Retenez-moi ou je fais un malheur ! Ainsi pourrait être résumée, un peu caricaturalement il est vrai, la volonté déclarée de Donald Trump d’en finir avec la question iranienne par la guerre ou la négociation.
Ce n’est évidemment pas de la communauté internationale, dont il se soucie comme d’une guigne, que le président US attend quelque réponse à sa mise en garde. Le régime de Téhéran, et lui seul, est désormais tenu de déchiffrer correctement un message balançant entre sévère ultimatum et offre de pourparlers. Nul autre que lui ne peut retenir le bras de l’Oncle Sam, arrêter un geste d’une violence inégalée, dont l’Américain admet qu’il ne s’y résoudrait qu’à son corps défendant. Non moins nuancée est d’ailleurs la réponse de la République islamique qui se dit prête à riposter tous azimuts à toute agression, qui se livre à des manœuvres navales à tir réel, tout en appelant elle aussi au dialogue.
Le choc ou la désescalade ? En ces heures de flottement où tout peut soudain basculer dans un sens comme dans l’autre, où les protagonistes alternent coups d’accélérateur et freinages en catastrophe, il faut cependant constater que le principe même d’une discussion demeure loin d’être acquis. Vendredi encore, l’Iran acceptait ainsi de débattre du nucléaire sur un pied d’égalité, mais excluait avec indignation toute concession sur son stock de missiles, cette autre condition sine qua non que Washington pose pourtant à tout dialogue. Comment dès lors désamorcer une guerre totale que les deux parties paraissent désireuses d’éviter, si tant est qu’elles le peuvent encore ?
C’est là que plus d’une variante s’impose sur la scène. Pour affaibli que soit l’Iran, un blitz aérien ne saurait suffire à lui seul pour provoquer la chute de la théocratie persane ; on peut même être sûr que celle-ci crierait victoire si seulement elle survivait à l’ouragan. Savamment calculées et dosées, les frappes aériennes pourraient en revanche obtenir un résultat plus modeste et néanmoins de prix : à défaut d’un changement de régime, on aurait du moins obtenu des changements au sein du régime. Les éliminations physiques étant devenues de bonne guerre depuis qu’elles ont été institutionnalisées par Israël, ces frappes cibleraient, outre les installations nucléaires ou militaires sensibles, les chefs historiques du pouvoir religieux et les éléments les plus durs des gardiens de la révolution. Et du moment que tout envoi de troupes au sol est hors de question pour les États-Unis, ils semblent miser sur une remobilisation de la contestation interne, malgré le sentiment d’abandon qui avait gagné les manifestants, sauvagement réprimés la semaine dernière, et qui avaient attendu en vain les secours promis par Washington. C’est d’ailleurs ce carnage qui, après de longues années d’indécision, vient de porter l’Union européenne à placer les pasdaran sur la liste des organisations terroristes. Pour qu’apparaisse enfin la goutte qui a fait déborder le vase, il aura tout de même fallu que coulent de furieux torrents de sang ….
Où s’arrête à ce propos l’ingérence, où commence le devoir d’assistance à peuples en détresse et danger ? Khamenei, Netanyahu, Poutine et Trump ont, à qui mieux mieux, rivalisé de zèle pour abuser du premier terme de l’alternative sans trop se préoccuper du second. Du Golfe à la Méditerranée, le Moyen-Orient tout entier s’inquiète des inévitables retombées qu’aurait un embrasement régional. Unique en son genre reste cependant le cas du Liban où se côtoient, bien forcés, un pouvoir légal soutenu par le gros de la population et un de ces bras armés dont dispose l’Iran en plus d’un point du monde arabe.
Et qui plus est, un bras passablement fracturé, mais qui ne cache pas sa détermination à n’en faire qu’à sa tête si l’Iran était agressé. À peine revenu de son désastreux front de soutien à Gaza, c’est à la rescousse de l’Iran, excusez du peu, que menace de voler le Hezbollah.
Issa GORAIEB

