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Économie - Politique monétaire

"Nouvelle ère" pour la Banque du Japon, qui abandonne sa politique de taux négatifs

La Banque du Japon était la dernière banque centrale au monde à conserver un taux directeur négatif pour soutenir l'activité économique du pays et favoriser l'inflation.

Un passant déambulant devant la Banque du Japon au centre de Tokyo. Photo Yuichi YAMAZAKI/AFP

La Banque du Japon (BoJ) a relevé mardi son taux directeur et mis fin à la politique de taux négatifs qu'elle était la dernière au monde à pratiquer, à la faveur d'une remontée des salaires longtemps attendue.

L'institution, dont la décision avait été largement anticipée par les marchés financiers, pratiquait depuis 2016 des taux négatifs afin de soutenir l'activité économique du pays et favoriser l'inflation, longtemps atone au Japon. Elle n'avait pas remonté ses taux depuis 2007. C'est une "nouvelle ère" pour la Banque du Japon, dont la politique monétaire était ultra-accommodante depuis 2013, a réagi l'économiste Tom Kenny dans une note de la banque ANZ.

La BoJ prend acte du début d'un "cercle vertueux entre les salaires et l'inflation" et va désormais appliquer un taux d'intérêt de court terme entre 0% et 0,1%, contre une fourchette de -0,1% à 0% précédemment. "Compte tenu des perspectives actuelles de l'activité économique et des prix, des conditions financières accommodantes seront maintenues pour le moment", a toutefois souligné la BoJ dans son communiqué.

Et ce "moment" devrait durer: car la BoJ pense que son objectif d'une inflation de 2% sera atteint "d'une manière stable et durable" vers la fin de la période de ses dernières projections macroéconomiques livrées en janvier, c'est-à-dire pas avant l'horizon 2025-2026. La BoJ devra cependant "être beaucoup plus convaincue" que l'inflation au Japon est réellement sur la voie de sa cible de 2% de manière durable avant de procéder à un nouveau relèvement de ses taux, estime M. Kenny.

Plusieurs des décisions de l'institution mardi, notamment celle de relever son taux directeur, n'ont d'ailleurs pas été prises à l'unanimité, révélant des divisions entre les neuf membres de son comité de politique monétaire. La BoJ était la dernière banque centrale au monde à appliquer un taux négatif, après la fin de cette expérience en Europe en 2022. Elle a aussi mis fin mardi à son outil de contrôle de la courbe des rendements obligataires japonais, qui visait à maintenir leurs rendements à dix ans autour de 0%.

Dans les faits, cet outil controversé car source de distorsions du marché obligataire nippon était déjà pratiquement abandonné depuis l'an dernier: la BoJ l'avait rendu de plus en plus flexible et acceptait même depuis fin octobre dernier qu'un plafond "référence" de 1% pour les rendements à dix ans soit dépassé.

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La BoJ compte toutefois poursuivre ses achats d'obligations publiques japonaises (JGB) "dans environ les mêmes proportions qu'auparavant", de manière à continuer de pouvoir réagir efficacement en cas de "hausse rapide" des rendements de long terme, a-t-elle précisé. Elle va d'un autre côté cesser ses programmes d'achats d'actifs autres que les JGB: fonds négociés en Bourse (ETF), fonds communs immobiliers japonais (J-REIT), et "réduire graduellement" ses achats de titres de créances d'entreprises pour y mettre fin "d'ici un an environ".

Les marchés financiers avaient largement anticipé ce début de normalisation de la BoJ, surtout depuis les résultats préliminaires vendredi dernier des négociations salariales annuelles au Japon, qui ont abouti à une hausse record des salaires dans le pays depuis 1991. La BoJ ne cachait pas ces derniers mois qu'il s'agissait là de la pièce centrale du puzzle qu'elle attendait pour commencer à agir sérieusement, près de deux ans après le début d'un cycle de resserrement drastique des conditions du crédit aux Etats-Unis et en Europe sous l'effet d'une forte poussée inflationniste.

L'inflation s'est aussi réveillée au Japon depuis 2022 avec la flambée des prix de l'énergie dans le sillage du début de l'invasion russe de l'Ukraine, et la cible de 2% de la BoJ a été dépassée. Mais la demande intérieure et la croissance économique sont encore faibles au Japon, ce qui rend difficile de maintenir l'inflation à ce niveau dans la durée.

Satisfait du ton accommodant de la BoJ et de ses annonces sans grande surprise, l'indice vedette Nikkei de la Bourse de Tokyo grimpait vers 05H40 GMT (+0,32%) alors qu'il avait démarré la séance dans le rouge. Quant au yen, il baissait face au dollar, lequel valait 150,27 yens vers 05H40 GMT, soit un plus bas depuis deux semaines pour la devise nippone, contre environ 149,3 yens pour un dollar avant les annonces de la BoJ.

La Banque du Japon (BoJ) a relevé mardi son taux directeur et mis fin à la politique de taux négatifs qu'elle était la dernière au monde à pratiquer, à la faveur d'une remontée des salaires longtemps attendue.L'institution, dont la décision avait été largement anticipée par les marchés financiers, pratiquait depuis 2016 des taux négatifs afin de soutenir l'activité économique du...
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