La militante écologiste Mona Khalil photographiée sur la plage de Mansouri, pour la protection de laquelle elle a dédié sa vie. Photo tirée de sa page Facebook
La militante écologiste Mona Khalil, connue pour son engagement en faveur de la protection des tortues marines sur le littoral de Tyr, a été blessée jeudi matin par une frappe israélienne ayant visé la localité de Mansouri, rapporte notre correspondant Mountasser Abdallah. Plusieurs pages sur les réseaux sociaux ont publié un avis adressé aux donneurs de sang de groupe O négatif, afin qu’ils se rendent à l’hôpital Jabal Amel, où elle est soignée, et qui est lui-même régulièrement visé par des tirs.
Mona Khalil est une des figures de proue de la protection de la faune aquatique au Liban. Elle avait notamment créé à Mansouri un projet écotouristique et environnemental situé sur la plage, appelé « The Orange house project ».
Mansouri se trouve juste au nord de ce que les Israéliens appellent « la ligne jaune », qui délimite une « zone tampon » établie de facto dans laquelle ils occupent des dizaines de villages, mais la destruction y est néanmoins impressionnante. Le conflit entre le Hezbollah et l’armée israélienne dure depuis le 2 mars, tous les cessez-le-feu décrétés depuis ont été ignorés par les deux parties et la guerre se poursuit.
Déterminée contre la corruption, tendre avec les plus vulnérables
« Mona a été gravement blessée et transportée à l’hôpital Jabal Amel où elle a été opérée d’urgence et gardée sous sédatifs puissants depuis hier (jeudi) », explique Fadia Joumaa, militante écologiste originaire de Tyr, qui s’investit elle aussi, suivant l’exemple de Mona, dans une mission de surveillance des plages de Tyr afin d’aider les nouveaux-nés des tortues de mer à regagner avec sécurité le milieu marin. Selon Mme Joumaa, Mona Khalil est à nouveau consciente ce (vendredi) matin et semble tirée d’affaire. Des contacts ont été effectués avec l’armée libanaise en vue de la transférer au plus tôt vers l’hôpital de l’AUB (AUBMCC) à Beyrouth, ainsi que son employée de maison éthiopienne, blessée elle aussi dans la frappe.
« Mona s’est barricadée à l’intérieur de sa maison, n’accueillant personne et se croyant à l’abri parce qu’elle est civile », a-t-elle ajouté. La militante affirme, de par le récit de témoins de la frappe, que la maison de Mona Khalil a été touchée de plein fouet, et l’obus est tombé du côté où se trouve sa chambre.
Qu’elle soit l’une des dernières personnes à rester dans un village aussi exposé n’étonne pas vraiment Fadia Joumaa. « Elle refusait absolument de se retrouver déplacée, et c’était bien digne d’une personnalité aussi déterminée », dit-elle. Mona Khalil est connue pour son opposition systématique, au cours de nombreuses années, à tous les projets qui menaçaient de bétonner « sa plage », devenue un sanctuaire pour les tortues de mer. Elle avait réussi à obtenir un classement de la plage en tant que « hima », un type de réserves gérées par des particuliers et les autorités locales.
« On lui doit d’avoir fait la lumière sur la cause de la protection de ces espèces de tortues souvent menacées, non seulement à Mansouri mais dans toutes les régions », poursuit Fadia Joumaa. « En bref, elle est déterminée dans la lutte contre la corruption, et tendre avec les tortues de mer, ces créatures si vulnérables », résume-t-elle.


