Le chef des FL, Samir Geagea. Photo X / @DRSamirGeagea
Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a mis en garde lundi contre la « menace iranienne contre le Liban », après des déclarations de responsables à Téhéran rejetant la décision du gouvernement de Nawaf Salam de récupérer le monopole des armes aux mains de l'Etat et donc, de désarmer le Hezbollah à l'instar d'autres groupes armés. Face à cette menace perçue par le leader maronite, l'un des plus virulents détracteurs du parti chiite, qui pourrait aller selon lui jusqu'à une « intervention militaire iranienne », il a réclamé des réunions de la Ligue arabe et du Conseil de coopération du Golfe (CCG) sur la question. M. Geagea, a en outre accusé le Hezbollah de « mener un coup d'État manifeste » contre l'Etat en prétendant que les décisions annoncées par le gouvernement les 5 et 7 août « n'existent pas ».
Cette position a été exprimée dans un communiqué publié alors que le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale de l'Iran Ali Larijani est attendu au Liban cette semaine.
Samir Geagea a dénoncé dans ce texte une « grave erreur » commise par les parties qui « s'obstinent » à dire que ces décisions prises la semaine dernière par le gouvernement, à savoir le désarmement de toutes les milices d'ici la fin de l'année et l'adoption de la feuille de route américaine pour garantir le respect des modalités du cessez-le-feu, « n'ont jamais existé. » Le Hezbollah avait utilisé cette formulation après le Conseil des ministres du 5 août, au cours duquel le gouvernement avait mandaté l'armée à établir un plan pour le désarmement avant la fin du mois. Le chef des FL a souligné que le gouvernement Salam est « légitime et légal » et qu'il a obtenu deux fois la confiance du Parlement, lors du vote de confiance après sa formation le 26 février, et le 16 juillet, à l'issue d'une séance de débat de politique publique. « Ceux qui prétendent ignorer les décisions prises par le gouvernement sont en train de mener un coup d'État manifeste », a accusé M. Geagea, reprenant le terme utilisé après deux Conseils des ministres successifs par la presse pro-Hezbollah pour qualifier les prises de décision de l'exécutif.
« Menaces et avertissements »
Avec ces prises de position, le Hezbollah et ses alliés, qui ne sont pas mentionnés nommément dans le communiqué de Samir Geagea, montrent qu'ils « ne reconnaissent ni les institutions légitimes ni leurs décisions, et par extension, qu'ils ne reconnaissent pas la Constitution libanaise et, plus clairement encore, qu'ils ne reconnaissent pas l'existence de l'État libanais. Ceci est très grave, voire extrêmement grave. »
Le chef des FL a en outre dénoncé les déclarations de responsables iraniens qui « profèrent des menaces et avertissements » concernant les mesures prises par le gouvernement en assurant qu'elles ne doivent pas passer, estimant qu'elles « relèvent de l'incitation et d'autre part de la menace d'intervention militaire contre le gouvernement libanais. » Dans ce contexte, le gouvernement doit « sérieusement envisager de convoquer le Conseil de la Ligue arabe et le Conseil de coopération du Golfe pour tenir des sessions extraordinaires afin de soulever la question de la menace iranienne contre le Liban, ainsi que de déposer une plainte auprès du Conseil de sécurité des Nations unies. » Il a encore estimé que les ingérences iraniennes « au cours des quarante dernières années », soit depuis la création du Hezbollah, ont « conduit le Liban à la ruine. »
Le chef du parti Kataëb et député Samy Gemayel a de son côté déclaré depuis le Grand Sérail lundi, au sortir d'une rencontre avec le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, que son parti « rejette catégoriquement toutes les déclarations iraniennes (...) sur le fond et la forme » et a appelé l'Iran, qui s'oppose au désarmement du Hezbollah, à « traiter le Liban avec davantage de respect », rapporte le site des Kataëb.
Samedi, un conseiller du guide suprême iranien Ali Khamenei, avait déclaré que son pays s'opposait « certainement » à la décision du gouvernement libanais de désarmer le Hezbollah. Le 6 août, Téhéran avait déclaré qu'il soutiendrait toute décision prise par le Hezbollah et certains médias avaient rapporté que le chef de la diplomatie iranienne avait affirmé que le plan de désarmement ne « fonctionnera pas ». Des prises de position qui avaient provoqué des réactions du ministère libanais des Affaires étrangères, dirigé par Joe Raggi, relevant de la quote-part des FL dans le cabinet, qui avait condamné des ingérences « inacceptables » de Téhéran, sans toutefois aller jusqu'à convoquer l'ambassadeur.




Le Hezbollah et ses alliés, montrent qu'ils « ne reconnaissent ni les institutions légitimes ni leurs décisions, et par extension, qu'ils ne reconnaissent pas la Constitution libanaise et, plus clairement encore, qu'ils ne reconnaissent pas l'existence de l'État libanais ». Ce n’est certes pas un scoop, on le savait depuis longtemps, mais, au moins, la chose est désormais extrêmement claire.
07 h 42, le 12 août 2025