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Ce qui reste quand ils repartent


Et voilà, ils rentrent « chez eux ». Ces fêtes ont été un peu moins dramatiques que les précédentes sur le plan sécuritaire. Même les routes, cauchemars des familles libanaises à chaque réveillon du Nouvel An, ont affiché un taux d’accidents proche de zéro, véritable exploit à mettre au crédit des gendarmes et du ministère de l’Intérieur. Le temps, par chance, fut lui aussi souvent radieux, de quoi ajouter de la joie à la joie, autoriser des promenades à pied sur le chemin des souvenirs, longer la muraille de l’école fermée pour les vacances, écouter l’écho lointain de ses propres rires dans la cour de récréation, lorgner à travers la clôture la maison hantée, son bassin d’eau verte, son jardin abandonné et les délicieuses chimères de l’enfance, une dernière fois avant qu’elle ne soit transformée en restaurant.

Comme à chaque fois, les chers revenants ont adoré s’ennuyer aux interminables repas rituels, déjeuner pléthorique de la tante Adèle – abats sanglants, feuilles de vigne et pieds de moutons –, dîner très solennel de la cousine Aida – recettes du Elle et plats décorés, couverts en argent et service en porcelaine fine reçus à son mariage en 1987, aérés une fois l’an –, blagues navrantes de l’oncle Habib (l’oncle universel, paraît-il). Pour une fois, les conversations politiques ont semblé moins passionnées, du moins sur les questions internes, et le rapt de Maduro avait eu lieu après le départ des derniers avions qui les ramenaient dans leurs pays d’adoption. Il leur avait semblé aussi que le sujet récurrent – parfois obsessionnel à juste titre –, des économies englouties par les banques stagnait à l’étape « résignation » du processus du deuil. Les fumeurs ne fument plus à l’intérieur : les balcons s’étaient encombrés de briscards complices qui avaient commencé au temps de la guerre civile pour se rassurer dans les abris quand, de toute façon, il n’y avait pas de lendemain.

Vivant au rythme des vagues qui ramènent et reprennent enfants et petits-enfants, le Liban se réveille cette première semaine de l’année avec sa gueule de bois saisonnière. Le mois de décembre avait été un vertige. Même au plus fort des guerres, on n’avait jamais célébré au rabais. Jamais un Noël sans sapin, un sapin sans cadeaux, une Saint-Sylvestre sans réveillon. Plus on fait les choses en grand, meilleurs sont les augures, n’est-ce pas ? Alors va pour les courses haletantes, les accumulations de paquets, les achats superfétatoires où se délie le mot « fête ». Tout cela couvre une appréhension de décevoir, un désir de faire en sorte qu’ils reviennent, qu’on leur manque, que ce délire soit à la hauteur des distances couvertes, que jamais ils ne renoncent à revenir, que chaque saveur, chaque sourire, chaque étoile dans les yeux des petits soient autant d’amarrages à un pays qui dérive peut-être, à moins qu’il ne fasse semblant, mais alors si bien semblant !

Comme on avait été obligé de réparer, après la monstrueuse explosion du 4 août 2020, les maisons avaient déjà reçu dans l’urgence l’indispensable ripolinage sans cesse remis à plus tard. Il en résulte l’impression générale de puzzles mal refaits, quelques touches familières apportées par les meubles et objets rescapés de la dévastation, noyés dans des nouveautés achetées par nécessité, souvent sans conviction, loin des coups de cœur des débuts, quand le nid s’apprêtait petit à petit à contenir une idée, même fuyante, du bonheur. Mais il y a encore tant d’amour dans ces décors bancals que rien n’a l’air changé ou différent. L’odeur est la même, chaque maison a la sienne, douce comme une peau, forte comme deux grands bras pour enlacer les siens. Ils repartent, et nombreux sont ceux qui caressent désormais l’idée de revenir, qui s’en font un projet plus ou moins lointain. Ils sont bien sûr convaincus que le Liban n’est pas un pays d’avenir, tant que l’idéal d’un avenir se traduit par la sécurité et la possibilité de prospérer. Mais il y a sous ce ciel quelque chose d’indispensable à la vie.

Et voilà, ils rentrent « chez eux ». Ces fêtes ont été un peu moins dramatiques que les précédentes sur le plan sécuritaire. Même les routes, cauchemars des familles libanaises à chaque réveillon du Nouvel An, ont affiché un taux d’accidents proche de zéro, véritable exploit à mettre au crédit des gendarmes et du ministère de l’Intérieur. Le temps, par chance, fut lui aussi souvent radieux, de quoi ajouter de la joie à la joie, autoriser des promenades à pied sur le chemin des souvenirs, longer la muraille de l’école fermée pour les vacances, écouter l’écho lointain de ses propres rires dans la cour de récréation, lorgner à travers la clôture la maison hantée, son bassin d’eau verte, son jardin abandonné et les délicieuses chimères de l’enfance, une dernière fois avant qu’elle ne soit...
commentaires (2)

Les libanais ne reviendront que lorsque toute cette crasse politique sera à jamais déboulonnée et que l’ordre et la justice reprendront leur rôle initiale qui est de protéger en premier le pays et ses citoyens. Ça n’est pas demain la veille, MALHEUREUSEMENT.

Sissi zayyat

13 h 32, le 08 janvier 2026

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Commentaires (2)

  • Les libanais ne reviendront que lorsque toute cette crasse politique sera à jamais déboulonnée et que l’ordre et la justice reprendront leur rôle initiale qui est de protéger en premier le pays et ses citoyens. Ça n’est pas demain la veille, MALHEUREUSEMENT.

    Sissi zayyat

    13 h 32, le 08 janvier 2026

  • Très joli texte, comme toujours.

    Prinzatour

    10 h 51, le 08 janvier 2026

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