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Nos Lecteurs ont la Parole

L’attente, l’anxiété, l’horreur et moi !

Le temps fut suspendu en ce 3 novembre 2023. Comme de folles et mystérieuses notes dans un flux insensé de mouvements, l’attente valsait au gré des vents. Les pendules des horloges clouaient le temps, d’ordinaire fugace et inconstant. Il semblait se figer pour s’allonger, se prolonger comme des longues nuits froides chargées d’agitation, d’effroi et d’émotion.

On attendait… Le tic-tac monotone de l’horloge semblait s’étirer indéfiniment. Les minutes se traînaient telle une éternité. Chaque seconde semblait s’écouler avec une lenteur provocante, harcelante, exaspérante. Nous fixions le cadran, guettant l’apparition du maître des temps. Dans ces moments nébuleux, se mêlent émotions, désarroi et confusion. Divagation, anxiété et digression jouent librement leur distraction. Le temps s’adapte à notre état d’esprit, s’étirant ou se contractant pour refléter nos perceptions : le passé s’estompe, le présent s’étale et le futur se révèle.

Dehors, le monde retint son souffle. Soucis, préoccupations et ennuis se mêlèrent dans un tapage étonnant ou dans un lourd silence assourdissant. Les uns cessèrent toute activité, d’autres d’étudier, les plus fous de respirer. Nos pensées tourbillonnèrent comme des vents violents, les spéculations tombèrent, pires que les derniers jugements. Et nous voilà pris dans la tourmente de l’attente… comme si nos vies étaient mises entre parenthèses le moment d’un instant. Et moi, pauvre de moi, réduite à l’écoute d’un discours qui décidera de ma destinée, de ma postérité ou encore de la probabilité d’un danger imminent qui viendrait m’écraser ou d’une victoire qui parviendrait à me soulager d’un mal qui me guette, j’épiais dans l’anxiété et la frayeur la suite d’un misérable quotidien ou l’avènement d’un acrimonieux et hargneux chemin qui me renverrait à des années de désolation, de souffrance et de consternation que ma mémoire échoua à estomper. Que devrais-je attendre ? L’espace d’un moment, je me voyais surprise de prévoir un discours fait de prospérité, de victoires et de supériorité. Pourquoi pas ? me disais-je. Le monde n’est-il pas fait d’humanité, de justice et d’équité ? Pour quelles raisons dois-je attendre les nouvelles de la destruction, de la mort et de la dévastation. Ne suis-je pas née pour vivre en liberté, dans une humanité composée et dans la paix ?

Finalement, il apparut, tel un astre sorti d’un conte des mille et une nuits. On dirait le Mehdi ou le Messie. Vêtu de sa robe noire et coiffé de son turban, le regard clair, le ton dominateur, magistral et vainqueur, il incarna l’autorité, dans un pays éparpillé, déchiqueté, réduit à être divisé. Il était là, pour les uns, dans toute sa splendeur, pour les autres dans toute sa noirceur. Pour les uns, beaucoup de prestance qui incarne puissance, influence et prépondérance, pour les autres, une contenance composée d’inclinaison de désordre et de dénivellation. Fort de sa stature imposante et de sa capacité à occuper l’espace avec assurance, il souligna les éprouvants massacres alarmants, angoissants et menaçants. Un peuple entier se mourait, juste à côté. On aime notre orateur ou on ne l’aime pas, un peuple entier se mourait juste à côté, on ne pouvait pas le nier. Nous fûmes face à un rhéteur éloquent, loquace et exubérant. Les cœurs battirent la chamade et l’attention du monde entier fut rivée sur ses données. Le discours porteur de nouvelles importantes pour les uns, frivoles pour les autres, cousu d’annonces cruciales ou négligeables aura bon gré mal gré eu son impact sur le globe plénier.

Durant son allocution, notre harangueur retint les souffles, appela, pour les uns, à une réflexion rationnelle, une attention judicieuse ou, pour les autres, à une folle pensée et une analyse insensée. On aime notre orateur ou on le maudit, on l’apprécie ou on le répudie, on partage ses convictions ou on les éparpille. Peu importe. L’important est que notre prédicateur tant attendu s’est finalement révélé et comme Zacharie s’est exprimé !

Et le lendemain se leva sur nous dans toute sa normalité ou sa morosité. Nous fûmes pris à critiquer, disséquer, éplucher chaque mot, chaque geste, chaque sentence, chaque mouvement du prêcheur pour tenter d’assembler notre destinée brisée par tant de désunion, de dislocation et de disjonction.

Nous valsions au gré des vents tantôt à l’est, tantôt à l’ouest. Les uns jouèrent les Ponce Pilate pour s’en laver les mains, les autres prirent le rôle de Thomas pour nier les tueries, les massacres et les boucheries. Il y en a qui ont préféré Pierre, ils sont les pierres sur lesquelles devrait être bâtie notre fatalité, dans la paix et la sérénité, mais qui, du coup, ont tout réfuté. Il y a eu les Georges aussi, se voyant sur leur cheval blanc avec leur épée bien brandie mais qui au bout du compte se sont dessaisis par intelligence, maturité ou conscience. Il y a eu les Paul qui s’impatientaient pour refaire la route de Damas mais qui, démunis, dépouillés et dégarnis, ont préféré leur douillet lit. Il y a eu les saint Bernard, aussi. Bon samaritains prêts à envoyer assistance et support, mais demeurèrent inaptes de prononcer toute dénonciation, critique ou accusation. Il y a eu les Jean qui hurlèrent vouloir renverser la table des massacres, des exterminations et des génocides, mais qui ont revu soudain l’image de leur tête coupée. Puis il y a eu les Judas qui guettaient, qui épiaient.

Et il y a eu moi. Moi, déconcertée, renversée, pétrifiée par tant d’horreur, alarmée par tant de terreur, d’épouvante et de frayeur, choquée par tant de sauvagerie, de haine et de barbarie, je me demandais dans le silence de la nuit noire et ténébreuse si le monde avait perdu son humanité, sa bonté et sa pitié. L’humanité étant la conscience que nous portons dans notre âme pour répandre l’égalité, la fraternité et la liberté. Ne sommes-nous pas créés à l’image de Dieu ? Ne portons-nous pas en nous le Christ, le Prophète, leurs disciples et leurs alliés. Ne sommes-nous pas, sur terre, leurs messagers ?

Si le monde a perdu son humanité, c’est que le bon Dieu devant tant de cruauté et de bestialité nous a certainement tiré sa révérence pour nous laisser à notre insolence, arrogance et impertinence.

Le bon Dieu s’est absenté.

Il est parti dans un congé prolongé, pour nous laisser assister aux funérailles de l’humanité que nous avons, par notre seule volonté, éreintée, sacrifiée et assassinée !


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Le temps fut suspendu en ce 3 novembre 2023. Comme de folles et mystérieuses notes dans un flux insensé de mouvements, l’attente valsait au gré des vents. Les pendules des horloges clouaient le temps, d’ordinaire fugace et inconstant. Il semblait se figer pour s’allonger, se prolonger comme des longues nuits froides chargées d’agitation, d’effroi et d’émotion. On attendait… Le...
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Tout en noir on dirait Satan

Eleni Caridopoulou

18 h 18, le 11 novembre 2023

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Commentaires (1)

  • Tout en noir on dirait Satan

    Eleni Caridopoulou

    18 h 18, le 11 novembre 2023

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