrit-elle. C’est effacer des chapitres entiers de l’histoire humaine. »

Le site archéologique de Tyr est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1984. Photo Wikicommons
Le site archéologique de Tyr est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1984. Photo Wikicommons

Le précédent de 2024

Ces démarches s’inscrivent dans un effort diplomatique engagé dès l’automne 2024, au lendemain des premières frappes israéliennes à proximité de plusieurs sites historiques. Le 21 octobre, le Conseil exécutif de l’Unesco avait adopté par consensus une résolution présentée par la délégation libanaise appelant les États membres à soutenir le Liban dans trois domaines : la protection des journalistes, l’aide au système éducatif et la sauvegarde des sites archéologiques. Un compte spécial avait été ouvert afin de permettre aux États de contribuer financièrement à ces efforts. Parallèlement, Beyrouth avait obtenu la convocation d’une session extraordinaire du comité chargé de la protection des biens culturels en cas de conflit armé, tenue le 18 novembre au siège de l’Unesco à Paris. Le Liban y avait présenté un dossier recensant 34 sites menacés, parmi lesquels Baalbeck, Tyr et Anjar, afin d’obtenir pour eux une protection renforcée conformément à la Convention de La Haye de 1954 et à son protocole de 1999.

Dans le même temps, la diplomatie libanaise tentait de mobiliser l’organisation sur d’autres fronts : la condamnation des assassinats de journalistes au Liban dans le cadre du Programme international pour le développement de la communication, ainsi que le soutien au système éducatif durement affecté par la guerre. À cette époque, environ 1,5 million d’élèves avaient été éloignés de leurs écoles et plus de 700 établissements transformés en lieux d’hébergement.


Cette mobilisation s’est également exprimée au sein de la société civile. Lorsque les frappes se sont rapprochées de l’acropole de Baalbeck en 2024, le Festival international de Baalbeck était intervenu publiquement. Sous l’impulsion de sa présidente, Nayla de Freige, une lettre ouverte adressée à l’Unesco avait rappelé l’importance de protéger ce patrimoine mondial. L’initiative, d’abord portée par le festival, a rapidement suscité un soutien plus large. La Fondation nationale du patrimoine, l’ordre des avocats et une centaine de députés ont rejoint l’appel. Parallèlement, des contacts ont été établis à Paris avec l’ambassadeur du Liban auprès de l’Unesco, Moustapha Adib, engagé dans un travail diplomatique visant à obtenir la convocation d’une session extraordinaire du comité chargé de la protection des biens culturels en cas de conflit armé.

Dans le même temps, le ministère de la Culture et la Direction générale des antiquités, sous la direction de Sarkis Khoury, préparaient les dossiers concernant 34 sites libanais menacés. Afin de soutenir cette démarche, un appel international réunissant près de 300 experts du patrimoine – conservateurs de musées, chercheurs, universitaires, écrivains et artistes – avait été lancé.

Cette mobilisation collective a abouti à une décision annoncée à l’Unesco : les 34 sites libanais concernés bénéficieraient désormais d’une protection renforcée, une mesure accueillie avec soulagement par les défenseurs du patrimoine.

« En 2024, l’État était absent, la communauté internationale nous boudait, le Festival de Baalbeck s’était mobilisé pour aider notre ambassadeur à l’Unesco à protéger Baalbeck. Aujourd'hui, les choses sont différentes, nous avons un ministre de la Culture très engagé qui a immédiatement réagi et une ambassadrice auprès de l’Unesco qui va surement se mobiliser pour la protection de nos sites. Nous pouvons compter sur eux et restons leurs soldats si besoin », souligne Nayla de Freige.

À mesure que le conflit se prolonge, ces démarches traduisent une inquiétude persistante : celle de voir la guerre ne pas seulement redessiner les frontières du présent, mais aussi altérer les traces matérielles d’un passé partagé.

Une frappe israélienne a atteint vendredi aux alentours de 16 heures les abords immédiats du site archéologique de Tyr, joyau phénicien classé au patrimoine mondial de l’Unesco.Si les vestiges antiques semblent avoir été épargnés, l’onde de choc a causé des dégâts matériels sur les infrastructures modernes du site. Jad Tabet, architecte et conseiller auprès du ministre de la Culture, a confirmé à L’Orient-Le Jour que « le futur musée de la zone, encore inoccupé, a subi des dommages : les vitres ont volé en éclats et des fenêtres ont été littéralement arrachées par le souffle de l’explosion ».L’attaque a également provoqué un départ de feu dans les broussailles situées au centre du périmètre historique. « L’incendie a pu être rapidement maîtrisé par les secours, évitant ainsi une...
commentaires (3)

Ce site était dans le point de mire d'Israël depuis la nuit des temps... Fort probablement pour effacer toute trace de civilisation qui l'a précédé...

DOUMET Rima

20 h 20, le 10 mars 2026

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Commentaires (3)

  • Ce site était dans le point de mire d'Israël depuis la nuit des temps... Fort probablement pour effacer toute trace de civilisation qui l'a précédé...

    DOUMET Rima

    20 h 20, le 10 mars 2026

  • NON!!!

    Marie Claude

    08 h 03, le 07 mars 2026

  • Vous pensez que Israel tient compte de ce facteur ? Il y aurait des combattants hzb dans les ruines qu'Israël y lancerait un missile pour les tuer et raser le site ! Gaza en est un exemple !

    Noor Ghdr

    19 h 41, le 06 mars 2026

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