Rechercher
Rechercher

Le tournant de Gaza, le choc de Doha


Dans un monde où Israël s’accorde, en toute impunité, le loisir d’aller bombarder ses ennemis là où bon lui semble, plus aucun pays n’est en sécurité. Si les négociateurs du Hamas s’étaient trouvés à Paris, Rome ou Londres au lieu de Doha, on peut aisément imaginer qu’ils y auraient été également ciblés d’une manière ou d’une autre par l’État hébreu. « Le bras long (d’Israël) agira contre ses ennemis, où qu’ils soient. Ils n’ont nulle part où se cacher », a averti hier le ministre israélien de la Défense. C’est une dérive inquiétante.

Non que l’on « soutienne le Hamas » selon la dialectique imposée par Israël à ceux qui dénoncent son cruel déchaînement sur Gaza. Mais envoyer inopinément ses bombardiers sur un quartier résidentiel d’un pays tranquille qui n’a dans la guerre israélienne qu’un rôle de médiateur, sans que cela fasse réagir la communauté internationale au-delà de quelques condamnations ? La guerre de Gaza représente un tournant historique, au sens où elle a totalement vidé de son poids toute notion de droit international. Comment mesurer à cette aune la gravité de la présence de drones russes dans le ciel polonais ? Comment imaginer le maintien des accords d’Abraham noués avec les EAU, Bahreïn, le Soudan, le Maroc ? Israël est-il pour ces pays un allié fiable ?

On ne peut accuser Israël de visées expansionnistes sur le Liban, arguent certains. Ils en veulent pour preuve que ce terrible voisin s’est toujours retiré des territoires qu’il lui est arrivé d’envahir au pays du Cèdre. Ils disent aussi que le mythe du « Grand Israël », ranimé par Netanyahu et certains membres de son gouvernement n’est, malgré la politique colonisatrice de l’État hébreu, qu’un fantasme sans fondement. « Tout ce que veut Israël, c’est sécuriser sa frontière nord », insistent-ils. Rien que de très légitime, au regard de l’aventurisme guerrier du Hezbollah dans ce beau Sud libanais qui n’en a pas fini de souffrir depuis son époque « Fatehland ».

À lire aussi

Pourquoi la frappe d’Israël au Qatar est un tournant pour les pétromonarchies du Golfe

Une des solutions, imaginée par Donald Trump et apportée par son VRP Tom Barrack, est la création d’une « zone économique spéciale » dans le sud du Liban – si le Hezbollah acceptait de renoncer à ses armes. Sur les oliviers brûlés et les décombres des villages détruits, des usines à gaz financées par le Qatar et l’Arabie saoudite. Des investissements ! Des emplois ! Mais une région naguère bucolique transformée en enfer industriel et vidée de ses habitants qui, s’ils consentent à y travailler, devront aller dormir ailleurs. Ce marché de dupes aura d’autant plus de mal à être conclu que ladite zone devra être sécurisée à son tour. À son nord, en toute logique. De zone sécurisée en zone sécurisée, la sécurisation d’Israël pourrait s’étendre jusqu’au pôle Nord.

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit tenir aujourd’hui une réunion d’urgence. Le monde dit libre devrait se pencher sur des questions simples : est-il normal que la réponse à un acte terroriste tel que celui du Hamas, le 7 octobre 2023, donne lieu à l’anéantissement de tout un peuple et l’annexion de son territoire ? Est-il permis que, sous prétexte de chasse au terroriste, Doha – ou toute autre ville – soit bombardée sans autre forme de procès ? Si la réponse est oui dans les deux cas, ces licences sont-elles accordées à tout autre pays qu’Israël ou lui sont-elles spécifiques ? Huit milliards d’habitants de cette planète ont besoin de savoir s’ils doivent désormais vivre dans des grottes pour se protéger des visées de pays voisins ou d’une poussée de vengeance contre d’éventuels terroristes. Ils ont besoin de savoir si leurs frontières, telles qu’elles sont tracées et reconnues, peuvent être bougées du jour au lendemain. Ils veulent s’armer dans l’éventualité d’attaques contre leurs ressources qui s’amenuisent, leur eau qui se raréfie. L’impunité d’Israël, soutenue par les États-Unis, met le monde entier en grand danger.

Dans un monde où Israël s’accorde, en toute impunité, le loisir d’aller bombarder ses ennemis là où bon lui semble, plus aucun pays n’est en sécurité. Si les négociateurs du Hamas s’étaient trouvés à Paris, Rome ou Londres au lieu de Doha, on peut aisément imaginer qu’ils y auraient été également ciblés d’une manière ou d’une autre par l’État hébreu. « Le bras long (d’Israël) agira contre ses ennemis, où qu’ils soient. Ils n’ont nulle part où se cacher », a averti hier le ministre israélien de la Défense. C’est une dérive inquiétante.Non que l’on « soutienne le Hamas » selon la dialectique imposée par Israël à ceux qui dénoncent son cruel déchaînement sur Gaza. Mais envoyer inopinément ses bombardiers sur un quartier résidentiel d’un pays tranquille qui n’a dans la...
commentaires (8)

Merci encore une fois Fifi pour ta clairvoyance et la justesse de ta plume. Hélas oui, le monde devient de jour en jour une effroyable dystopie où l’on se prend jusqu’à regretter la jungle et ses lois…

Lara Nader

06 h 31, le 12 septembre 2025

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (8)

  • Merci encore une fois Fifi pour ta clairvoyance et la justesse de ta plume. Hélas oui, le monde devient de jour en jour une effroyable dystopie où l’on se prend jusqu’à regretter la jungle et ses lois…

    Lara Nader

    06 h 31, le 12 septembre 2025

  • On pousse des cris d'orfraie quand la Russie envoie quelques drones sur la Pologne. Mais il faut dire que, quand il s'agit d'Israël, ce ne sont QUE des Arabes, bassita.

    Politiquement incorrect(e)

    14 h 37, le 11 septembre 2025

  • Sublime

    Hind Faddoul FAUCON

    11 h 03, le 11 septembre 2025

  • Bien dit, Fifi! Un bijou, votre texte.

    Audi Vivien

    08 h 28, le 11 septembre 2025

  • Bien dit, Fifi! Un bijou votre texte.

    Audi Vivien

    08 h 28, le 11 septembre 2025

  • Si Hezbola et Hamas n'existaient pas, Israel n'aurait attaquée personne. Le monde s'est confortablement installé dans le principe qu'Israel n'a pas le droit d'en finir avec ses ennemis. Cette notion est maintenant révolue.

    Charles Sebbag

    03 h 35, le 11 septembre 2025

  • Ces abus ne dérangent plus ersonne, habitués que sont devenus les peuples gorgés à l'excès par la propagande d'Israël qui *a le droit de se défendre". La seule question est: Qui dans ce bas monde agresse encore Israël? Cet état qui attaque le Liban, la Syrie, la CIs-Jordanie, Gaza, le Yemen, l'Iran et maintenant le Qatar. Il est à noier que pas un seul coup de fusil n'a été tiré contre Israël depuis la Syrie Quand on pense qu'une seule phrase prononcée par l'UE suffirait à tout arrêter d'un seul coup en 24 heures: Interuption totale de tout contact commercial avec Israël.

    Joseph ADJADJ

    02 h 06, le 11 septembre 2025

  • C’est pas fini ils envoient des drones sur les embarcations qui veulent aller à Gaza pour aider le peuple

    Eleni Caridopoulou

    00 h 52, le 11 septembre 2025

Retour en haut