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Nos lecteurs ont la parole

La politique pourrait-elle changer la vie ?


Quelque chose s’est terminé : l’aventure d’une génération, d’une idée, d’un parti, d’un homme. De génération en génération, croirait-on changer le monde ? Enthousiasme, révolution et chahut, modernité et archaïsme ! On demandait l’impossible et le réel s’est vengé. On espérait le grand soir, et nous voilà au petit matin, car la logique, décidément, est le contraire des rêves.

Il est temps de se mettre au travail, d’accepter que ce travail ne soit pas le préalable d’éternelles vacances, qui seraient celles de l’humanité, mais au contraire une tâche infinie, en tout cas interminable, sans autre terme que la mort... La vie continue... Cette génération est la mienne, celle d’une révolution démocratique, antitotalitaire, à la fois permanente et douce, comme une fête toujours recommencée, comme un amour, comme une libération indéfinie. « Vivre sans temps morts, jouir sans entraves. »

Et les politiciens croyaient savoir marier la démocratie et la révolution, l’antitotalitarisme et l’utopie, la rose et le poing... « Changer la vie », disent-ils. Leur coup de maître fut d’y croire, et d’y faire croire. Qui peut changer la vie ? Et qui croit encore que ce soit là le but de la politique ?

La politique peut certes combattre le malheur dans sa dimension sociale, et elle le doit. Mais pour le bonheur, elle est sans pouvoir comme sans légitimité. La vie n’appartient qu’aux individus. Eux seuls ont le droit – s’ils le peuvent, s’ils le veulent – de la changer. La vie est une aventure. Elle peut l’être. Elle doit l’être. Mais c’est une aventure existentielle, intellectuelle, affective, bien plus que politique. Que pèse une élection face à la mort ? Face à la maladie ? Face à l’amour ? Face au tragique de l’existence ? La politique peut changer les conditions de vie, mais c’est se tromper sur l’humanité que de croire qu’en changeant les conditions de vie, on change la vie elle-même. On se change soi, quand on est capable, et pas en jetant un bulletin dans une urne.

Que pourrait faire une politique face aux mille déceptions de la vie quotidienne, face à l’impuissance de modifier le cours des choses, à tenir ses folles promesses : le chômage qui s’accroît, l’injustice sociale qui demeure, quelques gros mensonges, quelques petites trahisons...

Plusieurs, je le crains, rêvent à nouveau d’utopie, qui préparent ainsi les déceptions à venir. C’est se tromper d’époque, de remède, de jeunesse. Les jeunes d’aujourd’hui ont désappris à rêver, et qui oserait le leur reprocher ? La politique est devenue modeste. Elle n’est pas là pour changer la vie, elle est là pour maintenir ou améliorer ce qui la rend possible. Elle n’est pas là pour nous rendre heureux, elle est là pour combattre ce qui nous empêche de le devenir ou de le rester : la misère, l’oppression, l’injustice, l’insécurité... La gauche a cru qu’un idéal généreux suffisait à convaincre. Mais à quoi bon l’idéal si la réalité ne suit pas ? À quoi bon rêver le meilleur si l’on n’est pas capable de combattre le pire ? Adieu l’utopie, bonjour la solidarité. C’est où la gauche a raté son virage, et où la droite devra prendre le sien.

Il ne s’agit pas de changer la vie. Il s’agit de changer la société, et pour cela de changer aussi la politique.

Qui peut croire que tous ces politiciens y suffisent ?

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes. 

Quelque chose s’est terminé : l’aventure d’une génération, d’une idée, d’un parti, d’un homme. De génération en génération, croirait-on changer le monde ? Enthousiasme, révolution et chahut, modernité et archaïsme ! On demandait l’impossible et le réel s’est vengé. On espérait le grand soir, et nous voilà au petit matin, car la logique, décidément, est le contraire des rêves.Il est temps de se mettre au travail, d’accepter que ce travail ne soit pas le préalable d’éternelles vacances, qui seraient celles de l’humanité, mais au contraire une tâche infinie, en tout cas interminable, sans autre terme que la mort... La vie continue... Cette génération est la mienne, celle d’une révolution démocratique, antitotalitaire, à la fois permanente et douce, comme une fête toujours...
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