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Nos lecteurs ont la parole

Le syndrome de Stendhal : faut-il savourer l’art à petites doses ?

C’est en visitant l’église Santa Croce de Florence que Henri Beyle, alias Stendhal, alors âgé d’une trentaine d’années dit avoir ressenti un étrange malaise… « assis sur le marchepied d’un prie-Dieu, la tête renversée et appuyée sur le pupitre, pour pouvoir regarder au plafond, les Sibylles du Volterrano m’ont donné peut-être le plus vif plaisir que la peinture ne m’ait jamais fait. J’étais déjà dans une sorte d’extase, par l’idée d’être à Florence et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les beaux-arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, ce qu’on appelle des nerfs à Berlin ; la vie était épuisée chez moi… ». La séméiologie est bien décrite dans le texte du Dr Rami Abi Khalil (NDLR : « Dans l’ombre de l’aura » paru dans le courrier des lecteurs de L’Orient-Le Jour le 25 juin 2024) qui a expliqué avec beaucoup de pédagogie le versant psychiatrique du syndrome de Stendhal.

Ce récit a suscité de nombreux commentaires et autres interprétations. Les médecins de garde les dimanches, souvent confrontés à des malaises survenant à l’église, penseront d’abord à une lipothymie vagale pouvant aller jusqu’à la syncope vasovagale. On peut évoquer plus spécialement le rôle de l’hyperextension du cou, voire une hyperréflectivité sinocarotidienne responsable d’un malaise syncopal.

On pourrait penser que la date exacte de l’épisode de Santa Croce, septembre 1811 ou janvier 1817, est de peu d’importance. Cependant, l’état de santé de Stendhal, relativement satisfaisant en 1811 malgré une obésité importante (90 kg pour 1,67 m) apparaît déjà inquiétant en 1816. Les troubles psychosomatiques que le Dr Graziella Magherini, psychiatre de l’hôpital Santa Maria Nuova à Florence, décrit chez ses patients atteints du syndrome de Stendhal, pourraient, dans le cas du modèle, avoir été purement somatiques. L’homme est un gros mangeur ; il ingurgite à chaque repas deux livres de pain, une pièce de viande, une bouteille de vin, une glace, un fruit, du rhum brûlé et du café en excès. Il est aussi gros fumeur de cigares et consommateur de réglisse, dont on connaît maintenant l’effet hypertenseur. Enfin si on regarde la vie pleine d’excès et la fin de vie de l’écrivain, on peut pencher pour une poussée d’hypertension artérielle ou une hypotension orthostatique, mais aussi un problème rythmique avec un rythme cardiaque trop rapide ou des troubles vasculaires cérébraux. En 1816, faisant l’historique de ses problèmes de santé pour un médecin de Milan, Stendhal écrivait déjà : « À la fin de février, le sang lui monta brusquement à la tête et il éprouva de fortes palpitations qu’il lui semblait s’évanouir à tout moment. » À la même époque, il signale des « engourdissements de la moitié gauche du corps » disparaissant après quelques heures. Souvent la douleur monte à la tête. Le repos, les saignées, une tisane diurétique à la queue de cerise et les restrictions diététiques apportent des améliorations certaines, mais de courte durée. Rétrospectivement, un seul diagnostic s’impose, celui d’hypertension artérielle sévère, compliquée de lésions vasculaires et responsable de céphalées, palpitations, dyspnée, accidents ischémiques cérébraux transitoires et angine de poitrine (diagnostic porté en 1818 par un médecin italien et dont les symptômes sont déjà présents dans le texte de 1816). Précisons que c’est une hémorragie cérébrale qui emportera l’écrivain en mars 1842 à 59 ans.

Le syndrome de Stendhal semble être un mélange de psychiatrie « souffrance psychique face aux œuvres d’art » et de pathologie neuro-cardio-vasculaire.

C’est certainement par modestie que le Dr Magherini n’a pas revendiqué le terme de syndrome de Magherini qui aurait été cependant plus justifié que celui de Stendhal. Mais compte tenu du lieu de la description « princeps » du syndrome et sa quasi-spécificité florentine, elle aurait mieux fait de l’appeler « syndrome de Florence ».

Cardiologue

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C’est en visitant l’église Santa Croce de Florence que Henri Beyle, alias Stendhal, alors âgé d’une trentaine d’années dit avoir ressenti un étrange malaise… « assis sur le marchepied d’un prie-Dieu, la tête renversée et appuyée sur le pupitre, pour pouvoir regarder au plafond, les Sibylles du Volterrano m’ont donné peut-être le plus vif plaisir que la peinture ne m’ait jamais fait. J’étais déjà dans une sorte d’extase, par l’idée d’être à Florence et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les beaux-arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa...
commentaires (1)

Très intéressant

Eleni Caridopoulou

00 h 51, le 21 juillet 2024

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Commentaires (1)

  • Très intéressant

    Eleni Caridopoulou

    00 h 51, le 21 juillet 2024

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