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Nos lecteurs ont la parole

Pourquoi écrire, ou le désarroi de l’intellectuel

Marginalisé par les politiciens, suspecté par les partis qui redoutent le pouvoir corrosif de l’esprit critique, l’intellectuel au Liban est réduit à un rôle passif, vivant dans la tourmente et tourmenté par son incurable impuissance. Que peut-il faire sinon écrire sa révolte et son amertume dans un pays où le fracas des mots est couvert par celui des obus ? Peut-être n’écrit-il pas assez, se confinant dans un silence hautain, cachant mal sa perplexité.

Face à la démence qui rabote le paysage et égare les esprits, l’intellectuel est effarouché, déconcerté par une situation où prédomine l’élément irrationnel. D’où ce sentiment de désarroi inquiet quand il se sent soudain projeté dans un monde qui lui est hostile, dans un monde où les normes sont renversées et les principes logiques bousculés.

L’écriture devient une libération des contraintes matérielles, la fuite dans le rêve. Elle procure le sentiment d’exister, donne des raisons de vivre et d’espérer, libère la conscience de la perplexité et du doute, elle gomme la réalité hideuse, source d’inquiétude et d’effroi, elle ouvre la voie vers l’espace de l’imaginaire où l’esprit trouve enfin la quiétude.

« J’écris pour ne pas passer à l’acte, pour éviter une crise. L’expression est soulagement, revanche indirecte de celui qui ne peut digérer une honte et qui se rebelle en paroles contre ses semblables et contre soi. L’indignation est moins un mouvement moral que littéraire, elle est même le ressort de l’inspiration », (Cioran).

Face à la tragédie à laquelle l’intellectuel assiste impuissant et solitaire, il se tourne vers l’écriture pour exprimer sa révolte et son ressentiment. C’est sa manière à lui de s’engager ; c’est sa manière de protester contre une violence qui tue l’homme et les valeurs de l’esprit. C’est sa manière de récuser un réel qui le nie. Par les mots, ces étoiles qui se rassemblent sur une feuille blanche, il brise le mur de la solitude où il étouffe, il rejoint tous ses semblables, tous ces hommes anonymes qui souffrent et meurent dans l’indifférence générale.

Quand la raison prend la clé des champs, quand disparaît la logique régulatrice, toute la cité est menacée de disparition.

L’écrivain est un témoin. À lui incombe la tâche de dénoncer sans relâche ceux qui sèment le chaos, ceux qui tentent de faire basculer un pays dans le néant, ceux qui prônent le radicalisme et le fanatisme, c’est-à-dire la négation même du Liban et de sa raison d’être.

Pareille tâche est malaisée. Vivant dans un climat de peur, l’intellectuel se résigne souvent au silence. Le contexte ne favorise guère l’inspiration ou l’enthousiasme : le pourrissement est tel que tous sont fatigués, chacun aspirant à un minimum de paix et de tranquillité.

Ne laissons pas, malgré tout, nos mots se muer en romance et poésie. Que les mots éclatent de vérité, transcendent les intolérables situations et prennent la forme de la philosophie du devenir... Balayons, avec nos mots, rafales, fusils, mitrailleurs, bombes... et passons à l’acte noble qui résume notre existence : savoir défier l’impossible, par la plume et l’encre de l’amour.

Maroun ABOU-KHEIR

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Marginalisé par les politiciens, suspecté par les partis qui redoutent le pouvoir corrosif de l’esprit critique, l’intellectuel au Liban est réduit à un rôle passif, vivant dans la tourmente et tourmenté par son incurable impuissance. Que peut-il faire sinon écrire sa révolte et son amertume dans un pays où le fracas des mots est couvert par celui des obus ? Peut-être n’écrit-il pas assez, se confinant dans un silence hautain, cachant mal sa perplexité. Face à la démence qui rabote le paysage et égare les esprits, l’intellectuel est effarouché, déconcerté par une situation où prédomine l’élément irrationnel. D’où ce sentiment de désarroi inquiet quand il se sent soudain projeté dans un monde qui lui est hostile, dans un monde où les normes sont renversées et les principes logiques bousculés....
commentaires (1)

Tellement vrai)))

Raed Habib

10 h 14, le 16 octobre 2024

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Commentaires (1)

  • Tellement vrai)))

    Raed Habib

    10 h 14, le 16 octobre 2024

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