
De la fumée s’élève après un bombardement israélien à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 7 novembre 2023, alors que les combats se poursuivent entre Israël et le Hamas. Said Khatib/AFP
De nombreux Libanais furent relativement rassurés, après une grandissante inquiétude, de voir le Hezbollah s’abstenir d’entrer dans une guerre totale avec Israël. Néanmoins, les opérations ponctuelles, jugées timides par certains dirigeants du Hamas, sont une participation dans le combat solidaire avec la population de Gaza et ne sauraient être capables, à elles seules, d’éviter l’embrasement du front libanais. Cela dépendrait largement de la volonté israélienne de s’engager dans une guerre qui pourrait ressembler, dans ses visées et ses échecs, à celle de 2006, même si elle serait plus meurtrière.
Jusqu’à présent, le gouvernement de guerre actuellement au pouvoir en Israël n’a pas donné suite à la proposition de certains de ses membres d’attaquer le Hezbollah ou l’Iran, et a choisi de consacrer toute sa puissance d’agression et de destruction à sa guerre contre Gaza. Toutefois, rien n’est définitivement joué, et les objectifs d’Israël apparaissent clairement comme de plus en plus mouvants.
Fondamentalisme de la mémoire
L’anéantissement du Hamas et/ou le transfert de la population de Gaza vers l’Égypte n’étant pas réalisables, les dirigeants israéliens intensifient leurs guerres contre la population, ou plutôt leurs crimes de guerre, sans prévoir leur aboutissement. En Cisjordanie, une autre guerre contre la population se déroule sans merci. Il demeure qu’une certaine confusion semble créer un vide qui se remplit par toutes les folies criminelles : celles des colons en Cisjordanie qui tuent ou harcèlent la population civile, ou encore celle de ces médecins israéliens qui appellent au bombardement des hôpitaux de Gaza.
Israël est dans une logique de vengeance qui va bien au-delà de la loi du talion, que connaissent bien ceux et celles qui fréquentent la bible hébraïque. Elle est maladroitement déguisée par ses amis occidentaux en droit à légitime à l’autodéfense dans une manière qui pervertit l’éthique de la guerre et viole ses normes. L’instrumentalisation d’une mémoire des pogroms en Russie au XIXe siècle ainsi que celle de l’Holocauste servent de prétexte pour justifier les pratiques quasi génocidaires. Comme tous les fondamentalismes, ce fondamentalisme de la mémoire établit un rapport à l’histoire sélectif et décontextualisé, et occulte délibérément les nettoyages ethniques, colonisation et massacres depuis 1948 jusqu’à nos jours.
Cet aveuglement, qui ne saurait être inconscient, est partagé par les amis occidentaux d’Israël, pour des raisons propres à leurs histoires spécifiques en matière d’antisémitisme, de philosémitisme et de haine de l’islam et des musulmans.
Pour leur part, les États-Unis et après avoir prétendu tout au long du « processus de paix » jouer le rôle de « courtier honnête », tout en persévérant dans leur soutien à Israël, essaient aujourd’hui et, sans résultat, d’être à la fois juge et partie et de peser dans la recherche d’une solution.
Les premières tentatives du secrétaire d’État américain, Antony Blinken, n’ont pas réussi. Les dirigeants arabes n’ont pas été réceptifs à ses propositions. Plus récemment, il dit à demi-mot son embarras en demandant la protection des civils et le respect du droit humanitaire international, irréconciliables avec le soutien inconditionnel audit droit d’Israël à se défendre.
En demandant une « pause humanitaire », une interruption des opérations militaires entre deux massacres, qu’Israël n’est même pas encore prêt à accepter, il refuse le cessez-le-feu.
Seul un cessez-le-feu assume la protection des civils et met fin aux violations inégalables du droit international. Le temps de discuter une sortie politique de la guerre viendra après.
Des diplomates occidentaux essaient de proposer des idées sur l’après-guerre à Gaza. Or la question fondamentale est bien plus profonde que ce que suggère leur « imagination » politique. Les racines de toute la violence que nous voyons depuis le 7 octobre se trouvent dans le refus de reconnaître les droits humains et nationaux des Palestiniens. Ces droits sont inaliénables et rien, même pas l’effroyable carnage commis, ne pourrait les invalider.
Président de la Saint George University of Beirut. Ancien ministre de la Culture et ancien représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour la Libye
Cela dépendrait largement de la volonté israélienne de s’engager dans une guerre qui pourrait ressembler, dans ses visées et ses échecs, à celle de 2006, même si elle serait plus meurtrière. Donc ce journaliste a décidé qu’un cessez-le-feu accepté par Israël en 2006 a fait de cette guerre un succès pour l’agresseur HB. Comment voulez-vous qu’Israel accepte encore une fois un cessez-le-feu pour les laisser fanfaronner qu’ils ont gagné alors que Gaza a été rasé et que sa population a payé le prix fort de la barbarie de Hamas qui les a sacrifié pour l’intérêt d’un autre pays? On ne se refait pas.
12 h 28, le 10 novembre 2023