Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, à Meerab, le 9 mai 2024. Photo tirée de son compte X
Jamais, depuis le 8 octobre, Samir Geagea n’était allé aussi loin. Plus de dix mois après le début des affrontements entre le Hezbollah et Israël en soutien au Hamas à Gaza, le chef des Forces libanaises s’en est pris avec virulence au gouvernement sortant, dont le Hezb est un des principaux parrains. Au point de l’accuser de « haute trahison », notamment pour ce qui est des négociations en cours pour un retour au calme sur le front libanais. Un processus que le cabinet sortant se contente de « contempler de loin », a fustigé M. Geagea lors d’un point de presse tenu vendredi à Meerab.
« Le général Michel Aoun (grand adversaire chrétien de M. Geagea et ancien président de la République) nous a menés aux enfers et l’axe de la moumana’a (piloté par le Hezbollah) nous y enfonce », a lancé d’emblée le chef des FL, avant d’attaquer le cabinet sortant : « Au vu de ce qui se passe au Liban-Sud, j’accuse le gouvernement de haute trahison, dans la mesure où c’est lui, et non le Hezbollah, qui est responsable du peuple libanais. » Explicitant ses propos, Samir Geagea a fait valoir que l’émissaire de la Maison-Blanche pour le Liban, Amos Hochstein, s’est entretenu (lors de son dernier séjour au Liban, mercredi dernier) avec les responsables libanais, mais « a pris la réponse (officielle) du Hezbollah via des intermédiaires ou par le biais (du président de la Chambre) Nabih Berry ». Ce dernier est devenu un passage obligé pour tous les émissaires internationaux, en sa qualité de négociateur de facto au nom du Liban officiel, mais aussi et surtout du parti de Hassan Nasrallah, son plus grand allié. « L’équipe ministérielle se contente de se faire l’écho des actions et des prises de position du Hezbollah », a estimé le leader de Meerab. Récemment, le minsitre sortant des Affaires étranères, Abdallah Bou Habib, avait exprimé des prises de position calquées, ou presque, sur celles du Hezbollah, estimant dans une interview accordée fin juillet à la chaîne locale al-Jadeed que le gouvernement « devrait sûrement » discuter avec le parti chiite et « prendre son approbation pour tout ce qui touche au conflit ».
Quoi qu’il en soit, Samir Geagea a profité de son point de presse pour exposer, une nouvelle fois, sa vision selon laquelle le gouvernement devrait prendre en main le dossier du Sud. Selon lui, il faut d’abord que le cabinet « entre en contact avec M. Hochstein pour discuter la proposition de ce dernier, principalement axée sur la mise en application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité (qui avait mis fin à la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah) et le retrait des combattants du “parti de Dieu” à 8 ou 10 kilomètres derrière le Litani, ainsi que le déploiement de l’armée au Liban-Sud ». « Il faut que le cabinet prenne des décisions nationales sur ce plan au lieu de se contenter de se faire l’écho du Hezbollah », a insisté Samir Geagea.
Samir Geagea s’est rapidement attiré les foudres du Sérail. Quelques heures après le point de presse du leader des FL, le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, lui a répondu, rejetant ses accusations en bloc. « Si M. Geagea a le droit de s’exprimer et jouer le rôle d’opposant, cela ne signifie pas que nous acceptons qu’il lance des jugements infondés en employant des termes dont il a probablement oublié les significations constitutionnelles et légales », peut-on lire dans un communiqué publié par le Sérail. « Si M. Geagea a une solution qu’il estime facile à appliquer, qu’il dévoile à l’opinion pourquoi ce qu’il avait proposé n’a pas pu se concrétiser », ajoute le texte, « Le gouvernement fait son devoir en vue de franchir les obstacles, notamment pour ce qui est de la situation au Liban-Sud et ses conséquences directes et indirecte », poursuit le communiqué du Sérail, invitant le camp loyaliste et l’opposition à « coopérer (avec le gouvernement) durant cette période difficile, au lieu de lancer des accusations qui ne font que creuser davantage le fossé entre Libanais ». De même, l'ancien chef du Parti socialiste progressiste et leader druze, Walid Joumblatt, a exprimé sa solidarité avec le gouvernement libanais lors d'un entretien téléphonique avec M. Mikati, affirmant que les attaques de Samir Geagea étaient « politiques et inopportunes ».
Les migrants et réfugiés syriens
Le chef des FL s’est par ailleurs longuement attardé sur la question des migrants et réfugiés syriens au Liban, dont il fait une de ses priorités depuis le meurtre, survenu en avril dernier, du coordinateur de son parti pour la région Jbeil, Pascal Sleiman, lors d’une tentative de lui voler sa voiture. Un crime dans lequel seraient impliqués des ressortissants syriens. Après avoir rappelé que les circonstances et les motifs de cette affaire n’ont toujours pas été élucidés, le chef chrétien a critiqué la dernière décision officielle prise dans le dossier de la présence syrienne par le Conseil des ministres, réuni mercredi dernier au Sérail. Lors de ladite réunion, le cabinet Mikati a répondu favorablement à la demande du ministre sortant des Déplacés, Issam Charafeddine (relevant du Parti démocratique libanais de Talal Arslane), de lui confier (de nouveau) la tâche de suivre de près le retour volontaire des réfugiés et migrants syriens. « C’est une plaisanterie », a ironisé le leader des FL.
Appelant les autorités libanaises à « rompre avec la politique de l’autruche », M. Geagea a dressé la feuille de route que le gouvernement devrait, selon lui, appliquer. « Il faut d’abord que le gouvernement classifie les Syriens présents au Liban (entre réfugiés économiques, politiques…) sans attendre que le Haut-Commissariat des réfugiés des Nations Unies établisse ce classement. « C’est une décision souveraine qu’il revient au gouvernement de prendre », a déclaré M. Geagea, soulignant que l’agence onusienne « ne peut qu’accepter les demandes d’asile », présentées par des Syriens désirant fuir vers un pays tiers. La proposition Geagea appelle ensuite le gouvernement à demander au HCR et au reste des organisations internationales « de ne plus fournir d’aides aux Syriens dont la présence au Liban est illégale (c’est-à-dire à ceux qui n’ont pas de permis de séjour émis par la Sûreté générale libanaise). Il a également incité le ministre sortant de l’Intérieur, Bassam Maoulaoui, à poursuivre la campagne menée il y a quelques mois par les appareils de sécurité contre les « Syriens qui travaillent au Liban d’une manière illégale ». « Couper les aides internationales et empêcher l’exercice illégal de métiers inciteraient les Syriens illégalement présents au Liban à rentrer chez eux », a conclu Samir Geagea.


Il ne faut pas être analyste politique pour voir que ce pouvoir, de surcroît, démissionnaire est traître. Il n’y a qu’à écouter leurs déclarations au quotidien. Quant aux syriens. Le fait d’avoir accepter que les réfugiés syriens entrent dans notre pays qui est un acte humanitaire ne devrait pas se retourner contre le pays hôte. On ne cesse de réclamer leur retour et ce n’est pas contradictoire. Notre pays étant en guerre ils n’ont plus aucune raison de prétendre d’y rester pour leur sécurité. Alors où est le problème? Quand on veut tuer son chien on l’accuse de rage.
13 h 00, le 20 août 2024