Vue du village de Rmeich, dans le caza de Bint Jbeil, au Liban-Sud, le 16 novembre 2025. Photo Téa Ziade/L’Orient-Le Jour.
L'armée israélienne a effectué vendredi plusieurs mouvements au-delà de la « zone tampon » qu'elle a établie unilatéralement au Liban-Sud, dont l'un inédit à Mansouri (caza de Tyr), à l'heure où tout indique que l'occupation israélienne sera de longue durée.
Un véhicule téléguidé de l’armée israélienne s’est avancé dans l’après-midi jusqu’aux abords d’un barrage de l’armée libanaise dans le village de Mansouri, avant de se retirer, rapporte notre correspondant au Liban-Sud. Parti du village côtier de Bayada occupé, le véhicule s’est avancé en empruntant la route côtière, et a dépassé de 150 mètres l’entrée du village, situé à plus de 8 km à vol d’oiseau du point le plus proche sur la Ligne bleue, avant de s’immobiliser face à un barrage de l’armée libanaise. Une photo obtenue par notre correspondant montre le véhicule faisant face à des soldats. Selon des sources locales, c’est la première fois qu’un véhicule de l'armée israélienne atteint ce point et se retrouve face à face avec un barrage de l’armée libanaise. Il s’est ensuite retiré et s’est repositionné en direction de Byout el-Sayed, au sud du village. Mansouri a été en grande majorité détruite par l’armée israélienne. Il y a moins d’une semaine, celle-ci avait largué des tracts au-dessus du village ordonnant aux habitants revenus sur place depuis mi-juin de partir.
Outre ce mouvement sur la côte, dans le secteur central, des véhicules de l'armée israélienne ont été observés en fin de matinée circulant entre les localités de Haddatha et Haris, dans le caza de Bint Jbeil. Ce dernier village, non inclus dans la « zone tampon » établie unilatéralement par Israël au Liban-Sud et situé juste au nord de Haddatha, contrôlé par les troupes israéliennes, a par ailleurs essuyé des tirs à l'arme automatique pendant près de trente minutes tard dans la soirée de jeudi, qui avaient effrayé ses habitants.
Frappe de drone et tirs dans le caza de Bint Jbeil
Plus généralement, l'armée israélienne a poursuivi ses attaques vendredi au Liban-Sud. Un drone a ainsi tiré sur une moto sur la route côtière menant de Tyr à Naqoura, près de Bayada, et blessé son conducteur. La cible présumée de la frappe, dont l'identité demeurait inconnue dans l'après-midi de vendredi, a été transportée par les secouristes des scouts de la mission islamique (al-Rissala, affiliés au mouvement chiite Amal) vers un hôpital de Tyr.
En fin de matinée, les forces israéliennes ont effectué une importante détonation aux abords du village de Zaoutar el-Charqiyé, dans le caza de Nabatiyé. L'explosion a été entendue dans plusieurs localités voisines. Dans la nuit, le caza de Bint Jbeil a été particulièrement touché. Des tirs d’artillerie ont visé la périphérie de la localité de Haddatha, du côté de Beit Yahoun. Et à 3 h 40 du matin, l’armée israélienne a mené une opération de dynamitage à la périphérie de Haddatha, en direction de Aïta el-Jabal. Par ailleurs, des tirs à l’arme automatique ont visé la périphérie de la localité de Qantara, dans le caza de Marjeyoun, et un raid de l'armée israélienne a été effectué sur des terrains communaux de Mansouri (caza de Tyr).
Ces attaques sont intervenues au lendemain d’une journée au cours de laquelle l’armée israélienne avait mené au Liban-Sud deux raids de son aviation, des frappes de drone sur deux localités, des tirs d’artillerie sur pas moins de sept localités, et neuf opérations de dynamitage.
Un Libanais libéré par Israël
Par ailleurs, Saad Salim al-Houdeiri, un Libanais capturé par Israël cette semaine alors qu’il se rendait dans le village encore habité de Rmeich (caza de Bint Jbeil), dans la « zone tampon », a été libéré et remis à l'armée libanaise vendredi, selon notre correspondante dans la Békaa, Sarah Abdallah. M. al-Houdeiri, qui est originaire de Bar Élias dans la Békaa, a pu contacter brièvement son épouse après avoir été relâché et l'a informée qu'il était en train d'accomplir des « formalités » auprès de la troupe, selon notre correspondant.
Dans une vidéo publiée jeudi, l'épouse de Saad al-Houdeiri avait lancé un appel urgent aux autorités afin qu'elles interviennent pour connaître le sort de son mari. Elle y expliquait que celui-ci s'était rendu à Rmeich plus tôt cette semaine dans le cadre de son travail, « après avoir obtenu les autorisations nécessaires des autorités compétentes, notamment de l'armée libanaise et des Casques bleus de la Finul ».
Tout déplacement est interdit dans la « zone tampon » dans le Sud, qui s'étire sur environ 620 km2 le long de la frontière. Quelques poches restent toutefois habitées, notamment les villages chrétiens de Rmeich, Aïn Ebel et Debl, dans le caza de Bint Jbeil.
Au cours des près de trois années de conflit au Liban-Sud, les forces israéliennes ont à plusieurs reprises enlevé des résidents libanais, dont des responsables locaux, dans des villages frontaliers, y compris durant la trêve ayant duré de novembre 2024 à mars 2026, et notamment ces dernières semaines. Certains détenus ont été libérés le jour même, tandis que d’autres, dont il n'existe pas de recensement officiel, restent en détention en Israël.


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