Le Premier ministre libanais Nawaf Salam à Qleiate, au Liban-Nord, lors de l'inauguration de l'aéroport René Moawad. Photo de notre correspondant Michel Hallak
Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a souligné samedi, au cours de la cérémonie de lancement des travaux à l’aéroport René Moawad à Qleyaat, que l'accord de Taëf, qui avait été approuvé en 1989 dans cet aéroport, « exige que l’État étende son autorité sur l’ensemble de son territoire par ses propres moyens » et que « la décision de guerre et de paix soit exclusivement de son ressort ».
Ses propos interviennent alors que le Hezbollah et Israël continuent de se livrer à des attaques meurtrières au Liban, et que le parti chiite soutenu par l'Iran refuse de remettre son arsenal tant que l'État hébreu continue d'occuper le Sud.
Dans son allocution, le Premier ministre a rappelé qu'« après la fin des réunions dans la ville de Taëf et le retour des députés d’Arabie saoudite, la Chambre des députés s’est réunie ici même, à l’aéroport de Qleyaat, le 5 novembre 1989 ». C’est ici qu’a été approuvée, dans sa forme constitutionnelle, la Charte de l’entente nationale, connue aujourd’hui sous le nom d’accord de Taëf. C’est également ici que René Moawad a été élu président de la République, avant d’être assassiné quelques jours plus tard alors qu’il tentait de conduire le Liban de l’état de guerre vers la paix civile », a-t-il poursuivi.
« Redonner vie à l’aéroport du président René Moawad ne signifie pas seulement remettre en service un équipement public ; cela signifie aussi restaurer l’idée même de l’État et raviver la mémoire de Taëf, non pas comme un document figé, mais comme un projet politique qui n’a pas encore été pleinement achevé. », a-t-il précisé, en allusion à l’application partielle des accords, notamment sur le plan de l’autorité de l’État, de la décision de la guerre et de la paix, mais aussi sur le plan du développement équilibré.
Nawaf Salam a dans ce cadre rappelé que l’application de l'accord de Taëf « exige que l’État étende son autorité sur l’ensemble de son territoire par ses propres moyens ». « Il exige aussi que la décision de la guerre et de la paix soit exclusivement entre les mains de l’État. Il prévoit également le retrait d’Israël de tous les territoires libanais, le retour à la sécurité et à la stabilité dans le Sud, ainsi que la reconstruction », a-t-il martelé. « Le processus de Taëf est celui d’un État souverain, protecteur et garant de tous les Libanais. C’est en même temps le chemin de la réforme et du développement équilibré. C’est le cap que nous nous sommes fixé dans notre déclaration ministérielle, et nous ne nous en détournerons pas », a ajouté le Premier ministre.
Développement, relance économique et justice sociale
Le Premier ministre n'a pas manquer de dénoncer les attaques israéliennes qui se poursuivent au Liban-Sud. « Nous nous trouvons dans le nord du pays, mais nos regards et nos cœurs restent tournés vers le Sud. (...) De même que l'État ne renonce pas à son devoir de défendre le droit du Liban à sa terre, sa souveraineté et la sécurité de ses citoyens, il ne néglige pas non plus sa responsabilité en matière de développement, de relance économique et de justice sociale », a-t-il souligné.
Nawaf Salam a fait part de son respect envers les habitants du Liban-Sud qui subissent les guerres à répétition entre Israël et le Hezbollah. Selon les Nations Unies, plus d’un million cent mille personnes sont déplacées au Liban à cause du conflit qui a débuté le 2 mars 2026. « Votre souffrance est la nôtre à tous. De même qu’il ne peut y avoir de stabilité au Liban tant que le Sud demeure menacé, le pays ne pourra pas non plus se relever si le Akkar reste marginalisé et si la Békaa demeure privée de ses droits », a-t-il dit, évoquant une « décision politique et nationale de développement ». Il a rappelé dans ce cadre les privations, la marginalisation et le faible niveau d’investissement dans les infrastructures, les services et les opportunités d’emploi. Le Premier ministre a relevé que le Akkar a enregistré le taux de pauvreté le plus élevé du Liban, atteignant 62 %, contre 33 % au niveau national. « Le Akkar affiche aussi le taux de participation le plus faible dans l’activité économique et sur le marché du travail, avec un niveau ne dépassant pas 35 %, contre 43 % au niveau national », a-t-il insisté, citant les indicateurs selon lesquels environ un quart des habitants du mohafazat sont au chômage.
D’où l’importance du lancement des travaux de mise en service de l’aéroport de Qleyaat qui n’est « pas qu’un projet d’investissement, mais une étape essentielle vers un développement équilibré, vers la justice entre les régions et vers l’accomplissement de la responsabilité de l’État envers ses citoyens », a-t-il observé, ajoutant que « l’engagement du gouvernement envers les Libanais commence à devenir réalité ».
Le gouvernement avait approuvé en février dernier la réouverture progressive de cet aéroport situé au Liban-Nord, pour une première phase de quatre ans. Avant la reprise de la guerre entre le Hezbollah et Israël le 2 mars, le ministère espérait voir l’infrastructure accueillir ses premiers vols au cours de cette année. Nawaf Salam a profité de l'événement pour détailler la vision des autorités pour cette région qui repose sur l’activation de la Zone économique spéciale de Tripoli, l’achèvement du projet du Parc international des expositions Rachid Karamé, ainsi que le développement du port de Tripoli.


