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On dit que les barbares seront là aujourd’hui


Quel « Bilad el-cham » à l’ombre d’une Syrie incapable de gérer ses propres démons confessionnels et tenir ses mercenaires ? À moins que la petite phrase énigmatique lâchée par Tom Barrack n’annonce une atomisation de la région en une mosaïque de tribus identitaires, il est impossible qu’Israël conçoive et avalise à sa frontière la perspective d’une « super-Syrie » intégrant le Liban.

À peine Barrack a-t-il remballé ses dossiers et ses mises en garde un peu farfelues que les bédouins syriens, semble-t-il soutenus par les forces gouvernementales, s’attaquent de la plus vile manière à la communauté druze de Soueida, détruisant au passage une église dédiée à saint Michel archange. Ironiquement, le ministre de la Défense israélien, Israel Katz, annonce que l’armée israélienne « opérera avec force » dans la région agressée « pour éliminer les forces qui ont attaqué les druzes jusqu’à leur retrait complet ».

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Autant dessiner aux druzes une cible sur le dos. Pour l’État hébreu, ces forces citées par Katz se situaient apparemment dans le quartier général de l’armée syrienne à Damas, bombardé hier en plein jour par Tsahal, traduction sur le terrain du « coup douloureux » promis à Ahmad el-Chareh par Tel-Aviv. Une armée qui qualifie d’« erreur technique » une frappe à Gaza contre un point d’eau, en ces temps de sécheresse et de chaleur extrême, tuant en majorité des enfants, ne fera pas dans la dentelle tant qu’elle n’aura pas atteint son objectif. Israël est en plein processus de nettoyage de son voisinage. Il élimine ses phobies au lance-flamme et se torche des souverainetés. Lucide, Walid Joumblatt a signalé aux druzes de Syrie qu’Israël n’a pas de protégés, il n’a que des instruments.

Combien est vertigineux le temps perdu en conflits barbares alors que des deux côtés de la frontière deux pays essoufflés sont en quête d’avenir ? Partout, phobies et passions dominent les discours, tout le monde se méfie de tout le monde, et les vengeances puériles continuent à engendrer de vains massacres. Barbares. Les anciens Égyptiens appelaient ainsi tous ceux qui ne parlaient pas leur langue. La barbarie résulte de ce manque de mots qui de tous temps s’est compensé en violence. Dans un poème célèbre, En attendant les barbares, Constantin Cavafy montre la paralysie que provoque dans une ville inconnue l’arrivée annoncée de « barbares » non identifiés. Tout le monde est tendu mais habillé avec somptuosité. Les toges et les bijoux sont étincelants, mais les visages sont graves. « Pourquoi nos habiles rhéteurs ne viennent-ils pas à l’ordinaire prononcer leurs discours et dire leurs mots ? » écrit le poète. La réponse est évidente. Cependant, la nuit tombe et les barbares ne viennent pas. L’inquiétude se transforme en déception : « Mais alors, qu’allons-nous devenir sans les barbares ? Ces gens étaient en somme une solution. » Une conclusion qui montre la dépendance morbide des peuples à la notion d’ennemi. L’ennemi est une fiction puisqu’il est toujours possible de négocier une paix. Mais, c’est une fiction utile pour consolider un pouvoir et solidariser une société.

Au milieu du volcan régional qui ne cesse de cracher ses laves depuis tant d’années, guerres et violences deviennent un mode de vie. « On s’adapte », disons-nous à l’étranger qui s’étonne. On s’adapte mais on s’effondre au moindre claquement de porte, au moindre bruit un peu fort. On arrive même parfois à se dire heureux, sachant que le bonheur est toujours relatif. Œuvrer pour un meilleur avenir tout en renonçant à l’espérance est peut-être le seul secret de ce qu’on appelle méchamment « résilience ». Se souvenir que l’espérance est le dernier des maux resté prisonnier dans la boîte de Pandore quand tous les autres s’en sont échappés pour la plus grande souffrance des hommes.

Quel « Bilad el-cham » à l’ombre d’une Syrie incapable de gérer ses propres démons confessionnels et tenir ses mercenaires ? À moins que la petite phrase énigmatique lâchée par Tom Barrack n’annonce une atomisation de la région en une mosaïque de tribus identitaires, il est impossible qu’Israël conçoive et avalise à sa frontière la perspective d’une « super-Syrie » intégrant le Liban. À peine Barrack a-t-il remballé ses dossiers et ses mises en garde un peu farfelues que les bédouins syriens, semble-t-il soutenus par les forces gouvernementales, s’attaquent de la plus vile manière à la communauté druze de Soueida, détruisant au passage une église dédiée à saint Michel archange. Ironiquement, le ministre de la Défense israélien, Israel Katz, annonce que l’armée israélienne « opérera...
commentaires (9)

le vrai probleme en syrie, c’est que le gouvernement syrien est conduit par des ex-jihadistes pour qui les minorites n’ont aucune valeur. on attend toujours les resultats de l’enquete sur les massacres des alouites, de l’eglise st elie, des massacres de druzes. les videos de la nouvelle armee syrienne ou des soldats barbus et fanatises se filment en plein actes de vandalisme sont sur youtube.

Nadim Audi

14 h 16, le 19 juillet 2025

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Commentaires (9)

  • le vrai probleme en syrie, c’est que le gouvernement syrien est conduit par des ex-jihadistes pour qui les minorites n’ont aucune valeur. on attend toujours les resultats de l’enquete sur les massacres des alouites, de l’eglise st elie, des massacres de druzes. les videos de la nouvelle armee syrienne ou des soldats barbus et fanatises se filment en plein actes de vandalisme sont sur youtube.

    Nadim Audi

    14 h 16, le 19 juillet 2025

  • On ne peut pas ne pas faire la comparaison entre les protégés des mollahs qui se sont fait liquider un à un sans que leurs protecteurs ne lèvent le petit doigt et des druzes qui vu voler instantanément, à leur secours un allié fraîchement désigné. Ça n’est pas avec des menaces non tenues et des mensonges qu’on arrive à prouver sa loyauté vis à vis de ses protégés. Les israéliens ont certes des intérêts mais les mollahs aussi. Alors pourquoi ne pas parler de lâcheté lorsqu’il s'agit de défendre autre chose que leur régime?

    Sissi zayyat

    13 h 36, le 17 juillet 2025

  • Les ADAGES sont meilleurs que les éléments de LANGAGE. Celui-ci convient parfaitement à la situation : ""ON N’EST PAS ASSEZ PROPHÈTE, NI ICI, NI DANS SON PAYS"".

    nabil

    12 h 30, le 17 juillet 2025

  • APRES PERMISSION.. =INTIMIDATIONS, CAMOUFLEES MENACES-MA DETERMINATION EST SANS ANGOISSES.-DE LA LIBRE EXPRESSION LES TEMOIGNAGES,-N,ARRETE PAS LA CRAINTE DES CHANTAGES,-ET NI LES MENACES SUR LE SMART PHONE.-CAR LA LIBRE EXPRESSION EST UNE ICONE.-SON BUT TELS TOUS LES AUTRES INTERNAUTES,-EST NOBLE. IL CHERCHE A ECLAIRER SANS FAUTES,-LE PUBLIC, ET BLAMER AVEC AISANCE,-DES *KELLON* LA CRIMINELLE PRESENCE,-PARTOUT DANS TOUS LES POSTES DE L,ETAT. =A NETTOYER AVEC LE HESBALLAH. =TOUS DEMANDENT A NOS DEUX CHEFS DITS SAGES,-DE NE PLUS RETARDER LES NETTOYAGES. =MONSIEUR BARRACK N,A PAS VOMI DU VENT !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    12 h 02, le 17 juillet 2025

  • Écoutez, c’est bien connu, les Druzes libanais sont tellement divisés, comme les Druzes de Syrie ou d’Israël, d’où leur instrumentalisation. La lucidité de Joumblatt est telle qu’il a compris depuis sa victoire pendant la guerre de la Montagne, que pour sa sécurité, Israël ne tolère aucune menace à ses frontières. À l’heure où je rédige mon commentaire, une dépêche tant attendue que le maronite Georges Ibrahim Abdallah sera expulsé vers Beyrouth le 25 juillet après quarante ans de détention. Nous l’écoutons avec une grande attention de son expérience, et ses conseils de révolutionnaire lucide.

    nabil

    11 h 23, le 17 juillet 2025

  • Depuis l’enlèvement d’un Druze et marchand de légume, c’est le branle-bas à Soueida. Des morts et des blessés de toute part, et finalement le président provisoire cède aux injonctions israéliennes en confiant la sécurité du fief druze aux Druzes, selon l’adage : on n’est mieux servi que par soi-même, sur le mode de l’autogestion suisse, et ce n’est plus l’Etat central qui est en charge de la sécurité. Mais : ""Lucide, Walid Joumblatt a signalé aux druzes de Syrie qu’Israël n’a pas de protégés, il n’a que des instruments"". Le chef politico-militaire des Druzes libanais parle d’expérience.

    nabil

    11 h 02, le 17 juillet 2025

  • Très beau texte. Belle plume. Merci.

    Raed Habib

    10 h 49, le 17 juillet 2025

  • "" Au milieu du volcan régional qui ne cesse de cracher ses laves depuis tant d’années, guerres et violences deviennent un mode de vie "" volcan habille de cultures abrahamiques,qui ont encore a se liberer de leurs croyances cromaniennes!

    L’acidulé

    08 h 37, le 17 juillet 2025

  • Rien ne justifie l'intervention Israélienne. Si vous pensez que Israel n'avait rien a faire avec ce qui ce passe, vous etes bien naive. Le gouvernement central en Syrie a tout le droit de contrôler son peuple bien armé comme le Liban a bien le droit de prendre les armes du Hezb. Il y'a bien une contradiction ici et au moins Charah essaye de batir un pays, peut etre a sa facon mais meilleur que la notre.

    Ma Realite

    07 h 54, le 17 juillet 2025

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