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Environnement - guerre au liban 2026

Dans un Liban-Sud en flammes, la souffrance muette de la faune sauvage

Mammifères, reptiles, oiseaux, insectes… sont contraints, comme les hommes, de subir la migration ou la mort imposées par la guerre.

Dans un Liban-Sud en flammes, la souffrance muette de la faune sauvage

Un daman des rochers, petit mammifère vivant en colonies, photographié ici avant la guerre de 2026 au Liban-Sud. Photo Green Southerners

Sur leur page Facebook, les Green Southerners, association de défense de l’environnement principalement basée au sud du Liban, ont publié le 13 mai dernier la photo d’un petit mammifère, le daman des rochers, dont de nombreuses colonies sont répertoriées dans cette région. « Nous avons assisté, impuissants, au dynamitage par l’armée israélienne d’un quartier entier de Bayada, Naqoura (caza de Tyr), où nous savons que résident une vingtaine de colonies de damans », raconte Hicham Younès, président de l’association, à L’Orient-Le Jour.

Le daman des rochers est un exemple typique de ces petits mammifères, étroitement dépendant de leur environnement immédiat, et vivant dans une structure sociale bien définie dans les cavités rocheuses. « Nous avons répertorié leur présence sur les pentes autour du château de Beaufort, sans pouvoir avancer un nombre exact de colonies, et pensons qu’avec les combats et la prise du château le 31 mai, ils ont aussi souffert, ajoute le militant.

Comme le daman, toutes les espèces sauvages souffrent de cette guerre où les munitions israéliennes ratissent des territoires entiers, et où les combats avec le Hezbollah font rage pour la deuxième fois en moins de trois ans, déplaçant notamment plus d’un millions de résidents. Si les humains se déplacent avec grand bruit et que leur détresse est perceptible, les animaux sauvages, eux, disparaissent dans le silence, en fuyant ou en mourant. Outre les impacts directs des bombardements, c’est la perte des habitats (comme lorsque des forêts sont incendiées à titre d’exemple) et leur sensibilité aux bruits des explosions qui poussent ces animaux à fuir, soulignent les experts.

« La faune a la capacité de bouger, mais les impacts de la guerre diffèrent d’une espèce à l’autre : plus le type d’habitat préféré et le milieu écologique est restreint, plus l’espèce pourrait être menacée », explique Carla Khater, écologue et directrice de recherche au Conseil national de la recherche scientifique (CNRS) à L’OLJ.

Pour Élias Ibrahim, directeur des ressources animales au ministère de l’Agriculture, la faune sauvage éprouve des difficultés à s’adapter aux changements de son environnement et à sa forte sensibilité aux explosions. Dans leur fuite, ces animaux se mettent aussi en danger. « Pour les espèces forestières, passer d’un massif à l’autre comporte des risques, notamment la chasse », dit-il.

Les insectes peuvent succomber aux matières chimiques pulvérisées ou perdre leur habitat, mais sont néanmoins un groupe très résistant. Photo Dr Johnny Fenianos

Des insectes aux mammifères, une résilience différente

Pour Carla Khater, tous les groupes d’animaux – insectes, reptiles, amphibiens, oiseaux ou mammifères – sont concernés par les risques liés à la guerre, mais pas de manière identique. « Le groupe des insectes subit surtout l’impact des produits chimiques qui sont pulvérisés au-dessus du Sud, comme lors de l’épisode du glyphosate à haute densité lancé par l’aviation israélienne au-dessus d’une zone frontalière en février, avant le présent conflit », dit-elle. Mais pour l’écologue, ce groupe reste très résilient.

Le deuxième groupe est celui des reptiles et des amphibiens. « Les amphibiens ont une vie très liée à l’eau, la qualité de celle-ci est donc primordiale pour leur survie, si elle est altérée par la pollution aux produits chimiques, cela leur est fatal », dit-elle, tandis que les reptiles peuvent davantage se cacher. Un animal emblématique de ce groupe de reptiles est la tortue de mer : plusieurs plages du Sud, dont Tyr et Mansouri, les accueillent annuellement pour la ponte. « Le risque, pour ces tortues, est que la plage soit occupée par des remblais, parcourue par des véhicules militaires, ou continuellement soumise aux lumières… Cela les ferait fuir et, à terme, elles pourraient s’habituer à pondre ailleurs en Méditerranée », souligne l’experte. Si le danger survient après la ponte, l’éclosion des œufs pourrait être compromise, et si ce n’est pas le cas, les bébés pourraient souffrir des éventuelles perturbations sur la plage, ce qui les empêcherait de regagner la mer.

Des bébés tortues lâchés à la mer dans la réserve naturelle de Tyr, au Liban-Sud, en août 2025. Photo fournie par Ali Badreddine, directeur de la réserve naturelle de Tyr

Les oiseaux sont théoriquement ceux qui peuvent changer d’habitat le plus facilement, notamment les espèces résidentes (locales). « Les espèces d’oiseaux migrateurs pourraient voir leur vol perturbé par les avions et les drones, elles pourraient chercher à modifier leur itinéraire pour pouvoir descendre aux points d’eau, mais je doute que ces changements soient durables », souligne-t-elle.

Chez les mammifères, les impacts sont plus contrastés : les espèces liées aux activités humaines, comme les renards ou les rats, perdent leur source de nourriture mais font preuve d’une certaine capacité d’adaptation ailleurs tandis que les carnivores peuvent au contraire profiter « de l’abondance de nourriture (carcasses d'animaux domestiques...) », détaille encore l’experte.

L’effet cascade sur les écosystèmes

Au-delà des espèces, c’est l’équilibre des écosystèmes qui est menacé. « Un véritable écocide se déroule au Sud », affirme Élias Ibrahim, évoquant une destruction dont les effets ne pourront être évalués qu’après la guerre

L’une des forêts incendiées dans le sud du Liban à la suite des bombardements israéliens, en 2024. Photo fournie par Green Southerners

Hicham Younès craint, à plus ou moins long terme, un effet cascade sur les écosystèmes, quand la disparition potentielle d’espèces influe sur toute une chaîne de vie. « Quand un herbivore comme le daman s’en va, ses prédateurs perdent leur source de nourriture, et ainsi de suite », explique-t-il.

Tous les experts appellent à des études sur les effets des combats sur la faune et la flore une fois les canons tus.

Sur leur page Facebook, les Green Southerners, association de défense de l’environnement principalement basée au sud du Liban, ont publié le 13 mai dernier la photo d’un petit mammifère, le daman des rochers, dont de nombreuses colonies sont répertoriées dans cette région. « Nous avons assisté, impuissants, au dynamitage par l’armée israélienne d’un quartier entier de Bayada, Naqoura (caza de Tyr), où nous savons que résident une vingtaine de colonies de damans », raconte Hicham Younès, président de l’association, à L’Orient-Le Jour.Le daman des rochers est un exemple typique de ces petits mammifères, étroitement dépendant de leur environnement immédiat, et vivant dans une structure sociale bien définie dans les cavités rocheuses. « Nous avons répertorié leur présence sur les pentes autour du...
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