Henri Vivier devant sa collection de coquilles de baptême. Photo Laurent Selinder
Journaliste indépendant et expert des questions liées à la géopolitique du Proche-Orient, il est tombé sous le charme du pays du Cèdre dans les années 80, alors en pleine guerre civile, et qu’il voulait témoigner de sa réalité et de l’occupation dont il était victime. Henri Vivier a des étoiles dans les yeux quand il parle du Liban dont il est « amoureux » depuis qu’il a appris à le connaître grâce à une amie rencontrée sur les bancs de l’université Paris-Panthéon-Assas. Il découvre ainsi une convivialité qui lui a « ouvert les yeux ». « À pratiquement chacun de mes séjours au Liban, grâce à Mgr Nabil Andari que j’ai rencontré à Notre-Dame du Liban où il exerçait son ministère sacerdotal, je réussissais à décrocher une audience avec le patriarche Sfeir. Durant nos conversations, se souvient-il, il ne mâchait pas ses mots en parlant de l’occupation syrienne. » Journaliste travaillant pour France catholique – un organisme de presse –, il fait également partie des 3 000 personnes qui, en 1990, se sont rendues à l’ambassade du Liban à Paris, rue Copernic, pour demander la nationalité libanaise et réaffirmer la souveraineté libanaise déjà fortement menacée à l’époque.
Détail d'une pièce. Photo Laurent Selinder
Un écho à sa foi
L’homme, qui a plusieurs cordes à son arc, est également collectionneur de coquilles de baptême. Un objet plutôt rare dont la pureté esthétique le séduit et dont la symbolique trouve un écho dans sa foi profonde. « Ma première rencontre avec la coquille Saint-Jacques, qui permet le baptême par aspersion, a eu lieu chez un antiquaire à Lille, dans le nord de la France. J’ai tout de suite eu un coup de cœur pour ce bel objet. » « C’est à partir de l’époque baroque qu’on s’est mis à utiliser l’ustensile plutôt que le creux de la main pour baptiser », explique celui qui a commencé sa collection en 1988. Avec passion, il tient à souligner la nécessité de faire la distinction entre la coquille à usage liturgique et les beurriers, de beaux ornements de table notamment au XIXe siècle sous le règne de Napoléon III en France, ou celui de Victoria en Angleterre, qui rendent la tâche du collectionneur un peu plus ardue. « C’est un ami expert antiquaire qui me seconde pour mes acquisitions », souligne-t-il. Sa collection de 18 coquilles est principalement axée sur les XVIIe et XVIIIe siècles, mais englobe aussi des pièces contemporaines qui vont jusqu’au XXe siècle.
Une collection qui trouve son écrin
Henri Vivier vient de faire don de ses pièces à Notre-Dame de Paris à l’occasion de sa réouverture prévue en décembre. Les cinq coquilles feront partie d’une exposition permanente dans la vitrine du trésor et le reste des réserves de la cathédrale. Partiellement dorées pour certaines, elles sont française (A. Albert, maître orfèvre de la fin du XVIIe siècle, et Pierre Dumont, maître-orfèvre vers 1750), canadienne (XIXe siècle), allemande (entre les XVIIe et XIXe siècles) et portugaise (Tiffanys & Co milieu XXe siècle). « C’est l’État qui en est propriétaire et l’Église affectataire, ce qui permet de préserver l’unité et la pérennité de la collection, d’une part, et le caractère cultuel et sacré, d’autre part », précise Henri Vivier. En fait, en séparant la nue-propriété qui appartient à l’État et l’usufruit à l’Église, il divise le risque de voir un jour sa collection vendue. « De ce fait, elle devient un bien public inaliénable, tout en retrouvant par ailleurs sa vocation religieuse d’origine. »
Les magnifiques pièces offertes à Notre-Dame de Paris pour sa réouverture. Photo Laurent Selinder
La réouverture au culte avec le nouvel autel de Notre-Dame de Paris aura lieu le 8 décembre, mais dès le 7 décembre en mondovision avec le chroniqueur Stéphane Bern qui commentera la cérémonie, le président Emmanuel Macron verra achevé, grâce à un travail acharné, le chantier lancé lors de son premier mandat. L’événement quasiment œcuménique regroupera un parterre d’une centaine de chefs d’État parmi lesquels le roi Abdallah II de Jordanie, le roi Philippe de Belgique et la reine Mathilde, le roi Charles III de Grande-Bretagne et le président Trump qui a également été invité. « L’essentiel, c’est que ces coquilles puissent continuer à servir, surtout à Notre-Dame de Paris. Membre de la chorale, j’y ai chanté de 1985 à 1992 et depuis 1994, en tant que chevalier du Saint-Sépulcre, je me joins à mes confrères qui jouent le rôle de gardiens de la Sainte Couronne d’épines. J’ai été comme tout le monde saisi par l’horreur et l’abomination qu’a été l’incendie de la cathédrale (les 15 et 16 avril 2019, NDLR) et j’ai cette certitude chevillée au corps que le bien doit l’emporter sur le mal. Pour moi ce don est avant tout un acte de foi. »
Issu d’une vieille famille gantière millavoise, Henri Vivier a été directement nommé au grade d’officier de l’ordre de la couronne par le roi des Belges, sans être passé par le grade de chevalier. Très attaché à la souveraineté du Liban, à son unité territoriale et son vivre-ensemble, il parraine les officiers libanais qui sont stagiaires à l’École de guerre à Paris – à qui il a offert un cèdre du Liban. Sa mission : faire aimer la France, faire découvrir la vie quotidienne à Paris et, si besoin, leur faire pratiquer la langue française.



Joseph Joubert ("Pensées")
23 h 15, le 25 novembre 2024