Nous aurions toutes les raisons de nous opposer à cette guerre. Elle est conduite en totale violation du droit international, sans même tenter d’en sauver les apparences. Elle est menée par un homme, Donald Trump, dont l’unique boussole est la préservation de ses intérêts, au sens le plus affairiste du terme, et l’exaltation de son ego nourri par tout ce que l’époque produit de plus vulgaire. Elle pourrait aboutir à réaliser le rêve d’un autre, Benjamin Netanyahu, criminel de guerre dont le pays a annihilé Gaza, disséqué la Cisjordanie et redessiné le visage du Moyen-Orient. Elle nous fait basculer encore plus dans un monde où le plus fort peut absolument tout se permettre, y compris assassiner un chef d’État sans avoir à rendre le moindre compte, et dans une région sous la coupe de l’hégémonie militaire israélienne. Et comme si tout cela ne suffisait pas, elle est aussi incertaine que ne le sont toutes les guerres qui visent à en finir avec un régime en place depuis des décennies, si bien que nous pourrions en payer le prix pendant de longues années.
Et pourtant, nous n’y sommes pas opposés. Pas comme nous le devrions en tout cas. Peut-être regretterons-nous ces mots comme tant d’intellectuels de la région ont regretté d’avoir soutenu l’invasion américaine de l’Irak en 2003, un désastre moral et stratégique qui a profondément déstabilisé le Moyen-Orient. Mais en attendant, l’on ne peut s’empêcher de considérer que cette guerre lancée samedi par le couple américano-israélien contre l’Iran est – pour le moment – la moins pire des solutions dans une configuration où il n’y avait de toute façon que de mauvaises options.
Cette guerre nous met face à toutes nos contradictions. Mais quelle était l’alternative ? Même fragilisé, même isolé, même honni par la grande majorité de sa population, le régime pouvait tenir ad vitam aeternam à partir du moment où son appareil sécuritaire était prêt à massacrer jusqu’au dernier Iranien pour assurer sa survie. Un accord diplomatique n’aurait été possible que sur le nucléaire, qui n’est plus aussi stratégique que par le passé, et aurait probablement fait le jeu du régime en question et le malheur de sa population et de la région.
L’usage de la force comme instrument de règlement des conflits est évidemment une chimère au Moyen-Orient, encore plus qu’ailleurs. Mais l’idée que le régime iranien pouvait changer, sans même parler de tomber, sans un usage massif de la force est encore plus chimérique. Un régime qui s’est construit uniquement sur la violence et la propagande pendant des décennies crée de facto, avec ou sans intervention étrangère, non seulement l’impossibilité de le renverser pacifiquement, mais aussi celle de se défaire de son héritage, sans plonger le pays dans le chaos ou la violence. Donald Trump et Benjamin Netanyahu seront évidemment responsables de ce que nous allons vivre ces prochains mois et ces prochaines années, mais Khamenei l’est tout autant qu’eux.
Les deux premiers seront jugés par l’histoire à l’aune de la réussite ou non de leur opération. Il ne fait quasiment aucun doute qu’ils vont parvenir à décapiter le régime, à détruire partiellement ou totalement ses programmes balistiques et nucléaires, et à exercer une pression sur lui comme il n’en a jamais subi auparavant. Depuis le 7-Octobre 2023, nous avons constamment surestimé les capacités de l’axe iranien et sous-estimé celles du couple américano-israélien. Le différentiel de forces est en réalité si grand que les seconds peuvent mener une guerre dans laquelle ils sont capables de bombarder ou d’éliminer n’importe quelle cible à tout moment, sans que les premiers puissent leur infliger une riposte suffisamment lourde pour les faire reculer. Mais ensuite ? Quel est le plan ?
Le couple américano-israélien veut affaiblir le régime de façon si significative qu’il soit contraint de capituler ou d’être renversé en interne par une nouvelle vague de manifestations. Soit une reproduction de ce qu’Israël a fait au Hezbollah avec une sorte de « Naïm Kassem iranien » qui finirait par signer un accord répondant à toutes les exigences américaines. Soit un scénario où le régime, à force d’être bombardé et ses piliers éliminés, s’écroulerait sous le poids des dissensions internes, de la pression de la rue et des frappes américano-israéliennes. À l’issue de cette guerre, l’Iran ne sera plus une puissance régionale et sa capacité de nuisance sera, sinon anéantie, au moins très fortement réduite. Mais si le régime ne capitule pas, le couple américano-israélien est-il prêt à mener une guerre de longue haleine ? Et si l’appareil sécuritaire tient malgré tout, si la rue ne parvient pas à le renverser, si les manifestants sont tués par milliers ou si la suite est chaotique, qui en portera la responsabilité ?
Ali Khamenei a empoisonné la vie des Iraniens, des Libanais, des Syriens, des Irakiens, des Yéménites, et bien d’autres encore. Son héritage n’est fait que de ruines, de répression, de mensonges, de petits calculs et d’erreurs stratégiques qui auront fini par le conduire à sa perte. Quelle que soit l’issue de cette guerre, la République islamique telle que nous l’avons connue n’existera plus. Quelle que soit son issue, le Moyen-Orient aura tourné la page de 1979, une ère de fanatisme et de désolation qui a tant coûté à la région.
Cette guerre est probablement le point d’orgue de la reconfiguration régionale à l’œuvre depuis le 7-Octobre, qui a provoqué une série de séismes menant à l’effondrement de l’autoproclamé « axe de la résistance ».
Mais le nouveau Moyen-Orient qui en a émergé est loin – même très loin – d’être une garantie de davantage de paix ou de stabilité. Les suprémacistes ont changé de camp, de stratégies et de moyens mais sont loin, eux aussi, d’avoir disparu. Ils occupent, sinon la tête, des positions aux portes du pouvoir, dans le pays désormais le plus puissant de la région.
Certains pourraient en conclure que le nouveau Moyen-Orient est ou sera encore pire que l’ancien. Pour les Palestiniens, cela semble évident, mais pour le reste de la région, cela demeure plus que discutable pour le moment. Tout ce que l’on peut dire néanmoins, c’est que l’enjeu fondamental de ce conflit n’est pas de décider qui de l’ancien ou du nouveau Moyen-Orient est le plus enviable. Mais plutôt de savoir si nous allons continuer à vivre dans cet entre-deux-monde où nous supportons à la fois les effets néfastes du nouveau et les résidus de l’ancien, sans qu’aucun équilibre positif n’en ressorte, ou si nous allons définitivement basculer dans une nouvelle ère où toute la région risque de se reconfigurer autour de la question israélienne.


Mais ,Mr Samrani, personne n’ose parler de la cause profonde de ce conflit au MO: des fondamentalismes religieux irréconciliables et qui ne pourraient jamais se faire des concessions mutuelles, chacun parlant de la destruction de l’autre avec un culte du martyr sans aucun état d’âme…. La technologie moderne devient tellement sophistiquée que le monde occidental via son proxy Israël possède un pouvoir de nuisance et de destruction immenses qu’il utilise à gogo pour imposer sa vision de l’avenir pour la région…Sauf que les idéologies fanatiques sont presqu’impossible à éradiquer! Conclusion?
18 h 05, le 02 mars 2026