Une vue de la salle des pas perdus au Palais de justice de Beyrouth. Photo C.A.
La juge d’instruction de Beyrouth, Roula Sfeir, a émis jeudi un mandat d’arrêt contre l’ancien gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, après l’avoir interrogé dans le cadre d’une plainte introduite contre lui en juin 2021 par Talal Abou Ghazalé, homme d’affaires spécialisé notamment dans les domaines de la propriété intellectuelle et de l’informatique. M. Abou Ghazalé détiendrait un compte de plusieurs millions de dollars à la Société générale de banque au Liban (SGBL), selon des informations parues dans la presse locale.
Il s’agit du troisième mandat d’arrêt lancé contre M. Salamé. Le premier avait été délivré le 9 septembre par le premier juge d’instruction de Beyrouth par intérim, Bilal Halaoui, dans l’affaire Optimum Invest, concernant le détournement présumé d’un montant d’environ 44 millions de dollars. Le deuxième avait été émis le 31 octobre par le premier juge d’instruction du Mont-Liban, Nicolas Mansour, pour des soupçons liés à l’acquisition et l’exploitation de biens immobiliers en France, notamment des locaux que la BDL avait loués sur les Champs-Élysées pour y installer un centre d’urgence.
« C’est la première fois que la justice répond à une plainte d’un particulier contre l'ex-gouverneur de la banque centrale par l’émission d’un mandat d’arrêt à l'encontre de ce dernier », affirme à L’Orient-Le Jour un avocat ayant requis l’anonymat. Interrogé sur la lenteur du processus judiciaire dans cette affaire qui remonte à quatre ans, il affirme que M. Salamé avait alors soulevé des exceptions de procédure contestant la qualité de M. Abou Ghazalé à déposer une telle plainte. Son recours avait été accepté par le juge Bilal Halaoui, avant d’être rejeté en appel, puis en cassation. Selon l’avocat précité, le dossier avait été ensuite déféré à la juge Roula Sfeir, il y a « six ou sept mois », après que la Cour de cassation eut considéré que le déposant avait qualité à saisir la justice, en précisant que cette qualité pouvait être admise même en l’absence de préjudice clairement établi, l’enquête étant encore en cours.
« Collusion claire et manifeste avec les banques »
Dans sa plainte, M. Abou Ghazalé, reproche à l’ancien gouverneur de la BDL d’avoir émis « des circulaires visant à changer le système économique libéral prévu par le préambule de la Constitution (…), dans le but de (…) dissimuler l’état de faillite qui frappe la majorité des banques au Liban ». Il évoque ainsi « une collusion claire et manifeste avec ces banques pour s’approprier les dépôts et les fonds des déposants ».
D’après nos informations, Talal Abou Ghazalé était représenté à l’audience de jeudi par son avocat Mazen Abou el-Hosn, tandis que Riad Salamé a comparu, accompagné de Me Wassim Ghaoui.
À l’issue de l’audience, un communiqué de M. Abou Ghazalé a annoncé la décision de justice, précisant que l’ex-gouverneur a été interrogé sur « la violation de la Constitution, l’atteinte à la réputation financière de l’État, l’abus de pouvoir, les manœuvres frauduleuses et la propagation de l’inquiétude et de la perte de confiance dans le secteur financier, dans le but d’attirer les dépôts ».
Selon nos sources, M. Salamé compte interjeter appel vendredi contre ce mandat, dans le délai de 24 heures qui lui est imparti.



ANTOUN SEHNAOUI DEVRA ÊTRE JUGÉ COMME RIAD SALAME , IL N’AVAIT PAS LE DROIT DE PRÊTER LES FONDS DES DÉPOSANTS DE SGBL À LA BDL ET À L’ÉTAT LIBANAIS À LEUR INSU ET SANS LEURS CONSENTEMENTS
02 h 51, le 31 mai 2025