Jorge Takla, le deuxième à gauche, posant devant le Teatro national de Sao Paulo. Photo fournie par Jorge Takla.
Une nouvelle distinction vient couronner le riche parcours de Jorge Takla. Le producteur et metteur en scène libano-brésilien a été nommé directeur artistique du Theatro Municipal de São Paulo, l’une des plus importantes institutions lyriques d’Amérique latine. Il y a pris ses fonctions lundi 1er juin. Cette nomination prestigieuse vient ainsi consacrer la trajectoire internationale de ce Libanais né à Beyrouth en 1951, installé au Brésil depuis plus de cinquante ans, et qui s’est imposé au fil des décennies comme une figure majeure de la scène lyrique et théâtrale du continent sud-américain.
Formé à Paris, celui qui avait commencé sa carrière scénique aux côtés de Robert Wilson est aujourd’hui reconnu pour ses productions ambitieuses alliant raffinement visuel et exigence dramaturgique. Passionné d’opéra, Jorge Takla n’a pas seulement signé plus d’une centaine de productions d’œuvres opératiques tirées des répertoires de Puccini, Verdi ou Mozart, il a également joué un rôle pionnier dans le théâtre musical au Brésil, contribuant à en faire une très grande industrie.
Célèbre pour ses productions de grands ensembles mêlant précision dramaturgique, rigueur musicale et esthétisme soigné, il a à son actif des spectacles aussi divers que la version minimaliste de Jésus-Christ Superstar, le musical Evita, l’adaptation scénique de l’opéra de Benjamin Britten The Midsummer Night’s Dream, ou encore la très acclamée pièce Mademoiselle Chanel. Sans oublier sa magnifique et audacieuse adaptation de l’opéra Carmen de Bizet, présentée au pied du temple de Bacchus dans le cadre du Festival de Baalbeck en juillet 2025. Un spectacle d’envergure dans lequel Takla avait réuni des artistes internationaux et des talents libanais dans un hommage à la résistance culturelle de son pays natal qu’il retrouvait, avec émotion, après des décennies d’absence.
À la tête du Theatro Municipal de São Paulo, Jorge Takla hérite désormais d’une institution de tout premier plan. Inaugurée en 1911, elle abrite l’Orchestre symphonique municipal, l’Orchestre expérimental de répertoire, deux chœurs, un ensemble de musique de chambre ainsi que le Ballet de la ville de São Paulo. « Chaque saison, six à sept productions lyriques y sont présentées. Cette année, le public pourra notamment découvrir Tristan et Isolde en juillet, Don Carlo en septembre et Andrea Chénier d’Umberto Giordano en novembre », signale le nouveau directeur artistique.
Une volonté d’ouverture et de transmission
Conscient de l’ampleur de la tâche qui l’attend, le metteur en scène souligne l’enjeu que représente cette prise de fonction : « Assumer la direction artistique d’une telle maison représente à la fois un immense défi et une responsabilité considérable. La difficulté tient notamment au fait que cette transition s’est effectuée presque du jour au lendemain, alors que la saison est déjà en cours. »
Dans un Brésil profondément polarisé sur le plan politique, Jorge Takla entend faire de cette institution un espace rassembleur. « Les partis pris sont très délicats, notre public allant d’un extrême idéologique à l’autre, je dois essayer d’élever l’expression artistique – musique, opéra, danse – au-delà de toute idéologie », explique-t-il. Avant de rappeler ce qui a toujours été son credo : « La manifestation artistique est en soi un acte politique, humain et social qui élève l’âme et la rapproche du divin. »
Son projet repose également sur une volonté affirmée d’ouverture et de transmission. « Nous allons surtout nous rapprocher des jeunes, des moins favorisés, nous présenter dans les périphéries de la ville, sans pour autant renier la tradition et le passé glorieux de ce théâtre. » Une démarche qu’il résume en une formule : « Avant tout, le dialogue entre la tradition et le contemporain. »
Fidèle à l’énergie qui a marqué l’ensemble de son parcours, Jorge Takla aborde sa nouvelle fonction avec enthousiasme : « J’ai toujours aimé les défis, affirme-t-il. Après l’extraordinaire aventure qu’a représentée la mise en scène de Carmen au Festival international de Baalbeck en 2025, cette nomination est pour moi une nouvelle étape qui confirme qu’en matière d’art et de création, aucun rêve n’est hors de portée. » On ne demande qu’à le croire !



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