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Mots de passe


Une paix absolue !

Peu de présidents se seront avancés aussi loin que Joseph Aoun pour faire valoir les sincères aspirations du Liban, peuple et gouvernement, à la sérénité aux frontières.

Et pour cause : formulés de bonne foi ou non dans le passé, les désirs de paix officiels sonnaient invariablement creux à l’oreille du monde extérieur. À l’exception de l’éphémère accord de mai 1983, le Liban, otage tantôt de la Syrie et tantôt de l’Iran, n’avait d’autre hantise alors que de se mettre à l’abri des agressions israéliennes en occultant pudiquement les contreparties qui en découlent forcément. Car c’est bien à partir de notre territoire qu’opérait naguère la résistance palestinienne, attirant sur notre pays représailles, expéditions ou occupation. Plus grave encore, le débat interne sur la question de la lutte armée palestinienne débouchait sur quinze années d’une dévastatrice guerre que l’on s’obstine encore à qualifier de civile. Les fedayine une fois oubliés, c’est cependant le Hezbollah, créature de l’Iran, qui prenait le relais avec, au bout du compte, les catastrophiques résultats que l’on sait.

Or il n’y a plus de place désormais pour les faux-fuyants. Ce n’est pas en effet un sursaut politique national, et encore moins quelque hasardeux recours à la force légale, qui a considérablement réduit l’influence naguère dominante du Hezbollah. En se mesurant à un adversaire surpuissant avec la fatale illusion de maîtriser la règle du jeu, la milice s’est piégée elle-même, sans omettre d’entraîner le pays tout entier dans sa mésaventure. Dès lors, seuls les lavés du cerveau pourraient reprocher à l’État de tirer parti de l’aubaine inattendue, fruit d’un bouleversement régional, pour récupérer ses prérogatives et attributs : à commencer par le monopole des armes et la décision de paix ou de guerre.

C’est précisément ce droit imprescriptible, excluant tout partage, que l’État s’efforce en ce moment de reconquérir, même s’il prend soin de ne pas trop faire de vagues. L’armée vient ainsi de se donner quatre à huit mois pour étendre sa suprématie de la région frontalière à celle de l’entre-deux-fleuves (Litani et Awali ), déclarée intouchable par le Hezbollah. Le Premier ministre Nawaf Salam se dit disposé à élargir le spectre de l’organe international régissant les contacts avec Israël, et le ministre de la Justice dénonce les abus commis dans le passé sous couvert de la loi sur le boycottage de l’État hébreu.

À cette entreprise de reconquête d’une crédibilité internationale en lambeaux, le président Aoun ajoute donc un élément décisif en évoquant une paix absolue, sans autres conditions que celles du droit. Surgie pour la première fois au plus haut niveau du langage officiel, cette petite phrase, prononcée lundi devant le président allemand en visite à Beyrouth, implique bien davantage qu’une simple cessation de l’état de guerre. Elle laisse clairement entendre une future normalisation des rapports : thème sensible entre tous, mais que le chef de l’État n’a pas craint d’effleurer pour donner plus de poids à ses doléances et ouvertures. Il a d’ailleurs enfoncé le clou en soulignant que le Liban ne peut plus supporter le fardeau de quiconque. Encore faut-il cependant que le quiconque en question le comprenne et s’y fasse !

Mais comment, en revanche, saisir correctement la pensée d’un Hezbollah qui ne cesse de lancer les signaux les plus contradictoires ? Son secrétaire général Naïm Kassem somme ainsi les autorités de renoncer au plan de désarmement mais ses ministres s’abstiennent cette fois d’évacuer théâtralement la salle quand le gouvernement prend note des dispositions de l’armée pour la prochaine phase de ce chantier. Kassem se veut aussi intransigeant en paroles que son prédécesseur Nasrallah ; et pourtant, il passe pour parrainer un courant dit modéré dernièrement apparu au sein de la milice. C’est du moins ce que semble suggérer la démission de Wafic Safa, l’homme qui était allé menacer, jusque dans son bureau du Palais de justice, le magistrat enquêtant sur les meurtrières explosions de 2020 dans le port de Beyrouth. Non moins remarquable est à ce propos l’apparente reconversion de Mohammad Raad qui plaidait récemment pour l’unité nationale auprès du président Aoun : unité dont la milice ne s’est jamais embarrassée lors de chacune de ses équipées guerrières…

Ce que l’on a en somme au Liban, c’est un État qui se donne le temps de progresser pas à pas, en se gardant de tout faux pas, et un Hezbollah misant visiblement sur le temps dans l’espoir de quelque regain de fortune. Sans se l’avouer, les deux camps se retrouvent néanmoins dans la même attente des résultats de la négociation entre les États-Unis et l’Iran, dont la deuxième session se déroulait à Genève. Y avait lieu simultanément la poursuite des pourparlers entre Ukrainiens, Russes et Américains.

Ce n’est décidément pas au bas de sa propre porte que l’on peut espérer trouver le cadeau de paix.

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

Une paix absolue !Peu de présidents se seront avancés aussi loin que Joseph Aoun pour faire valoir les sincères aspirations du Liban, peuple et gouvernement, à la sérénité aux frontières.Et pour cause : formulés de bonne foi ou non dans le passé, les désirs de paix officiels sonnaient invariablement creux à l’oreille du monde extérieur. À l’exception de l’éphémère accord de mai 1983, le Liban, otage tantôt de la Syrie et tantôt de l’Iran, n’avait d’autre hantise alors que de se mettre à l’abri des agressions israéliennes en occultant pudiquement les contreparties qui en découlent forcément. Car c’est bien à partir de notre territoire qu’opérait naguère la résistance palestinienne, attirant sur notre pays représailles, expéditions ou occupation. Plus grave encore, le débat interne sur la...