Il paraît que le monde a perdu la boule. Pas une petite boule de pétanque égarée sous un figuier, non, une grosse boule de folie furieuse, qui roule et écrase les silences, brouille les langues, transforme les mots en échos vides. Tout, absolument tout, me crie de ranger la plume au tiroir.
Mais mon cœur, lui, est un Libanais têtu qui n’a jamais écouté les consignes de sécurité. Il a traversé les check-points de la mélancolie et dansé sur les gravats des amours envolées.
Alors, je prends mon stylo comme on prend son dernier bout de man’ouché avant la panne, pas pour nourrir les foules, pas pour stopper les tanks avec une rime, non. Juste pour que cette plume fragile, un peu bancale, fasse le voyage, avec un frisson qui court sur la nuque, une larme qui tombe dans le café noir et s’y noie discrètement, ou ce « presque je t’aime » qu’on laisse flotter entre deux verres d’arak, comme une promesse qu’on ne tient pas tout à fait.
Après tout, même quand tout s’écroule, un Libanais trouve toujours une raison de faire une blague, d’ajouter une pincée de sumac sur sa tristesse, et d’écrire, ne serait-ce que pour entendre le bruit de sa propre vie qui, elle, a décidé de ne pas baisser les bras.
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