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Culture - Interview

Le combat du Liban à l’Unesco pour « assurer une protection effective et intégrale des biens culturels »

À la veille de la session extraordinaire demandée par la délégation libanaise auprès de l’Unesco pour obtenir une protection renforcée des sites archéologiques libanais menacés de destruction, Moustapha Adib, ambassadeur du Liban à l’Unesco, explique les différentes démarches menées et leurs enjeux, pour protéger le patrimoine, l’éducation et le journalisme.

Le combat du Liban à l’Unesco pour « assurer une protection effective et intégrale des biens culturels »

Moustapha Adib, ambassadeur du Liban à l’Unesco. Photo DR

Quelles ont été les premières mesures de la délégation libanaise permanente auprès de l’Unesco, dont vous avez la charge, après les premiers bombardements israéliens ?

Le 21 octobre, le Liban a présenté auprès du conseil exécutif de l’Unesco un projet de résolution qui a été adopté par consensus, appelant à soutenir le Liban dans trois domaines : la protection des journalistes, le soutien à l’éducation et la protection des sites archéologiques, dont certains sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Dans les articles de la résolution, un compte spécial a été ouvert pour permettre aux États d’appuyer le Liban dans ces trois secteurs.

Parallèlement, nous avons convoqué une session extraordinaire du comité chargé de protéger les biens culturels en cas de conflit armé, prévue le 18 novembre au siège, à Paris. La délégation libanaise chargée de présenter le dossier sera composée, outre de moi-même, de MM. Sarkis Khoury et Jad Tabet.

Le 21 novembre, se tiendra à l’Unesco la 34e session du conseil intergouvernemental du PIDC (Programme international pour le développement de la communication). Cet organisme intergouvernemental est chargé entre autres de la protection et de la sécurité des journalistes. Le Liban n’en est pas membre, mais nous demandons d’ajouter à l’ordre du jour un point pour condamner l’assassinat des journalistes au Liban et appeler à protéger leur travail en ces moments difficiles. Enfin, le Liban prépare avec l’Unesco une session d’information qui aura lieu au cours de la deuxième semaine de décembre, pour présenter le plan d’action du ministère de l’Éducation. Il s’agit de faire face aux nombreux défis qui font suite à l’agression israélienne, qui a éloigné 1 500 000 élèves de leurs écoles. Plus de 700 écoles ont été utilisées comme lieux d’hébergement, et il faut réfléchir à la façon de poursuivre l’année scolaire, ce qui représente un véritable défi.

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La session sera accompagnée d’un appel aux États à soutenir ce plan d’action.

En outre, début novembre, le Liban a participé aux Journées arabes, une manifestation organisée pour la première fois à l’Unesco par 22 pays arabes. Cet événement a mis en valeur la richesse du patrimoine arabe et libanais, avec des conférences littéraires, notamment sur le romancier Élias Khoury, des ateliers de calligraphie, des présentations de l’artisanat libanais, l’exposition de pièces antiques provenant du Musée national de Beyrouth, comme des statuettes phéniciennes… Je considère que la culture est le meilleur moyen de communiquer dans un monde fracturé, où on ne s’écoute pas. Notre richesse culturelle incarne l’identité libanaise ; notre pays est un message, pour citer Sa Sainteté Jean-Paul II, un message de paix, de coexistence, de tolérance, et j’espère que ce message revivra de nouveau après l’agression que vit notre pays.

Une épaisse fumée s'élevant du site d'une frappe aérienne israélienne à Baalbeck, le 31 octobre 2024. Photo AFP

Quels sont les enjeux de la session extraordinaire qui aura lieu le 18 novembre ?

Après la première frappe israélienne en octobre à 500 m de la citadelle de Baalbeck, la délégation permanente du Liban auprès de l’Unesco s’est adressée à la directrice générale de l’Unesco Audrey Azoulay et au directeur du Centre du patrimoine mondial Lazare Eloundou Assomo, pour demander de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la protection des sites menacés. Au même moment, nous avons demandé la tenue d’une session extraordinaire du comité chargé de protéger les biens culturels en cas de conflit armé, selon la convention de La Haye de 1954 et le 2e protocole de 1999. Ce comité est composé de 12 États, et il est actuellement présidé par la Finlande. Nous avons fait un travail diplomatique important pour obtenir le quorum nécessaire, qui est de 8 voix sur 12. L’objectif principal de cette session est d’assurer une protection effective et intégrale des biens culturels. La convention autorise l’application de sanctions au cas où des frappes toucheraient des sites qui sont sous protection renforcée. Cela impose également aux parties en conflit de ne pas cibler les sites patrimoniaux et de ne pas utiliser ces biens ou leurs abords immédiats dans le cadre d’une action militaire. Par cette session, le Liban demande donc l’application de la convention de La Haye et une protection renforcée de son patrimoine.

Comment va se passer cette session extraordinaire ?

Au cours de cette session, présidée par la Finlande, nous allons soumettre un dossier recensant les 34 sites menacés de façon imminente, pour lesquels le Liban demande une protection renforcée, selon les termes du 2e protocole de 1999 de la convention de La Haye de 1954 sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé. Cette liste a été établie par notre ministère de la Culture. Le ministre Mohammad Mortada a spécialement chargé Sarkis Khoury, directeur général des antiquités, d’assister à la session extraordinaire. Jad Tabet, ancien président de l’ordre des ingénieurs, et qui représente le Liban au Comité du patrimoine mondial, sera également présent.

Parmi les 34 sites figurent ceux de Baalbeck, de Tyr, de Anjar et bien d’autres. Pour l’instant, un mur dans le périmètre de la citadelle de Baalbeck a été endommagé, et un bâtiment de l’époque ottomane, la Menchiyyé, entièrement détruit. Des bombardements massifs ont eu lieu à quelques mètres des sites plurimillénaires de Tyr. Les bombardements peuvent également mettre à mal les structures des sites à court, moyen ou long terme, à cause des secousses et des vibrations qu’ils occasionnent.

La réunion du 18 novembre va-t-elle prévoir des moyens pour protéger les sites ou permettre leur restauration, comme ce fut le cas lors des explosions au port de Beyrouth ?

Je salue les initiatives de reconstruction de l’Unesco après les explosions au port de Beyrouth. Pour ce qui est de nos sites historiques et archéologiques, nous sommes en train de travailler sur ces questions avec l’Unesco et le comité du patrimoine mondial. Il y aura peut-être quelques annonces dans ce sens, de la part de pays amis, dans les jours qui viennent.

Je saisis cette occasion pour saluer l’action efficace, engagée et désintéressée de la société civile libanaise pour la protection de notre patrimoine. Le comité du Festival de Baalbeck présidé par Nayla de Freige s’est beaucoup investi, il a alerté sur le danger imminent de destruction patrimoniale au Liban. Nombreux sont ceux qui se sont également engagés pour la défense de nos sites historiques et archéologiques, par exemple la Fondation nationale du patrimoine, présidée par Mona Hraoui, le bâtonnier de Beyrouth au nom des avocats du Liban ou l’Association internationale pour la sauvegarde de Tyr. Plusieurs pétitions, pour alerter sur le danger imminent qui pèse sur les sites historiques, ont été adressées à Mme Azoulay, entre autres une pétition signée par cent députés et une autre par Change Lebanon.

Cette question est essentielle pour notre identité. Ces sites n’appartiennent pas seulement au Liban mais à toute l’humanité, c’est la raison pour laquelle nous avons reçu beaucoup de marques de sympathie de la part de nombreuses fondations étrangères.

Pour la réunion du 18 novembre, nous allons présenter un dossier technique qui remplit tous les critères demandés par le comité pour obtenir le statut de protection renforcée des sites et nous allons demander à ce que le fonds d’urgence soit débloqué de manière immédiate pour sécuriser quelques sites. Le moment venu, bien entendu, nous travaillerons à la reconstruction du patrimoine libanais.

Le plus urgent, c’est bien évidemment d’obtenir un cessez-le-feu, pour que les attaques contre la population et les destructions de biens et de sites historiques cessent. C’est le combat que le Premier ministre Nagib Mikati, le ministre des Affaires étrangères Abdallah Bou Habib et le gouvernement sont en train de mener.

Quelles ont été les premières mesures de la délégation libanaise permanente auprès de l’Unesco, dont vous avez la charge, après les premiers bombardements israéliens ? Le 21 octobre, le Liban a présenté auprès du conseil exécutif de l’Unesco un projet de résolution qui a été adopté par consensus, appelant à soutenir le Liban dans trois domaines : la protection des journalistes, le soutien à l’éducation et la protection des sites archéologiques, dont certains sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Dans les articles de la résolution, un compte spécial a été ouvert pour permettre aux États d’appuyer le Liban dans ces trois secteurs. Parallèlement, nous avons convoqué une session extraordinaire du comité chargé de protéger les biens culturels en cas de conflit armé, prévue le 18 novembre au...
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