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Nos lecteurs ont la parole

Les mythes s’effondrent

Cela fait plusieurs années que nos certitudes s’ébranlent, les unes après les autres, dans un effet domino des plus déplaisants.

Par où commencer ?

Pour faire simple, je vais choisir le 17 octobre 2019.

Peu, très peu de citoyens ont vu venir l’impensable… à part certainement les coupables de cette folie. Du jour au lendemain, les économies d’une vie sont réduites à néant, devant nos yeux incrédules et ahuris. Nous n’osons pas encore y croire. Non, ça ne peut pas être vrai. C’est impossible de faire évaporer les dépôts bancaires de toute une population… C’est de la folie pure, de la science-fiction, du jamais-vu. Non, le gouvernement va l’empêcher, le gouverneur de la banque centrale est un homme de confiance, décoré de toutes les distinctions possibles et reconnu dans le monde comme l’un des meilleurs gouverneurs…

Les banques libanaises sont solides ; elles vont trouver quelque chose.

Mais voilà. Sept années plus tard, il faut bien se rendre à l’évidence. Oui, les économies de tout un peuple se sont bel et bien volatilisées, l’ancien gouverneur, déchu de toute son aura, est derrière les barreaux, les banques ont perdu tout leur capital confiance, et le gouvernement n’a rien empêché. Pire, il n’a rien décidé, rien entrepris, rien reconstruit ; il n’a sanctionné personne, il n’a demandé aucun compte, il n’a rien expliqué.

Le mythe du dollar placé en confiance dans les banques locales s’effondre, et avec lui l’avenir de millions de Libanais.

Bon. On continue.

3 mars 2020. Ce qui a commencé comme une lointaine vague d’une énième grippe aussi bizarre que violente s’empare du monde entier en quelques semaines.

Fermeture des écoles, des espaces publics, des espaces privés, des restaurants, des bureaux, des domiciles… Le monde marche sur la tête. Qui aurait pu imaginer un jour qu’il faudrait demander la permission des autorités pour acheter du pain ou visiter ses parents ?

Ce n’est pas possible. Ça ne peut pas être vrai. « Ils » vont trouver quelque chose, « ils » vont remettre le monde en marche au plus vite. Les choses ne peuvent pas durer ainsi.

Elles vont durer. « Ils » ont inventé en quelques mois des vaccins et ont forcé les humains de la planète entière à s’inoculer sous peine de rester cloîtrés chez eux.

Le mythe de la liberté sacro-sainte de l’homme, au moins dans le monde occidental, éclate en mille morceaux.

Passons. 4 août 2020, 18h06. Est-ce la fin du monde ? Presque.

Vers 22h, affalés devant la télé, les yeux rougis et le cœur en lambeaux, on commence à comprendre qu’il pourrait s’agir de négligence, d’incompétence, de mauvais entreposage…

Six ans plus tard, toujours aucune réponse. Bien sûr, les versions sont nombreuses et, semble-t-il, l’acte d’accusation serait enfin presque prêt et pourrait même faire l’effet d’une bombe ( !), mais le constat est là. Quelles que soient les responsabilités, le fait est que, pendant que nous dormions tous les soirs tranquilles et sereins sous des toits que nous croyions solides, l’impensable, l’innommable s’est tout de même produit.

Le mythe du minimum de compétence de l’État et de ses structures s’effondre à son tour.

L’avenir nous montrera que la mort gronde partout sous notre terre, du sud au nord, et que nous ne sommes pas à l’abri d’un autre 4-Août…

Continuons. 24 février 2022. La Russie envahit l’Ukraine. On dirait un récit d’un autre temps, mais non. Il s’agit bien de l’Europe en 2022. Le monde est atterré, personne n’y croit vraiment. La communauté internationale s’agite inutilement, en promettant une fin du conflit dans les plus brefs délais.

Rien n’y fait, ni Trump et ses coups de gueule et ses coups de folie, ni la morale, ni la logique, ni les pertes… 2026 touche à sa fin, et Zelensky arbore toujours sa tenue militaire, n’en déplaise au président américain.

Le mythe d’une Europe solide que rien n’ébranle, une Europe entièrement remise de ses démons du passé, ce mythe, lui aussi, se fracasse en mille morceaux.

Revenons près de chez nous. 7 octobre 2023. Le début d’une nouvelle ère pour la région et même pour le monde. Un nouveau 11-Septembre, qui promet de remettre aux calendes grecques toute possibilité de paix au Moyen-Orient.

Là encore, nous nous sommes dit : ce n’est pas possible. « Ils » vont empêcher la démesure, la vendetta sans fin d’Israël. « Ils » vont retenir le Hezbollah, l’empêcher de s’engager dans une bataille perdue d’avance. Rien n’y a fait.

Trois guerres plus tard, le constat est affligeant. Le Liban est occupé dans une grande partie de son territoire par Israël, et dans le reste de son territoire par le Hezbollah, que l’on ne finit plus de désarmer.

Le mythe du Liban relativement à l’abri des fureurs voisines s’effrite, et avec lui l’espoir de lendemains meilleurs.

Comme si tout cela ne suffisait pas, une nouvelle accablante fait à présent le tour du monde. L’intelligence artificielle finira par nous tuer. On le dit, on le prouve, on l’affirme : cette intelligence-là est terrifiante. Non pas qu’elle serait « méchante », mais elle pourrait simplement penser que la Terre se porterait mieux sans l’homme.

Peut-être a-t-elle raison.

La chute du mythe de l’humain est-elle imminente ? L’avenir prochain le dira.

Avocate et professeure de droit

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Cela fait plusieurs années que nos certitudes s’ébranlent, les unes après les autres, dans un effet domino des plus déplaisants.Par où commencer ? Pour faire simple, je vais choisir le 17 octobre 2019. Peu, très peu de citoyens ont vu venir l’impensable… à part certainement les coupables de cette folie. Du jour au lendemain, les économies d’une vie sont réduites à néant, devant nos yeux incrédules et ahuris. Nous n’osons pas encore y croire. Non, ça ne peut pas être vrai. C’est impossible de faire évaporer les dépôts bancaires de toute une population… C’est de la folie pure, de la science-fiction, du jamais-vu. Non, le gouvernement va l’empêcher, le gouverneur de la banque centrale est un homme de confiance, décoré de toutes les distinctions possibles et reconnu dans le monde comme l’un des...
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