L’humanité en ce début du XXIe siècle, en raison d’effets pervers du mondialisme et d’un développement exclusivement technologique, souffre d’une crise de transmission de valeurs fondatrices, nationales et universelles, d’une profonde actualité et qui figurent notamment dans les Chartes de création de l’Unesco (16/11/1945), de l’ONU (26/6/1945) et la Déclaration universelle des droits de l’homme (10/12/1948).
Les manifestations d’une carence de transmission sont multiples et dans des démocraties dites consolidées : Angleterre, France, États-Unis d’Amérique… d’après des exemples concrets et une bibliographie abondante et des auteurs éminents. D’où la crise de transmission et la centralité et actualité profonde du problème de la transmission. Le cas du Liban, et d’autres pays arabes et de tout un patrimoine séculaire arabe de gestion du pluralisme religieux et culturel, est fort pertinent.
Des actions et productions pédagogiques ont été entreprises au Liban, durant plusieurs années, notamment par l’Université Saint-Joseph de Beyrouth pour la transmission des valeurs fondatrices du Liban et du patrimoine culturel et national et en vue d’une mémoire immunitaire, en conformité parfaite avec le « Cadre général de l’enseignement préuniversitaire au Liban » proclamé le 20/11/2022 au Grand Sérail gouvernemental.
Il y a aujourd’hui dans le monde et dans les systèmes d’éducation une crise de transmission du patrimoine culturel et valoriel aux nouvelles générations, ce qui menace tous les acquis de la civilisation et ne garantit pas l’immunité face à des effets pervers du mondialisme et d’un progrès exclusivement technologique.
L’histoire de la Grande-Bretagne est à l’origine des principes fondamentaux du droit constitutionnel. Les États-Unis d’Amérique célèbrent les 250 ans de leur fondation. Une nouvelle génération en France ignore l’apport du siècle des Lumières et les travaux de pères fondateurs.
Il y a une propension aujourd’hui au Liban à exhiber le patrimoine national et culturel dans des conférences, des travaux universitaires, mais sans le souci de la transmission en éducation, dans des publications de vulgarisation, des musées municipaux et des programmes pédagogiques pour la jeunesse. Il y a là de la culture, mais une culture qui n’est pas « culturelle », intégrée, c’est-à-dire qui se traduit en comportement, immunité nationale, dans les mentalités, la vie publique, le quartier d’habitation et la vie municipale.
Les valeurs fondatrices du Liban à transmettre par l’éducation, le quartier et des musées municipaux ont surtout émergé depuis les années 1920 avec la proclamation de l’État du Grand Liban, la Constitution de 1926, le pacte national de 1943. Il s’agit de dix valeurs fondatrices du Liban : pacte national, Constitution de 1926, indépendance et neutralité officielle dans le cadre de la Ligue arabe, gestion démocratique du pluralisme religieux et culturel, hymne national : « Tous pour la patrie » (Kulluna li-l-watan), vivre-
ensemble islamo-chrétien, dialogue démocratique, libertés, Liban message, nécessaire rôle régional arabe et mondial, arabité indépendante.
Ces fondements sont noyés dans des slogans ou perturbés, pollués dans un discours déboussolé ou menacés, bien que l’expérience même montre à quel point ils sont résistants face aux agressions et manipulations de tous bords.
***
La perspective pratique, de terrain, éducative, pour que la culture soit profondément « culturelle », c’est-à-dire agent de changement dans les mentalités et les comportements des acteurs, est souvent absente ou marginale dans des travaux qualifiés d’académiques, scientifiques et culturels. La transmission du patrimoine intégré et vécu est une école de citoyenneté active, engagée, à l’encontre d’un individualisme forcené et d’effets pervers du mondialisme et d’un développement exclusivement technologique.
Celui qui vit le patrimoine dans sa demeure familiale, son quartier d’habitation, les œuvres pionnières de pères fondateurs… ne peut jamais dire : Après moi le déluge ! Le patrimoine, quand il est transmis, est une école de responsabilité, d’engagement, de souci de la res publica.
L’enseignement de l’histoire dans des sociétés pluralistes est souvent un véhicule de transmission d’idéologies conflictuelles, sans rapport avec la réalité vivante, l’expérience, la culture, la mémoire commune et partagée. Il en découle, comme dans nombre de pays – dont l’Autriche, la Suisse… –, l’exigence de faire participer les élèves eux-mêmes à la rédaction de l’histoire à travers des documents pour qu’ils se forgent, eux-mêmes, une conviction intime et profonde. La chaire Unesco d’étude comparée des religions, de la médiation et du dialogue à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth prépare des fascicules historiques documentaires à l’usage des élèves pour un roman national et une historiographie libanaise scientifique et réaliste.
Le patrimoine, dans ses diverses branches, quand il est transmis, intégré, est une école à l’encontre des effets pervers du XXIe siècle du mondialisme et d’un développement exclusivement technologique. Remède contre un individualisme forcené et consumériste et pour une citoyenneté étatique, publique, engagée.
On constate souvent un souci exclusif d’archivage, de conservation, de propagande, d’affirmation identitaire, de glorification personnelle ou nationale… en ce qui concerne le patrimoine, et rarement l’exigence de transmission, de culture, de pédagogie. Or l’essentiel, c’est la transmission et l’exigence pédagogique valorielle, mémorielle, avec une perspective citoyenne d’engagement et de responsabilité.
Le patrimoine, dans ses diverses branches, quand il est transmis, intégré, est une école et la remédiation à l’encontre des effets pervers du XXIe siècle. Tout être humain est héritier et continuateur.
Antoine MESSARRA
Chaire Unesco – USJ
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.
L'Iran a communiqué aux Etats-Unis les conditions pour une réouverture du détroit d'Ormuz, rapporte un média iranien