Il serait difficile de se sentir heureux si l’on fait porter la responsabilité de tout ce qui nous arrive sur les autres, car cela signifie que nous sommes dépendants des comportements ou des actes d’autrui. Sachant qu’une relation a au moins deux bouts, le fait de me sentir responsable de mon bout peut m’aider à mieux m’engager, à faire confiance à mes ressources, à moins accuser l’autre et, surtout, renoncer à la démission ou à la victimisation en m’appuyant sur le principe suivant : « En me reconnaissant partie prenante de tout ce qui m’arrive, je suis bien dans un positionnement responsable. »
Pour accepter que je sois partie prenante de tout ce qui m’arrive, du positif comme du négatif, il me faut dépasser une attitude dominante de notre culture : la victimisation, positionnement de vie souvent lié à l’accusation d’autrui. Nous avons trop tendance à accuser les autres, le monde, Dieu, le gouvernement ou la société des incidents de parcours, des malentendus ou des malheurs qui nous arrivent, en faisant ainsi l’économie de notre propre implication, de notre propre mise en cause dans les multiples choix et décisions que nous avons pris en amont d’un évènement. C’est en acceptant de me responsabiliser dans mes conduites et leurs effets que je deviens réellement coauteur de toutes mes relations.
Être responsable, entendons-nous bien, ne veut pas dire être fautif, ne veut pas dire être coupable. Cela veut dire que je me sens conscient, concerné, engagé par tous mes actes et leurs conséquences directes ou indirectes, cela dans toutes les situations de mon existence.
C’est quelque chose de difficile et parfois même d’insupportable à intégrer, parce que cela nous déloge de tous les alibis, de toutes les excuses ou plaintes, de toutes les conduites d’irresponsabilité. Cela nous invite à renoncer à cette tendance de nous défausser sur l’autre.
C’est dans le fait de rencontrer des personnes, d’avoir devant soi quelqu’un qui sait se définir, se situer, dire où il en est, que cela peut m’apprendre et m’aider à me positionner. Ainsi, face à leur propre positionnement, à leur cohérence interne, je pourrai à mon tour me définir, m’affirmer, me responsabiliser.
Est-ce que j’ai rencontré dans mon existence des êtres qui se sont définis avec suffisamment de clarté, pour rester en accord avec eux-mêmes, et suffisamment ouverts pour m’accueillir dans mes tâtonnements, mes erreurs, mes différences et même dans mes excès ?
Je suis capable de développer de la cohérence et de l’amour en moi quand je suis capable de me confronter à des personnes qui vont m’accepter avec mes possibles et mes limites. Je suis en accord, en harmonie avec moi-même quand je peux dire oui ou non sans me blesser, sans culpabiliser.
Je suis en paix à l’intérieur, s’il m’est possible d’accepter le oui ou le non de l’autre avec ce qu’il est, à ce moment- là. Que je puisse accueillir ou être déçu par ce qui vient de l’autre, tout cela sera de ma seule responsabilité.
Si communiquer veut dire mettre en commun, un de ses enjeux sera lié à la qualité de la communication que j’aurai avec moi-même et donc aussi à la crédibilité que je peux m’accorder, c’est-à-dire la confiance que je peux me faire.
L’existence est pleine de cadeaux, mais nous ne savons pas toujours les recevoir. Si nous les amplifions, ce sera notre façon de nourrir la vie. C’est un véritable apprentissage que celui d’apprendre à recevoir, à laisser venir jusqu’à soi ce qui vient de l’autre, de la vie, sans le minimiser, le galvauder ou le disqualifier.
Dans le mot « confiance », je vois deux mots. D’abord le mot « foi ». J’ai confiance quand j’ai foi en l’autre, quand j’ai foi en moi, et, surtout, quand j’ai foi dans mes ressources et dans ma capacité à affronter l’inconnu. Puis il y a le mot « fiabilité » et, au-delà la notion d’engagement, j’ai confiance quand je suis capable de m’abandonner, je me fais confiance quand je lâche prise sur des certitudes ou sur des croyances. Je me fais confiance quand j’accepte que la vie ne soit qu’une succession de naissances. Passer notre vie à naître au meilleur de nos possibles, c’est accéder à des renoncements.
Élaguer pour accepter de grandir, pour accéder à cette liberté intérieure faite d’autonomie et de liens, de solitude et de convivialité, de silences et de partages. Le propre du vivant sur la planète Terre, c’est qu’à l’intérieur d’un cycle de vie il existe une conception, une gestation, une croissance, une amplification, un passage pour une transformation, un changement d’état appelé la mort.
Croître, quand nous savons qu’il y a urgence, que la vie actuelle autour de nous se stérilise de plus en plus, pour mieux s’engager autour d’enjeux forts, essentiels : l’éducation, la justice sociale, la tolérance, l’égalité, le respect et le nourrissement de la vie.
Revenir à des pratiques plus conviviales, plus solidaires, plus créatrices constituera les prémices pour une écologie relationnelle acceptable pour la plupart d’entre nous. Il nous faudra pour cela retrouver, cultiver une qualité d’ouverture, de tendresse et de compassion comme base au respect d’autrui.
N’oublions pas que nous avons tous reçu en dépôt, au début de la vie, un cadeau extraordinaire, une somme d’amour et d’énergie de vie. Si nous nous contentons de puiser dedans, si nous la consommons, nous allons l’épuiser sans la renouveler. Si, au contraire, nous l’agrandissons, quand nous allons mourir, c’est cette entité nouvelle et enrichie d’amour qui reviendra à la vie universelle, à l’univers où quelqu’un viendra puiser à son tour.
Ainsi l’existence est pleine de présents, mais nous ne savons pas toujours les recevoir. Si nous les amplifions, ce sera notre façon de nourrir la vie et de nous engager aussi à plus « d’humanitude ».
Laisser se déposer en nous, laisser germer à l’intérieur de soi, les possibles d’un échange. Accueillir, arroser, laisser fleurir. Puis, accepter de moissonner, de vendanger les fruits du partage, de l’abandon, du lâcher-prise.
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