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Environnement - Trois questions

Pollution et biodiversité : ce qui sépare Beyrouth des réserves de Tyr et de l’île des Palmiers

Les premiers résultats d’une recherche récente du CNRS permettent de conclure que malgré la mauvaise réputation du littoral libanais en matière de pollution, celle-ci n’affecte pas dangereusement les poissons, étant principalement de nature bactériologique.

Pollution et biodiversité : ce qui sépare Beyrouth des réserves de Tyr et de l’île des Palmiers

Des chercheurs du CNRS, lors d'une plongée au cours de laquelle des échantillons ont été prélevés. Photo CNRS-L

La relation entre pollution et baisse de la biodiversité pourrait sembler évidente, elle n’en trouve pas moins de premiers éléments de preuve au Liban dans une étude récente de surveillance côtière, menée par les chercheurs du Centre d’études marines du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS).

Cette recherche a été effectuée dans deux côtes protégées au Liban – les réserves de Tyr, au Sud, et celles de l’île des Palmiers, au Nord, au large de Tripoli –, ainsi que sur le littoral de Beyrouth, soumis à d’intenses pressions provenant de l’activité humaine. La comparaison permet ainsi d’enfin établir scientifiquement que la capitale est moins riche en biodiversité marine que les aires protégées.

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Les experts du CNRS en biodiversité, Charif Jomaa, et en pollution marine (métaux lourds, polluants…), Céline Mahfouz, explicitent pour L’Orient-Le Jour les premiers résultats de cette recherche qui devrait se poursuivre sur plusieurs années, et qui fait partie d’un projet méditerranéen, EcAp MED, financé par l’Union européenne et exécuté sous l’égide du ministère de l’Environnement.

Qu’apporte cette méthodologie comparée entre les régions ?

Il était significatif de voir si la biodiversité marine diminue réellement au contact de la pollution, de quelle manière et si elle est épargnée dans les zones protégées. Pour ce faire, nos chercheurs ont plongé sur des profondeurs de 10, 20 et 30 mètres, parce que la biodiversité marine diffère suivant la profondeur, et sur un rayon de cent mètres de la côte. Durant la plongée, ils ont prélevé des échantillons et pris des photos et des vidéos.

Nous nous sommes principalement focalisés sur les espèces de poissons non indigènes, celles qui sont parvenues sur nos côtes depuis l’ouverture du canal de Suez, puis son agrandissement. Ces espèces acquièrent une importance socio-économique croissante sur le marché libanais, plusieurs étant propres à la consommation. Elles n’en sont pas moins une menace pour les espèces autochtones.

Quels sont les résultats préliminaires obtenus après cette première phase de l’étude ?

Nous avons répertorié beaucoup plus d’espèces dans les aires protégées qu’à Beyrouth, ce qui suggère que la pollution a un impact direct sur la quantité des poissons et sur la diversité des espèces. L’autre résultat est que la biodiversité répertoriée à Tyr est quelque peu plus riche que dans l’île des Palmiers. Sur ce dernier point, nous n’avons pas encore tous les éléments qui nous permettent de comprendre pourquoi c’est le cas. Cela peut dépendre de la nature du sous-sol marin ou d’autres facteurs, qui nécessiteront un examen plus poussé dans les années à venir.

Quel impact de la pollution sur les poissons comestibles ?

L’étude a porté sur des analyses d’échantillons de poissons et de moules rocheuses, parmi les espèces les plus consommées au Liban, notamment les rougets (sultan Ibrahim), la thonine commune ou le sar commun. Les analyses ont montré que, de manière générale, ces poissons ne contiennent pas de concentration inquiétante de métaux lourds (cadmium, mercure et plomb) ni de polluants organiques, et que les taux restent dans les normes définies par la Commission européenne.

Nos conclusions montrent que les poissons s’avèrent propres à la consommation, même ceux qui, de par leur habitat (proche de la côte ou en contact avec les sédiments sous-marins) ou leur grande taille, sont plus susceptibles d’accumuler des polluants dans leurs tissus que d’autres.

Ces résultats montrent que malgré la mauvaise réputation du littoral libanais en matière de pollution, celle-ci n’affecte pas dangereusement les poissons parce qu’elle est principalement bactériologique (provenant des eaux usées), et qu’elle n’a pas autant de potentiel d’accumulation dans les tissus que la pollution chimique, beaucoup moins présente dans les eaux libanaises.

La relation entre pollution et baisse de la biodiversité pourrait sembler évidente, elle n’en trouve pas moins de premiers éléments de preuve au Liban dans une étude récente de surveillance côtière, menée par les chercheurs du Centre d’études marines du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS).Cette recherche a été effectuée dans deux côtes protégées au Liban –...
commentaires (1)

Depuis des années déjà, à chaque visite au Liban, je constatais l’intense pollution tant terrestre que maritime. Cette pollution est le résultat d’un laisser-aller, d’un m’enfichisme généralisé non seulement des dirigeants mais aussi de la population. Quand je mentionnais la situation, invariablement, il y avait une levée de boucliers, personne ne se sentait responsable, c’était toujours les autres. Mes compatriotes oublient qu’à défaut de perdre notre pays à Israël ou au Hezb, nous sommes en train de le perdre de toute façon en le rendant invivable.

Micheline

13 h 10, le 15 janvier 2024

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Commentaires (1)

  • Depuis des années déjà, à chaque visite au Liban, je constatais l’intense pollution tant terrestre que maritime. Cette pollution est le résultat d’un laisser-aller, d’un m’enfichisme généralisé non seulement des dirigeants mais aussi de la population. Quand je mentionnais la situation, invariablement, il y avait une levée de boucliers, personne ne se sentait responsable, c’était toujours les autres. Mes compatriotes oublient qu’à défaut de perdre notre pays à Israël ou au Hezb, nous sommes en train de le perdre de toute façon en le rendant invivable.

    Micheline

    13 h 10, le 15 janvier 2024

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