Un phoque moine de Méditerranée sur une plage au Liban. Photo Terre Liban
Le projet de construction d’une villa privative sur un terrain qui surplombe une grotte connue pour servir d’habitat pour un phoque moine, espèce menacée en Méditerranée, à Amchit (Jbeil) a refait parler de lui ces derniers jours. L’association qui suit l’affaire et qui a dénoncé ce projet, Terre Liban, a publié une information sur Facebook, indiquant que le Conseil d’État, qu'elle a saisi, a mandaté un expert pour rendre un avis sur le danger encouru par la grotte du fait d’un chantier de construction sur ce site côtier. Un rapport qui cite, selon l’association et un résumé que L’Orient-Le Jour a pu consulter, « 17 violations de construction, et nombre de violations exécutives ».
Cette polémique date de 2024, lorsque le début des travaux a été constaté par des environnementalistes de la région, et que des ONG, dont Terre Liban, ont entrepris une campagne pour l’empêcher, étant donné la sensibilité de la zone dans laquelle il se trouve, selon elles. Un premier recours auprès du Conseil d’État avait été rejeté pour des questions de délai non tenu. Les travaux ont donc repris en octobre 2025, avant d’être interrompus à la demande du ministère de l’Environnement, qui a exigé une étude d’impact environnemental plus approfondie. Le chantier reprend toutefois le 10 mars 2026, quelques jours après la reprise de la guerre entre le Hezbollah et Israël. Une vingtaine d’ONG adressent alors un message au ministère de l’Environnement le 15 mars pour interrompre à nouveau le chantier. En vain.
Ce rapport d’expert est considéré par Terre Liban comme une avancée dans la campagne pour le sauvetage de la grotte. Dans son communiqué publié sur ses réseaux sociaux, l’ONG précise que le rapport de 270 pages répertorie les différentes violations à la loi sur la construction, aux permis obtenus et à la nécessité de protéger la grotte. Le rapport cite l’absence d’étude d’impact environnemental (nécessaire dans le cas de proximité d’un site sensible écologiquement) et précise qu’une demande de la ministre de l’Environnement Tamara Elzein a été ignorée à ce propos. Il note que l’exécution du projet n’est pas en conformité avec les permis obtenus, notamment en termes de recul et d’exécution. Il souligne surtout que, contrairement aux arguments des défenseurs du projet qui soutiennent que la grotte ne se trouve pas sous le chantier, la cavité souterraine s’étend en effet jusque sous la future villa.
Concernant la grotte elle-même, le rapport mentionne une réponse apportée, à la demande de l’expert, par le Conseil national de la recherche scientifique (CNRS) sur la spécificité de la grotte, et qui certifie que le site est unique dans son adaptation à cette espèce et, notamment, à sa reproduction.
Les initiateurs de ce projet se prévalent du fait qu’ils ont obtenu les permis nécessaires pour l’entreprendre, soutenant que le chantier ne se situe pas au-dessus de la grotte. Interrogé par L’Orient-Le Jour en octobre 2025, le président du conseil municipal de Amchit, Joseph Khoury, avait assuré que les propriétaires avaient tous les permis nécessaires, qu’il n’était pas de ses prérogatives d’interrompre le chantier et qu’il envoyait régulièrement un ingénieur inspecter les travaux.
Des fuites d’eau « impressionnantes »
En attendant que le Conseil d’État tranche le recours qui lui a été présenté, un ingénieur militant de la région de Amchit, Farid Abi Younès, a fait une découverte à l’intérieur de la grotte, et publié une vidéo mardi pour étayer ses propos. Il a constaté des fuites d’eau « impressionnantes », selon ses propres dires, qui ruissellent à l’intérieur de la cavité marine, signe, selon lui, de l’impact du chantier sur l’écosystème fragile. Plus encore, il a pu filmer d’importantes lézardes dans les rochers.
La réponse aux dégâts constatés par le militant se trouve, selon Terre Liban, dans une étude effectuée en 2024 par l’hydrogéologue Wilson Rizk, qui avait prédit ces risques. Celui-ci avait identifié une roche fragile et friable de type calcaire dit « turonien ». Il avait tiré les conclusions suivantes : ce site fragile ne supporte pas les travaux d’excavation menés au-dessus de lui, et les excavations avaient déjà causé (à l’époque) une fragilisation du site « avec possibilité d’effondrement d’une partie de la galerie ». Il avait alors mis en garde contre un danger réel sur tout le site, soulignant qu’« il est urgent de refermer la cavité causée par les travaux et d’éloigner toute activité de construction de ce site ».


