Aujourd’hui, en quelques secondes, nous pouvons communiquer avec les personnes qui vivent au plus lointain de nous. Mais nous sommes plus démunis quand il s’agit de mettre en commun avec notre prochain, avec ceux qui sont là, tout près dans notre vie.
Nous pouvons parler en quelques secondes avec quelqu’un qui se trouve à quinze mille kilomètres, et nous allons mettre parfois six mois pour adresser la parole à notre voisin de palier qui prend le même ascenseur que nous. Nos proches sont ainsi, le plus souvent, de parfaits inconnus dont on reconnaît la silhouette, la marque de voiture ou encore le bruit qu’ils font quand ils rentrent à deux heures du matin.
Et pour nos tout proches, conjoint, enfants, famille, nous avons trop souvent des échanges a minima pour gérer le quotidien, pour faire vivre une cohabitation silencieuse autour du « faire ensemble », plutôt que de l’« être ensemble ».
La communication de consommation qui domine ce siècle favorise trop, me semble-t-il, la circulation de l’information, à tel point que nous confondons communiquer et être informé.
Nous sommes à toute heure du jour et plus particulièrement le soir, avec les journaux télévisés, tenus au courant des derniers abus, crimes, combats, atrocités, tortures et injustices qui sévissent de par le monde.
L’intimité des prostates, des reins et des cœurs des grands (et des moins grands) de la terre nous est présentée, commentée, voire imposée avec force détails, photos et analyses par des soi-disant experts et spécialistes.
Le moindre tremblement de terre, cyclone, épidémie nous est aussitôt transmis avec une telle somme de précisions que, paradoxalement, ces événements ne laissent que peu de traces dans nos souvenirs, aussitôt remplacés par d’autres informations tout aussi consommables, c’est-à-dire jetables.
Et le prochain très proche (prochain conjugal, familial ou parental) reste trop souvent muré dans le silence, dans le non-dit, dans le formalisme d’échanges fonctionnels qui taisent le ressenti profond, les sentiments réels, la solitude intime et la souffrance muette.
Alors il y a la tentation, pour l’esprit, de se réfugier dans la fuite vers le virtuel, de se perdre dans l’univers magique de la télévision, de se distraire dans les jeux sur internet... Ce qui fait que parfois le corps se révolte, appelle à l’aide, crie ses manques, se replie dans la maladie, s’enferme dans le mal-être, requiert le soutien d’un béquillage médicamenteux de plus en plus sophistiqué, fait appel à des stimulants pour tenter quand même d’exister.
Quand on est dans la survie, la recherche du bonheur et du bien-être devient secondaire. Ce qui domine, c’est la recherche des moyens pour répondre aux besoins vitaux qui nous permettent de tenir le coup, de tenir la tête hors de l’eau, hors du désespoir. Les besoins relationnels tels que l’aspiration à pouvoir se dire en toute liberté, être entendu et reconnu, être valorisé, disposer d’une intimité et d’une capacité à influencer le monde passent, hélas trop souvent, dans ces circonstances, au second plan.
Il faut une certaine sécurité dans l’intime de soi pour pouvoir partager le plaisir d’être ensemble, faire que dans un échange circulent le bon et le beau, s’amplifient nos possibles et surgissent la part de rêves et de projets qui vont nous pousser vers l’avenir.
Pouvoir oser être heureux, même à des doses homéopathiques, suppose des ancrages et des racines vivifiants qui nourrissent le présent et lui donnent cohérence et présence.
Œuvrons avec nos proches à une mise en commun, pour une communication intime, suivie, vivace et chaleureuse...
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