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Campus - Distinction

Farah el-Rayès : vaincre le cancer, inspirer la vie

Récemment distinguée par le prix d’inspiration Sara Khatib, la jeune battante a été récompensée pour deux qualités rares et précieuses : sa résilience à toute épreuve et son sens inébranlable du service.

Farah el-Rayès : vaincre le cancer, inspirer la vie

Remise du prix Sara Khatib. De gauche à droite : le Dr Nasser al-Sharif, Farah el-Rayès, Rola Khatib, le Dr Jad Abdallah et Adib Khatib. Photo LAU

Il y a deux ans, le monde de Farah el-Rayès s’est effondré deux fois. Alors qu’elle n’avait même pas encore réussi à digérer le trépas de son père, cette étudiante en pharmacie à la Lebanese American University (LAU) a dû faire face à un diagnostic de cancer. Un double choc que la jeune fille a pourtant surmonté, faisant preuve d’un courage et d’une détermination hors du commun.

Dépistée d’un lymphome de Hodgkin de stade IV, la future docteure en pharmacie a vu du jour au lendemain sa vie changer de cap. Soudain, les mots de la maladie se sont immiscés insidieusement dans son quotidien. Et les salles de cours auxquelles elle était habituée ont été vite remplacées par les couloirs stériles de l’hôpital, et les projets, par un calendrier de protocoles et de chimiothérapies.

Mais face à ce monstre qui a envahi son univers sans prévenir, cette volontaire de la Croix-Rouge libanaise a refusé de baisser les bras. D’ailleurs, elle n’avait pas d’autre choix que de se battre. Aînée d’une fratrie de trois filles, la jeune universitaire a dû honorer de lourdes obligations familiales. Puisque durant sa lutte et en surcroît de ses études, elle a également géré les affaires de son défunt père qui exploitait une entreprise de générateurs pour subvenir aux besoins du foyer. « Capituler n’était pas une option », confie-t-elle. « Je n’avais même pas le droit de m’effondrer. Il fallait que je tienne bon, coûte que coûte », ajoute-t-elle encore. Portée par l’espoir ainsi que par le soutien indéfectible de sa famille, elle a fait montre d’une organisation exemplaire pour mener de front toutes ses responsabilités. De courage aussi. « Certains jours étaient si durs que je frôlais l’épuisement total et ne pouvais plus relever ma tête », raconte-t-elle, avant d’enchaîner : « Alors, je mettais à profit les rares jours de répit entre deux traitements pour régler les affaires. Mais ce qui m’a le plus aidée, c’était de poursuivre mes études, de demeurer active et productive et de ne pas rater une année de ma formation, sans quoi j’aurais été dévastée. » Examens de rattrapage, contrôles différés, cours en mode hybride et autres aménagements, Farah el-Rayès se dit aujourd’hui extrêmement reconnaissante envers ses pairs mais surtout envers l’équipe pédagogique de l’école de pharmacie de la LAU, qui non seulement lui a apporté une écoute et un soutien moral, mais aussi un accompagnement sur mesure et une flexibilité qui lui ont permis de traverser cette tempête et d’aller de l’avant.

Farah el-Rayès célébrant sa rémission complète après avoir surmonté l’épreuve de la maladie et l’adversité. Photo Jad Malaeb

« Recevoir le prix d’inspiration Sara Khatib représente à mes yeux une célébration de la résilience mais aussi un magnifique rappel de la force dont l’être humain est capable »,

affirme-t-elle. « J’ai traversé des moments durs, c’est vrai, mais je me suis dit qu’il est toujours possible de repousser ses limites, de se dépasser et de viser le succès », poursuit-elle. Instauré en 2015 par Look Forward: The Sara Khatib Cancer and Amputee Association, le prix d’inspiration Sara Khatib vise à récompenser un étudiant en pharmacie ayant fait preuve d’une attitude exemplaire, en mémoire de Sara Khatib, jeune étudiante en quatrième année de pharmacie à la LAU fauchée à 22 ans par le cancer.

Façonnée par son épreuve, Farah el-Rayès s’est activée dans le secteur de la gestion des catastrophes de la Croix-Rouge libanaise dans le district de Aley, où elle a assumé le rôle de responsable des formations (training focal person) et travaillé directement auprès des communautés confrontées à des risques de santé publique.

Sensible à la dimension humaine de son cursus en pharmacie, la jeune fille, qui s’est vu remettre également le Prix d’excellence en pharmacie de santé publique (ou Excellence in Public Health Pharmacy Award (USPHS)) décerné par le Service de santé publique des États-Unis, confie avoir connu un changement de mentalité radical en l’espace d’un an, un véritable déclic qui l’a poussée à s’investir davantage dans ses études et à redoubler d’efforts pour venir en aide à sa communauté, notamment aux victimes de la guerre. Cette dernière a constitué un puissant catalyseur pour son engagement. « C’est parce que j’ai souffert et que je sais à quoi ressemble la souffrance que je ne pouvais pas rester les mains croisées à regarder les victimes sans rien faire », explique-t-elle. Aussi bien dans les zones de conflit que dans les centres d’accueil de déplacés, elle se dépense alors sans compter. Promue coordinatrice de terrain à la Croix-Rouge dans les cazas du Chouf et de Aley, elle pilote la distribution de l’aide humanitaire. Simultanément, elle coordonne des sessions de formation destinées à entraîner aussi bien les volontaires que les membres de la communauté aux situations d’urgence, tout en dispensant une éducation ciblée sur le stockage de l’eau potable, les pratiques d’hygiène et la prévention des maladies.

Et pour mieux affûter ses compétences et muscler son leadership, elle parfait sa formation et décroche le titre de « commandant opérationnel », un grade qui lui permet désormais de piloter les équipes de première ligne, d’évaluer les besoins sanitaires et d’orchestrer les secours au plus fort des crises.

Un regard résolument tourné vers l’avenir

En regardant aujourd’hui le chemin parcouru et ce qu’elle a enduré alors que le combat médical est derrière elle, Farah s’estime plus forte que jamais. Brillante, belle et accomplie, aussi. En dépit des séquelles. « Je dois percevoir ma propre valeur avant de pouvoir la transmettre aux autres », avance-t-elle. Sa motivation est décuplée. Son énergie aussi. Opérant auprès de patients souffrant de cancer, elle se sent « réconfortée et soulagée » à chaque fois qu’elle leur propose un traitement qui atténue les effets secondaires et leur souffrance.

Désormais pleinement concentrée à obtenir son doctorat en pharmacie, elle se remémore quand, à la fin du long tunnel de traitements, alors qu’elle a perdu la totalité de sa chevelure, elle a décidé d’organiser un shooting photo. Le but ? Fêter sa rémission complète et immortaliser sa victoire contre l’adversité. Les clichés capturent alors non pas une victime du cancer, mais une jeune guerrière qui a par moments plié, mais n’a jamais rompu. Crâne nu et robe rose, tenant à la main des ballons sur lesquels on peut lire « J’ai battu le cancer », elle fixe l’objectif avec, sur ses lèvres, un sourire éclatant célébrant sa renaissance et, dans ses yeux, un regard résolument tourné vers l’avenir. Et bien sûr, des rêves plein la tête.

Il y a deux ans, le monde de Farah el-Rayès s’est effondré deux fois. Alors qu’elle n’avait même pas encore réussi à digérer le trépas de son père, cette étudiante en pharmacie à la Lebanese American University (LAU) a dû faire face à un diagnostic de cancer. Un double choc que la jeune fille a pourtant surmonté, faisant preuve d’un courage et d’une détermination hors du commun. Dépistée d’un lymphome de Hodgkin de stade IV, la future docteure en pharmacie a vu du jour au lendemain sa vie changer de cap. Soudain, les mots de la maladie se sont immiscés insidieusement dans son quotidien. Et les salles de cours auxquelles elle était habituée ont été vite remplacées par les couloirs stériles de l’hôpital, et les projets, par un calendrier de protocoles et de chimiothérapies. Mais face à ce monstre qui...
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