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Politique - Focus

Le tandem Hezbollah-Amal peut-il gérer une vague de déplacement au Liban ?

Alors que les tambours de la guerre battent depuis Gaza, les autorités locales doivent se préparer au pire sans l'aide de l'État et même des partis de la région.

Le tandem Hezbollah-Amal peut-il gérer une vague de déplacement au Liban ?

Un drapeau du Hezbollah libanais flotte à la frontière entre Israël et le Liban, en septembre. Photo Mahmoud Zayyat/AFP

La guerre de 2006 est dans tous les esprits. Alors que le Hezbollah menace d'intervenir aux côtés du Hamas dans son conflit contre Israël et que les deux parties s'échangent des tirs d'obus des deux côtés de la ligne bleue, des centaines de Libanais ont d'ores et déjà quitté leurs villages situés à la frontière. Une vague, minime jusqu'ici, de déplacement qui risque de s'amplifier si la situation dégénère. D'autant que dans la mémoire collective des habitants de la région, l'État hébreu est connu pour ses bombardements intenses contre les zones résidentielles. Face à ce risque, que peut faire le tandem Amal-Hezbollah, dominant au Sud ?

650 déplacés à Tyr
Au moment où le Hezbollah planifie son entrée potentielle dans la guerre, de nombreux observateurs se demandent ce qu'il pourrait faire pour abriter les déplacés venus des bastions du Sud. « Pour le moment, il n'y a que des cas de départ individuels, mais pas de véritable mouvement de population, et nous n'avons pas mis au point une stratégie spécifique aux événements de cette semaine », affirme à L'Orient-Le Jour Rana Sahili, porte-parole du parti chiite. « Toutefois, indépendamment de ce qui se passe en Palestine, nous avons des plans déjà prêts pour répondre aux besoins des populations en cas de catastrophe ou de guerre », précise-t-elle, sans dévoiler les détails de ces stratégies. Pareil du côté du mouvement Amal, où les mesures envisagées restent nébuleuses. « Nous suivons le dossier avec les habitants et les autorités locales », souligne Michel Moussa, député berryste de Tyr. Et d'ajouter : « Nous avons des moyens limités pour faire à ce scénario, et il est dommage que le Liban n'ait pas un organe spécifique pour gérer les retombées des guerres et catastrophes. » Le Haut Comité de secours, généralement chargé de ces dossiers par l'exécutif, est souvent perçu comme en manque de moyens, en plus de nombreuses accusations de corruption qui nuisent à sa réputation. Sans parler de la crise économique et financière qui ravage le pays depuis 2019 et qui a laissé l'État sans le sou.

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Les deux partis chiites reposent donc sur les autorités locales pour gérer un flux potentiel de déplacés depuis la région frontalière. C'est notamment le cas dans la ville de Tyr, où la municipalité a déjà ouvert deux centres d'hébergement. « L'Union des municipalités de Tyr a mis au point, avec l'aide d'organisations internationales, un plan de réduction des risques liés aux désastres (DDR), précise Hassan Dabbouk, président du conseil municipal de la ville. Nous avons donc équipé un collège et un institut technique pour accueillir des déplacés, et nous en hébergeons actuellement 650. » Une initiative que le tandem Amal-Hezbollah n'aurait pas participé à élaborer. « Nous menons notre action indépendamment des partis politiques, qui offrent de l'aide, mais ne participent pas activement à nos efforts », précise M. Dabbouk, proche du mouvement de Nabih Berry. Pourtant, la ville est confrontée à un manque cruel de moyens financiers. « Nourrir et héberger 650 individus nécessite des milliers de dollars chaque jour, ce que nous n'avons pas. Résultat, notre travail repose sur les initiatives des organisations non gouvernementales ou des donateurs », déplore M. Dabbouk, qui craint de ne pas pouvoir accueillir plus de Libanais au cas où les violences s'intensifient dans la région. 

« Il y a eu beaucoup de bombardements »
Car le risque d'un déplacement massif ne peut être écarté, d'autant que dans certains villages proches de la frontière, de nombreuses familles ont déjà plié bagage. C'est le cas à Rmeich, village chrétien du caza de Bint Jbeil, déjà déserté par 40 % de ses habitants selon les autorités locales. « Il y a eu beaucoup de bombardements », regrette Miled Alam, président de la municipalité. « Face au risque d'escalade, nous essayons de coordonner avec les instances humanitaires internationales pour limiter les pertes humaines et soigner les blessés en cas de guerre », affirme-t-il, regrettant que l'État et les partis aient laissé les habitants de son village à leur sort. D'autant que cette localité doit également gérer d'autres défis. Selon M. Alam, de nombreux migrants et réfugiés syriens sont arrivés en masse dans cette bourgade. « La police municipale a empêché des dizaines d'étrangers en situation irrégulière de se rendre dans le village dans ce contexte sécuritaire particulier », affirme-t-il.   

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