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Nos lecteurs ont la parole

Le miroir brisé de l’autorité : ce que le déchaînement des jeunes révèle de notre société

Ce qui s’est passé au Grand Lycée franco-libanais de Beyrouth est profondément choquant, personne ne peut le nier.

Le déchaînement de ces jeunes est un symptôme majeur qu’il convient de reprendre et d’analyser sous l’angle de la psychologie des foules et des mouvements de masse, là où la responsabilité individuelle se dissout instantanément dans l’anonymat.

Pour comprendre ce mécanisme, la recherche en sciences humaines nous éclaire.

Le concept de « désindividuation » de Philip Zimbardo démontre comment l’anonymat ressenti au sein d’un groupe réduit la peur du jugement et dilue les inhibitions morales habituelles. À cela s’ajoute la « contagion mentale » de Gustave Le Bon, ce processus par lequel les émotions et les actes se propagent par mimétisme, submergeant l’esprit critique au profit d’une impulsion collective, tout comme la « pensée de groupe » d’Irving Janis, qui pousse les individus au conformisme absolu.

Pourtant, le plus alarmant ne réside pas uniquement dans l’acte physique lui-même, mais dans le tribunal numérique qui s’est immédiatement mis en branle.

Le « trolling » déchaîné sur les réseaux sociaux ressemble étrangement, par sa violence, à ce qui s’est joué dans ces salles de classe, dans ces couloirs et la lâcheté de l’écran en plus. Les influenceurs, blogueurs et plateformes numériques déchiquettent l’information et la distordent à tel point que ces élèves se retrouvent déshumanisés, transformés en purs produits du mal.

Mais la mauvaise nouvelle pour les parangons de la vertu, c’est que ces enfants sont le produit direct de notre société, de nos mœurs, de nos attitudes et de nos pseudovaleurs.

Ces enfants sont les nôtres. Comme le dit si bien le proverbe libanais : « Ma hada fo’ rasso khaymé. » (Nul n’est à l’abri).

Il est temps de garder la tête froide et de laisser place à la lucidité pédagogique et psychologique. Il faut analyser ce déchaînement non pas uniquement comme une attaque contre l’établissement lui-même, mais comme une révolte contre l’autorité.

Allons chercher pourquoi ces jeunes ont, dans leur euphorie collective, saccagé ce qui est censé être sacré.

Ne lynchons pas l’établissement scolaire ; lynchons plutôt l’image de la loi que notre société a misérablement failli à leur transmettre.

Les jeunes ne sont que notre miroir, le reflet exact de ce que nous leur transmettons.

Faisons donc notre examen de conscience. Pensons à chacune de nos réactions violentes au quotidien : de la manière anarchique dont nous conduisons sur les routes jusqu’à notre façon de nous déchirer en politique. C’est là que se trouve la vraie guerre. Cette peste sociale est bien là, et elle se nourrit de notre affreuse manie de tout juger, aveuglément, sans jamais faire notre propre autocritique.

Après l’incident, j’ai été la première à me demander où j’avais failli. La première à me demander ce que je devais requestionner en moi-même pour assainir une transmission aujourd’hui saturée de tensions et de violence.

Ayons l’humilité de nous interroger sincèrement et de laisser ces jeunes à l’abri de notre destruction de l’autre.

La sanction est légitime, et elle sera appliquée, mais elle ne doit pas venir de nous.

Surtout pas des « trolleurs » effrénés et esprits gangrenés par la cécité du jugement, qui pâtissent avidement de chaque nouvelle capable de nourrir leur faim du scandale, une faim malencontreusement « scopique », qui cherche à se faire toujours voir aux dépens des autres et à briller sur les décombres de leur ressenti.

Directrice adjointe du Lycée franco-libanais de Verdun

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Ce qui s’est passé au Grand Lycée franco-libanais de Beyrouth est profondément choquant, personne ne peut le nier.Le déchaînement de ces jeunes est un symptôme majeur qu’il convient de reprendre et d’analyser sous l’angle de la psychologie des foules et des mouvements de masse, là où la responsabilité individuelle se dissout instantanément dans l’anonymat.Pour comprendre ce mécanisme, la recherche en sciences humaines nous éclaire.Le concept de « désindividuation » de Philip Zimbardo démontre comment l’anonymat ressenti au sein d’un groupe réduit la peur du jugement et dilue les inhibitions morales habituelles. À cela s’ajoute la « contagion mentale » de Gustave Le Bon, ce processus par lequel les émotions et les actes se propagent par mimétisme, submergeant l’esprit critique au...
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