Poignée de main à New York, en marge de l'AG de l'ONU, du PM libanais Nawaf Salam et du président syrien Ahmad el-Chareh, le 23 septembre 2026. Photo publiée sur X par la présidence du Conseil des ministres libanais.
La question de la coopération entre le Liban et la Syrie, qui revient régulièrement au centre des discussions ces derniers jours avec notamment le premier Forum d'investissement libano-syrien organisé à Beyrouth mercredi, a également été évoquée entre le président syrien Ahmad el-Chareh et le Premier ministre libanais Nawaf Salam en marge de l'Assemblée générale de l'ONU. Lors de cette réunion à New York, M. Salam a insisté sur l'importance de « réviser » les accords entre les deux pays, afin de pouvoir faire avancer l'organisation de la première réunion de la Commission supérieure libano-syrienne, créée en juillet.
« Depuis un certain temps, nous travaillons à ouvrir une nouvelle page avec nos frères syriens, et à bâtir des relations entre nos deux pays basées sur la confiance, la non-ingérence dans les affaires intérieures et les intérêts communs », a souligné pour l’occasion le M. Salam à la presse, selon un communiqué publié sur le compte X de la présidence du Conseil des ministres. Cette question de non-ingérence est centrale de tous les échanges entre Beyrouth et Damas depuis la chute du régime Assad, qui avait mis le Liban sous tutelle entre 1976 et 2005, et alors que le Hezbollah avait combattu aux côtés de l'ancien régime lors de la guerre civile en Syrie, à partir de 2013.
« Nous avons discuté de la nécessité de finaliser la révision des accords entre les deux pays, afin qu'ils servent de base à la première réunion de la Commission supérieure libano-syrienne conjointe que nous avons créée à Beyrouth. Cette étape ne doit pas rester lettre morte. Si la réunion n'a pas lieu au début du mois prochain, elle aura lieu le mois d’après », a encore souligné Nawaf Salam.
La création de cette commission a été approuvée en juillet dernier par le Conseil des ministres libanais. L'instance constitue le cadre institutionnel supérieur de consultation, de coordination et de coopération entre les deux pays. Les deux parties ont également discuté « de l'importance de développer les liaisons régionales, en particulier dans les domaines de l'électricité, des chemins de fer et de l'énergie, en raison des intérêts communs qu'ils représentent pour les deux pays. »
Des préoccupations « identiques » à Beyrouth et Damas
Le président syrien Ahmad el-Chareh a pour sa part reconnu qu’entre la Syrie et le Liban « l’héritage est difficile », affirmant que « la Syrie tente d’établir de nouvelles relations fondées sur l’économie et de bonnes relations politiques, qui auront à l’avenir une influence sur la situation sécuritaire ». Dans une déclaration à la MTV, le président Chareh a souligné que les préoccupations sont les mêmes au Liban et en Syrie et qu’« elles doivent toujours rapprocher (les deux parties) et favoriser les meilleures relations ». Malgré la volonté des autorités politiques des deux pays de « tourner la page » de décennies de relations bilatérales tendues, certaines fractures du passé et dossiers continuent de peser, notamment la question des détenus syriens au Liban, la démarcation de la frontière terrestre ou encore le sort des réfugiés.
Concernant les négociations libano-israéliennes et le conseil qu’il adresse au Liban, le président syrien a appelé à « une transparence totale », mettant en garde contre des « promesses exagérées ». Le huitième cycle des négociations entre le Liban et Israël a été repoussé au mois d'octobre, sans qu'une date précise n'ait encore été officialisée. Au Liban-Sud, l’armée israélienne continue d'occuper plus de 600 km2 du territoire et d'y détruire des localités à l’explosif ou par des bombardements. M. Chareh avait par ailleurs affirmé mardi soir que, si Damas négocie toujours pour un accord sécuritaire avec Israël, qui occupe également une zone du Sud syrien, il lui était impossible d'envisager un accord de paix avec l'Etat hébreu tant que les droits des Syriens étaient bafoués.
Outre sa réunion avec Ahmad el-Chareh, Nawaf Salam s'est entretenu avec plusieurs personnalités politiques à New York, notamment le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez, le vice-président du Conseil présidentiel yéménite Abdallah Al-Alimi, la commissaire européenne aux affaires méditerranéennes Dubravka Šuica, l’héritier présomptif de l’État du Koweït Cheikh Sabah Khaled al-Hamad al-Sabah, le Premier ministre égyptien Mostafa Madbouly, la ministre d’État aux affaires de coopération internationale des Émirats arabes unis Reem al-Hashemy, ainsi qu’avec le président roumain Klaus Iohannis.
Ces rencontres ont tourné autour des attaques dans le Sud et la nécessité de « faire baisser les tensions » au Liban et dans la région, les questions de coopération régionale et la fin du mandat de la Force intérimaire de l'ONU (Finul). Sur ce point, M. Salam a plaidé pour « une formule garantissant le maintien d’une présence internationale chargée de missions d’observation, de compte rendu et de liaison, sous l’égide d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. »
