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Entre la crèche et l’incertitude du monde


Dans une maison qui accueille une première naissance, on parle plus bas, les lumières se tamisent, les pas sont feutrés. Il flotte une odeur émouvante de poudre et de lait. Il fait un peu plus chaud qu’ailleurs. Les parents babillent, même dans leurs conversations d’adultes. Quelque chose en eux oscille entre inquiétude et béatitude. Ils vont et viennent dans la chambre où dort l’enfant, écoutent sa respiration, posent sur lui un regard embué, s’émerveillent – ne cessent de s’émerveiller – voudraient le porter, le réveiller, s’en abstiennent, reviennent vers le monde comme émergeant d’un autre espace-temps, d’une histoire parallèle, à la fois intime et exposée. Entre biberons et changements de couches, ils s’étonnent que la petite chose réclame à la fois si peu et tant de soins. Les nuits d’insomnie entourent leurs regards de cernes heureux. « Heureux parents », dit-on.

Heureux d’avoir gagné à la loterie de la fertilité, de plus en plus avare de nos jours, semble-t-il. Les derniers à avoir connu des fratries de plus de trois ou quatre enfants sont nés au plus tard dans les années 1960. Depuis, la natalité mondiale, notamment dans l’hémisphère nord, baisse de manière inexorable. Au Japon, le déclin des naissances cette année a été défini par le gouvernement comme une « urgence silencieuse ». À ce rythme, la population active se réduit inexorablement et la tendance n’est pas près de s’inverser. En Hongrie, le nombre d’enfants par femme est déjà bien en dessous du niveau nécessaire au remplacement des générations.

Aussi, l’administration Orban a-t-elle décidé d’exonérer d’impôts à vie les mères de deux enfants. L’Italie de la droitiste Meloni, elle aussi en décroissance démographique continue, s’ouvre exceptionnellement aux migrants pour maintenir à flot ses forces vives. La France enregistre son plus bas taux de naissances depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et sa croissance est elle aussi portée par l’immigration. Symptôme en cette période cruciale pour les commerces : les jouets sont de plus en plus conçus pour les adultes. Dans ces pays agricoles que sont la France, l’Italie et la Hongrie, la tradition était pourtant aux familles nombreuses. Entre exode rural, exiguïté des logements, coût de la vie, mariages tardifs, les causes de ce déclin sont multiples, certainement plombées par l’incertitude d’un monde en pleine mutation.

Derrière les lumières spasmodiques et les bruits hystériques de ce nouveau solstice hivernal, contempler ce que Noël a de plus doux : un couple traverse la Galilée en direction de Bethléem. Marie, enceinte, est portée par un âne. Chaque pas la rapproche de son accouchement. Sans doute souffre-t-elle avec patience de contractions douloureuses. Joseph marche à ses côtés. À Bethléem, les rues sont pleines de gens, accourus comme eux pour le recensement ordonné par Auguste, et les auberges sont saturées. Il fait un froid glacial mais le ciel est clair, rempli d’étoiles. Une étable où se reposent un bœuf et un âne leur est proposée et c’est là que Marie met au monde son enfant. Joseph prend soin de le coucher dans une mangeoire garnie de paille. Le souffle des animaux le réchauffe. Des bergers, pauvres parmi les pauvres, avertis par un ange, se dirigent vers cette crèche improbable. Des mages venus de loin, chargés de trésors symboliques, sont, eux, guidés par une étoile vers l’enfant pour lequel ils ont traversé l’Orient. Il n’est pas nécessaire d’être chrétien pour voir dans cette scène l’essentiel de l’humanité : des animaux, des pauvres, des riches de toutes origines entourent cet enfant que l’on dit divin. Il est beau ce dicton africain qui dit qu’il faut tout un village pour élever un enfant.

Mais les Écritures nous indiquent qu’il y faut tout un monde. Une grande partie du nôtre s’apprête à déléguer l’activité humaine aux robots et semble se détourner de la vie organique. Et notre époque massacre encore les enfants comme au temps d’Hérode. Gaza en est témoin où le gouvernement israélien voit en chaque enfant palestinien le remplaçant d’un peuple qu’il veut voir disparaître. Rien de tout cela n’est nouveau. Au tournant de la révolution industrielle, Musset écrivait : « D’un siècle sans espoir naît un siècle sans crainte, les comètes du nôtre ont dépeuplé les cieux. » Ce qui n’empêchait pas Hugo, son contemporain, de prier : « Seigneur ! Préservez-moi, préservez ceux que j’aime (…) De jamais voir, Seigneur ! L’été sans fleurs vermeilles, la cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles, la maison sans enfants. »

Dans une maison qui accueille une première naissance, on parle plus bas, les lumières se tamisent, les pas sont feutrés. Il flotte une odeur émouvante de poudre et de lait. Il fait un peu plus chaud qu’ailleurs. Les parents babillent, même dans leurs conversations d’adultes. Quelque chose en eux oscille entre inquiétude et béatitude. Ils vont et viennent dans la chambre où dort l’enfant, écoutent sa respiration, posent sur lui un regard embué, s’émerveillent – ne cessent de s’émerveiller – voudraient le porter, le réveiller, s’en abstiennent, reviennent vers le monde comme émergeant d’un autre espace-temps, d’une histoire parallèle, à la fois intime et exposée. Entre biberons et changements de couches, ils s’étonnent que la petite chose réclame à la fois si peu et tant de soins. Les nuits...
commentaires (4)

Quel bel article très percutant. Vous nous rappelez la vraie histoire de la naissance de Jésus. Un article plein de vérité. Merci de nous le faire partager Fifi.

Melki Marcelle

17 h 44, le 25 décembre 2025

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Commentaires (4)

  • Quel bel article très percutant. Vous nous rappelez la vraie histoire de la naissance de Jésus. Un article plein de vérité. Merci de nous le faire partager Fifi.

    Melki Marcelle

    17 h 44, le 25 décembre 2025

  • en effet, très bel article. Merci de l'avoir écrit. Edward

    Edward Wuilquot

    13 h 13, le 18 décembre 2025

  • Merci très beau article

    Hind Faddoul FAUCON

    12 h 51, le 18 décembre 2025

  • Merci pour ce bel article!

    Soeur Hiam Baroud

    06 h 17, le 18 décembre 2025

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