La première table ronde a rassemblé les ministres de l'Environnement, de l'Énergie, de l'Agriculture, de la Justice et de la Santé. Suzanne Baaklini/L'Orient-Le Jour
La crise climatique n’est pas l’affaire du seul ministère de l’Environnement. Cette réalité s'est reflétée lors d'une conférence interministérielle inédite, organisée mardi par le ministère de l’Environnement au Grand Sérail sous le patronage du Premier ministre, Nawaf Salam, qui a assuré que la question du changement climatique « n'est pas secondaire mais centrale ». L’occasion pour la ministre de l’Environnement Tamara Elzein de lancer un « ensemble de mesures sur le climat » (Lebanon’s Climate Policy Package) qui « répond de manière directe aux défis, transformant le risque climatique en une chance de résilience et de développement ». Soulignant que le réchauffement climatique coûte déjà l’équivalent de 5 % du PIB au Liban, elle a notamment annoncé la création d’une direction du changement climatique au sein de son ministère.
Ce « package » est fait de trois stratégies qui se complètent, explique à L'Orient-Le Jour Léa Kaï, conseillère en changement climatique auprès du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et du ministère de l’Environnement. La première concerne la présentation, par le Liban, de sa Contribution déterminée au niveau national (CDN), soit son engagement pour la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre dans le cadre de l’Accord de Paris (2015), à la Convention cadre des Nations unies pour le changement climatique (CCNUCC) « avant le 30 septembre ». La CDN « montre que, malgré toutes les crises, nos émissions de gaz à effet de serre baissent et que nous nous engageons à les réduire davantage, de 22 à 33 % d’ici à 2035 », sachant que la fourchette basse correspond à une action sans aide internationale et la fourchette haute avec une telle aide. « La principale contribution pour atteindre ces objectifs viendra du ministère de l’Énergie, à hauteur de 70, sinon 80 % », dit-elle.
La deuxième stratégie est « le Plan national pour l’adaptation, le premier effectué par le Liban. Il s’agit d’une feuille de route qui explique comment le pays va s’adapter au changement climatique, en se focalisant sur huit secteurs économiques », poursuit-elle. La troisième est la vision 2050 pour une stratégie de développement économique à faibles émissions. « Les trois documents sont exigés par la CCNUCC, mais nous les utiliserons pour une action concertée entre les ministères », souligne Léa Kaï.
De l'Énergie à l'Agriculture, la Santé et la Justice
Lors des tables rondes, chaque ministère représenté a fait part de ses défis. Le ministre de l’Énergie et de l’Eau, Joe Saddi, a ainsi expliqué revoir la stratégie de l’eau et travailler à régler le gaspillage dans les canalisations. Pour combattre la sécheresse, il a parlé de créer des lacs collinaires et autres systèmes de stockage écologiques, d’instaurer des systèmes de réutilisation de l’eau et d’améliorer la collecte de données. Côté énergie, il a dit travailler sur plusieurs tableaux, dont la construction de nouvelles centrales électriques (ce qui nécessite trois ans au minimum), la conversion des centrales existantes au gaz naturel, la réhabilitation des centrales hydroélectriques du pays avec l’aide du PNUD et l’augmentation de la part des renouvelables. La question des générateurs privés a longuement été abordée, alors que des mesures ont récemment été prises pour réduire la pollution et l’exploitation des usagers par l’installation de filtres et de compteurs.
Le ministre de l’Agriculture, Nizar Hani, a lui détaillé les impacts (du changement climatique) « de plus en plus évidents » sur l’agriculture et les forêts, tandis que le ministre de la Santé, Rakan Nassereddine, a évoqué la hausse « alarmante » des maladies résultant de la pollution. Enfin, le ministre de la Justice, Adel Nassar, a souligné le manque de juges en charge des dossiers environnementaux et déploré que « le montant des amendes ne soit pas dissuasif ».
Répercussions économiques
Un autre panel s'est consacré à l’expansion des investissements dans les énergies renouvelables, les transports durables et les infrastructures vertes. Le ministre de l’Économie, Amer Bsat, y a indiqué que les menaces liées au climat sont aussi devenues « économiques », estimant que « le changement climatique a coûté au Liban environ 40 milliards de dollars au cours des 30 dernières années ». Et les défis dépassent le marché domestique : « Une grande partie de nos exportations est destinée à l’Europe, où de nouvelles réglementations sont introduites. Nous ne nous adaptons pas assez rapidement et cela mine notre compétitivité et notre capacité d’exportation », a-t-il noté.

Quant au ministre de l’Industrie, Joe Issa-el-Khoury, il a détaillé les mesures prises pour réduire les émissions résultant des usines. Interrogé sur les cimenteries, industrie la plus lourde au Liban, il a souligné qu’un plan de réduction de leurs émissions est en préparation.
La représentante résidente du PNUD, Blerta Aliko, a elle estimé que, sans mesure, les pertes dues à des causes climatiques au Liban devraient grimper à 32 % d’ici à 2080. « Rien qu’en 2023, le stress thermique a provoqué 1,3 milliard de dollars de pertes de productivité, touchant plus de 110 000 emplois dans l’agriculture, la construction et les services. » Les projections montrent, selon elle, qu’un dollar investi dans les solutions vertes pourrait générer plus de cinq dollars de retombées économiques, en créant des emplois, en stimulant l’innovation et en apportant des bénéfices concrets aux communautés à travers le Liban.



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Que du beau! Allons dans les details Quand on sait ce que tout le monde sait... Sur le terrain c'est le contraire
11 h 23, le 24 septembre 2025