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Nos lecteurs ont la parole

Le retour de Khabbaz avec un passé acerbe et un réalisme cinglant

J’ai assisté une seconde fois à la pièce Khyel Sahra afin de pouvoir l’analyser, et ce selon les conseils de M. Émile Chahine.

Un décor profond relatant la misère des guerres : avec quelques sacs de sable, l’être humain est persuadé qu’il est protégé, ignorant que c’est toute une âme qui est déchirée. L’atmosphère produite par Georges Khabbaz est discernée à travers un tête-à-tête poignant et éloquent.

Des acteurs professionnels, incarnant leurs rôles à la perfection, prouvant leur capacité de jouer différents types de personnages de manière à convaincre le public de leur réalité.

Je pris plaisir à voir Georges Khabbaz interprétant le protagoniste, progressant sur les planches avec adresse en déployant son talent et son

savoir-faire. J’ai admiré comment Adel Karam était à l’aise dans la peau du franc-tireur : impressionnant.

Une touche d’humour rend l’auditoire sensible à l’ironie de la situation. Ces vers de Musset à propos de Molière me reviennent : « Quelle mâle gaieté, si triste et si profonde ; Que, lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer ! »

Un thème déjà traité par le même auteur. La fréquence de son évocation servit-elle de leçon ? Cette thématique est judicieusement soulevée par l’auteur dans l’espoir qu’à force d’être répétée elle trouvera écho un jour ! D’après Platon, « there is no harm in repeating a good thing ».

Cette note gaie traduite par la danse de Broadway sur un fond d’images reflétant les rivalités ne

dévoile-t-elle pas la joie de vivre du Libanais malgré toutes les manœuvres et les agissements entrepris afin de l’anéantir corps et âme ?

Le spectateur s’interroge sur cet état des faits fondamental. Quand est-ce que les partisans acharnés

découvriront-ils que l’aboutissement des hostilités n’est jamais allègre mais dramatique et que les rêves insinués ne sont que chimères ? Cela a été démontré d’une manière bien définie tout au long de l’acte final.

Un clin d’œil à la souffrance des parents, et aux mamans en particulier, tend à rappeler que ces jeunes qui se rendent au combat traînent derrière eux une famille entière.

En citant un certain sommet de Bagdad, la pièce pointe du doigt l’échec et la stérilité de ces réunions internationales. Ne faudrait-il pas se demander pourquoi cet insuccès ? En effet, au cours des séances de dialogue, le peuple est représenté par les faiseurs de guerre. Cela n’est-il pas une cause suffisante du résultat improductif ? Ne faudrait-il pas confier la mission du règlement des conflits aux militants pour la non-

belligérance à l’instar de Ghandi ?

Les deux personnages sont le porte-parole de la totalité d’une population, dirait-on. En les comparant, on se rend compte que les points communs qui les unissent sont nettement supérieurs aux divergences qui les séparent ; ils vivent dans la détresse, ils sont pris par le même piège de l’appartenance politique et religieuse. Ils souffrent du déchirement, ils endurent le martyre, ils tombent amoureux, ils passent par des moments de peur, ils tuent des innocents afin de satisfaire les ordres des autres, etc. L’origine de la scission est un différend fabriqué afin de dominer. Au fil de la représentation ils se découvrent et puis réalisent combien leurs conditions sont identiques et leurs sentiments réciproques qui les poussent à s’aimer sont profonds (je fais référence au passage plein d’émotions de la séparation des deux familles de Abou el-Zouz et de Abou Ahmad). Même leurs missions respectives sont pareilles, ils veillent afin que leurs « seigneurs » jouissent de l’abondance, de la richesse, de la somptuosité et du pouvoir.

J’insiste sur leur affinité mutuelle et qui se concrétise lors de la conversation entre un survivant et l’ombre de son « ennemi ami » qui apparemment n’est jamais sorti de son esprit malgré toutes ces années passées.

Le cours dramatique ferait-il allusion au fait que les bellicistes qui poussent à l’emploi de la force dans les affrontements seraient les manipulateurs de la crise économique que le pays encourt ? C’est l’explication que je donnerais à la reconversion du combattant en gardien de banque. Celui-ci est un pion, il est placé là où les maîtres du jeu décident qu’il doit être affecté.

J’aimerais signaler le tact du concepteur qui consiste à faire suivre immédiatement chaque séquence d’amertume et de douleur par une interjection divertissante.

Le titre Khyel Sahra rejoint l’idée de mirage, chacun des personnages ambitionnait d’avoir un avenir luisant mais finalement tout fut un vrai fiasco.

L’affiche publicitaire est composée, entre autres, de deux moitiés de visage et de tenues conformes, symbolisant la complémentarité et la ressemblance.

En conclusion, ces talents inégalables sont avides de faire passer un message d’éveil à des personnes qui furent les protecteurs de la quiétude des autres, mais surtout, et par extension, à toute une nation.

Graziella SALIBA MAKARON

Avocate à la Cour

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

J’ai assisté une seconde fois à la pièce Khyel Sahra afin de pouvoir l’analyser, et ce selon les conseils de M. Émile Chahine.Un décor profond relatant la misère des guerres : avec quelques sacs de sable, l’être humain est persuadé qu’il est protégé, ignorant que c’est toute une âme qui est déchirée. L’atmosphère produite par Georges Khabbaz est discernée à travers un tête-à-tête poignant et éloquent.Des acteurs professionnels, incarnant leurs rôles à la perfection, prouvant leur capacité de jouer différents types de personnages de manière à convaincre le public de leur réalité.Je pris plaisir à voir Georges Khabbaz interprétant le protagoniste, progressant sur les planches avec adresse en déployant son talent et son savoir-faire. J’ai admiré comment Adel Karam était à l’aise dans la...
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