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Économie - Réforme

La Syrie va réévaluer sa monnaie et supprimer deux zéros

Damas a conclu un accord avec la société russe d’État Goznak pour produire les nouveaux billets.

Des paquets de livres syriennes à la Banque commerciale de Syrie à Damas, le 10 novembre 2022. Photo d'archives Louai Beshara/AFP via Getty Images

La Syrie va supprimer deux zéros de sa monnaie et émettre de nouveaux billets de banque avec les nouvelles dénominations, dans une tentative de restaurer la confiance du public envers la livre syrienne, sévèrement dévaluée, selon sept sources proches du dossier et des documents consultés par l'agence Reuters. Cette mesure vise à renforcer la livre syrienne après l’effondrement de son pouvoir d’achat à des niveaux historiquement bas, consécutif à 14 années de conflit civil qui ont pris fin avec la destitution du président Bachar el-Assad en décembre dernier, même si les tensions restent vives dans le pays.

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La livre syrienne a perdu plus de 99 % de sa valeur depuis le début de la guerre en 2011, le taux de change étant désormais d’environ 10 000 livres pour un dollar américain, contre 50 avant le conflit. Cette forte dépréciation a rendu les transactions quotidiennes et les transferts d’argent de plus en plus difficiles. Les familles s’acquittent généralement de leurs courses hebdomadaires à l’aide de sacs plastiques noirs contenant au moins un demi-kilo de billets de 5 000 livres, actuellement la plus haute dénomination.

Des billets imprimés par la société russe Goznak

Dans un effort pour simplifier les transactions et renforcer la stabilité monétaire, la banque centrale syrienne a informé les banques privées à la mi-août de son intention d’émettre une nouvelle monnaie en « retirant des zéros », selon un document consulté par l'agence. Cinq banquiers commerciaux, un responsable de la banque centrale et un responsable économique syrien ont confirmé que la banque centrale leur avait ensuite indiqué que deux zéros seraient supprimés. Ils se sont exprimés sous couvert d’anonymat en raison du caractère encore confidentiel de cette décision. Les réunions sur cette réforme monétaire ont été présidées par Muhlis Nazer, vice-gouverneur de la banque centrale, selon les banquiers commerciaux qui y ont participé.

M. Nazer n’a pas répondu aux demandes de commentaires. Amal el-Masri, directrice du département de supervision bancaire de la banque centrale, a refusé de s’exprimer, invoquant la stricte confidentialité du dossier. Le ministère syrien des Finances n’a pas non plus répondu aux sollicitations.

On ignore pour l’instant si la réévaluation de la livre nécessitera une décision du Parlement, alors que la Syrie s’apprête à organiser en septembre ses premières élections d’une nouvelle assemblée législative.

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Deux des banquiers et une autre source syrienne proche du dossier ont déclaré à Reuters que la Syrie avait conclu un accord avec la société russe d’État de fabrication de billets Goznak pour produire les nouveaux billets. Ils précisent que l’accord a été finalisé lors d’une visite d’une délégation syrienne de haut niveau à Moscou fin juillet. Goznak, qui a également imprimé la monnaie syrienne sous le régime Assad, n’a pas donné suite aux demandes de commentaires.

Virage politique

Sous Assad, l’utilisation de devises étrangères était interdite, mais les nouveaux dirigeants syriens se sont engagés à instaurer une économie de marché et ont levé les restrictions afin de faciliter la circulation des liquidités. Bien que l’économie se soit rapidement dollarisée, avec des prix affichés partout en dollars, des devantures de magasins aux pompes à essence, des inquiétudes persistent concernant la pénurie de livres syriennes en liquide dans un pays qui dispose d’une infrastructure numérique de paiement limitée.

Trois des banquiers syriens avancent que l’une des principales raisons derrière la réforme monétaire envisagée réside dans l’inquiétude face aux quelque 40 000 milliards de livres en circulation hors du système financier officiel. L’émission de nouveaux billets permettrait au gouvernement d’accroître sa supervision sur les liquidités.

Cela revêt également une dimension symbolique, marquant une rupture nette avec plus de cinquante ans de règne des Assad. Le visage de Bachar el-Assad figure sur le billet violet de 2 000 livres, tandis que celui de son père Hafez est présent sur le billet vert de 1000 livres.

Les autorités prévoient une campagne d’information dans les prochaines semaines avant le lancement officiel des nouveaux billets le 8 décembre, date anniversaire de la chute du régime syrien. Deux directeurs de banques commerciales ont indiqué à l'agence que la banque centrale syrienne avait demandé aux établissements bancaires d’être prêts pour le déploiement d’ici la mi-octobre. Des circulaires de la banque centrale, consultées par Reuters, demandent aux banques de fournir des rapports détaillés sur leurs infrastructures – incluant le nombre de caméras, de compteuses de billets et de la capacité de stockage – et d’effectuer des tests pour vérifier l’adaptation des systèmes automatisés à la nouvelle monnaie.

Les cinq banquiers commerciaux contactés déclarent tous avoir été informés qu’une « période de coexistence » de 12 mois permettra la circulation simultanée des anciens et des nouveaux billets jusqu’au 8 décembre 2026.

Un économiste syrien de renom et consultant auprès des Nations unies, Karam Shaar, estime que le remplacement des billets à l’effigie d’Assad constitue un virage politique nécessaire. Mais il alerte sur le fait que la réévaluation pourrait désorienter les consommateurs, en particulier les personnes âgées, et qu’il existe un manque de cadre réglementaire précis et de plan de déploiement national, compte tenu des failles dans le contrôle territorial de l’État. « Alternativement, la Syrie pourrait émettre des coupures de plus forte valeur, par exemple des billets de 20 000 ou 50 000 livres, ce qui aurait le même effet pour faciliter la manipulation et le stockage des espèces, tout en évitant le coût substantiel d’une remise à plat monétaire complète qui pourrait atteindre des centaines de millions de dollars », a déclaré M. Shaar à Reuters.

Ce papier est une traduction, réalisée par L'Orient-Le Jour, d'un article publié en anglais par l'agence Reuters.

La Syrie va supprimer deux zéros de sa monnaie et émettre de nouveaux billets de banque avec les nouvelles dénominations, dans une tentative de restaurer la confiance du public envers la livre syrienne, sévèrement dévaluée, selon sept sources proches du dossier et des documents consultés par l'agence Reuters. Cette mesure vise à renforcer la livre syrienne après l’effondrement de son pouvoir d’achat à des niveaux historiquement bas, consécutif à 14 années de conflit civil qui ont pris fin avec la destitution du président Bachar el-Assad en décembre dernier, même si les tensions restent vives dans le pays. Sur le même sujet Dans une Syrie à sec, Ahmad el-Chareh peine à remettre le pays à flot La livre syrienne a perdu plus de 99 % de sa valeur depuis le début de la guerre en 2011, le taux de change...
commentaires (3)

Tout ça, sans politique monétaire cohérente, ne veut rien dire. C’est de la poudre aux yeux, un artifice qui en général tend à augmenter l’inflation, car les montants ne semblent plus aussi pharamineux. La France en a fait l‘expérience dans les années 60 sans grand succès. Le franc a continué à être dévalué jusqu‘à l‘introduction de l‘Euro en 2002. La stabilité politique, une gestion saine de l‘économie et des finances d‘un état, un budget équilibré, des incitatifs au développement de l‘emploi restent les seuls leviers pour développer une économie. Mais surtout et d‘abord: La confiance!

Alain

18 h 18, le 25 août 2025

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Commentaires (3)

  • Tout ça, sans politique monétaire cohérente, ne veut rien dire. C’est de la poudre aux yeux, un artifice qui en général tend à augmenter l’inflation, car les montants ne semblent plus aussi pharamineux. La France en a fait l‘expérience dans les années 60 sans grand succès. Le franc a continué à être dévalué jusqu‘à l‘introduction de l‘Euro en 2002. La stabilité politique, une gestion saine de l‘économie et des finances d‘un état, un budget équilibré, des incitatifs au développement de l‘emploi restent les seuls leviers pour développer une économie. Mais surtout et d‘abord: La confiance!

    Alain

    18 h 18, le 25 août 2025

  • et nous ,Mr le President et GVNMT??? la création de 90.000LL est folle et fausse. On enlève 2zéros, ca devient 900LL/1$...super!

    Marie Claude

    09 h 08, le 23 août 2025

  • le Liban devrait suivre mais avec 5zeros

    Nadim Audi

    16 h 00, le 22 août 2025

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