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Lorsqu’on plante, il ne faut pas se battre contre la nature, mais, au contraire, tâcher de la comprendre, de « dialoguer » avec les éléments autour de nous afin d’établir une forme de « communication ». Et cela s’applique également à la vie.
Utiliser des pesticides par exemple est une méthode agressive de gérer et contrôler la nature.
Dans mon quotidien, je tâche de découvrir des solutions innovatrices afin de rendre la terre productive tout en respectant cet écosystème et en l’enrichissant lorsque c’est possible.
Libanais, italien, français, né au Liban en 1991 ayant fait des études et travaillé en Suisse, je retourne vivre dans le pays en 2019, voulant le rendre pionnier du développement durable.
Mais les embûches étaient au rendez-vous : la crise économique, la pandémie, l’explosion au port de Beyrouth et tout ce qui a suivi...
La nuit du 4 au 5 août 2020 a été un tournant dans ma vie. Ma famille et moi avons quitté Beyrouth et notre appartement dévasté, pour Amchit, mon village natal. Et j’ai décidé de m’y installer et de m’occuper des terres familiales au quotidien, en les transformant en modèles de permaculture et d’agroforesterie, concepts que la plupart des gens peinent à comprendre. Après le 4-Août, plus rien n’avait de sens pour moi.
J’ai toujours aimé les plantes. Et après cette expérience traumatisante, j’ai découvert que planter aidait à guérir des blessures de l’âme.
Nos jardins familiaux sont boisés et mon pari était d’arriver à les rendre productifs, à y cultiver des fruits et des légumes, sans couper les arbres. Or toute personne qui a planté un minimum dans sa vie sait qu’il faut du soleil, beaucoup de soleil, pour que ces cultures soient productives.
J’ai travaillé sur des centaines d’espèces, associant plantes, lianes, buissons et arbres et tentant d’établir une communication et une harmonie entre elles.
Voyant que beaucoup d’espèces de légumes (tomates, aubergines, courgettes, etc.) réagissent mal à ces conditions de culture, j’ai élargi mon champ de recherche, et découvert des espèces qui toléraient l’ombre des grands arbres et la sécheresse estivale, en créant des associations entres elles. Les plantes les plus « intelligentes » que j’ai progressivement autorisées à coloniser les terres familiales sont : les pommes de terre douces (qui vivent d’année en année, et dont les feuilles sont comestibles), les fruits de la passion (qui grimpent très haut dans les arbres), mais aussi le cresson d’eau, les courges, le basilic, et une foule d’herbes domestiques et sauvages comestibles (fenouil, asperges, capucines, etc.). Toutes ces cultures potagères se développent entre des ficus, des eucalyptus, des bauhinias, mais aussi des citronniers, orangers, manguiers, pommes roses, bananiers, mûriers, oliviers, etc.
Je n’utilise aucun produit chimique. Lorsque les cultures commencent à se fatiguer, j’effectue une rotation et les plante à d’autres emplacements. Il faut aussi savoir accepter l’échec, selon les conditions climatiques.
J’ai également construit un écosystème aquatique, où des grenouilles et crapauds sont venus s’installer, et où j’ai planté des nénuphars, cresson d’eau, et plus récemment du taro (cousin de la pomme de terre, qui vit à moitié submergé). Cela me permet de recueillir l’eau de pluie et de conserver une certaine humidité et fraîcheur dans le jardin en été.
Afin d’éloigner les rongeurs, je compte sur une petite famille de chats qui patrouillent la terre familiale ainsi que sur un hérisson (pour attirer les hérissons, il faut laisser quelques tas de branches et feuillages où ils puissent s’abriter en hiver).
Mon objectif à moyen et long terme est d’essayer de communiquer ce modèle de permaculture et de développement durable à mes concitoyens.
Et, les plantes permettent de tisser des liens entre voisins, entre citoyens, mais aussi entre peuples. Celui qui s’occupe de plantes, et d’animaux, ne peut pas faire de mal à autrui, d’où l’association que je voudrais créer « Arbaro de Espero » ou Forêt de l’Espoir.
Les Libanais pourraient se retrouver pour planter et s’approprier des terrains vagues qui sont laissés à l’abandon par les municipalités.
Il y a aussi un intérêt à faire des interventions dans les écoles pour montrer pratiquement aux enfants comment planter autour d’activités divertissantes et enrichissantes.
Le recyclage prend de même une importance primordiale : les emballages vides en pots, les déchets de cuisine en compost et enrichissement du sol. Nos décharges seraient quasiment vides si chaque citoyen s’y mettait. Créer des pots à partir de matériaux recyclés permet de « démocratiser » l’acte de planter, et de l’ouvrir à tout le monde, même aux personnes qui habitent un petit espace en ville.
Pour citer Voltaire, « cultiver son jardin permet d’éloigner le vice, l’ennui et le besoin ». Certains écrits sont aussi intemporels que les Cèdres... Et selon Platon, l’être humain vit enchaîné dans une caverne et ne voit que des ombres projetées sur un mur, prenant ces ombres pour la réalité. 2300 ans après, le monde n’a pas beaucoup changé. Nous vivons toujours dans une espèce de brouillard spirituel, peinant à trouver une direction dans laquelle marcher. Planter, selon moi, est un acte concret qui permet de repousser cette brume, de rentrer en contact avec les atomes originels de ce monde, et d’écouter une mélodie céleste qui se cache dans la nature, dans le bruissement du vent dans une forêt automnale, dans une petite fleur qui surgit et disparaît sans que personne ne s’en aperçoive. C’est cette mélodie quasiment inaudible qui donne un sens à notre vie.
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