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Brèche, par Dominique Eddé

La liberté au singulier

La liberté au singulier

Illustration Joseph el-Hourany

– J’ai un problème avec le pluriel Jojo.

– Qu’est-ce qu’il y a encore ?

– Choisis un mot, n’importe lequel.

– Silence.

– Et bien voilà ! « Le silence » au singulier, c’est le silence et rien d’autre. Tandis que « les silences »… écoute bien… tu entends encore du bruit.

– J’ai rien compris.

– Bon ! Un autre exemple : « Les nouvelles. » Plus je prends les nouvelles au pluriel, plus elles sont vieilles. Chaque fois qu’on m’en donne une – une seule –, elle est toute neuve. Tu es d’accord ou pas ?

– Pas vraiment.

– Je vais t’expliquer. Si je te dis qu’on a enregistré cinquante pour cent d’augmentation d’incendies à l’échelle de la planète durant les dix dernières années, tu te dis « je l’ai déjà entendue celle-là ». Mais si je te dis que le voisin a mis le feu à mon champ de mûriers, tu te réveilles.

– Où veux-tu en venir Sami ?

– Je veux te faire comprendre que le singulier est très supérieur au pluriel qui abrutit nos consciences.

– Je trouve que tu exagères…

– Je vais te donner un autre exemple. Pense à la solitude au pluriel : les solitudes ! Qu’est-ce que ça donne ? Une abstraction. Un monde fou sans visage. Pense à la solitude sans s. Qu’est-ce que tu vois ? Un visage coupé du monde.

– Moi je trouve qu’il y a plus de poésie dans chagrins que dans chagrin !

– Ah ça c’est pas faux ! Tu me fais réfléchir. Mais à propos de chagrins justement. Si je te dis « les réfugiés », que vois-tu de leurs chagrins ? Rien. Tu vois une foule de gens qui te pompe l’air. Si je te dis « Samar est réfugiée avec ses trois enfants sous une bâche en plastique dans la Békaa », tu fais aussitôt la différence entre son chagrin et le tien, et tu remercies le ciel d’avoir un toit sur la tête.

– Tu me fais un cours de catéchisme maintenant ?

– Oublie le chagrin Jojo. Prends la liberté. C’est flagrant : plus les libertés progressent, plus la liberté recule.

– Tu as fumé un joint ou quoi ?

– Écoute-moi bien. Ça rime à quoi de découper la liberté en petits morceaux pour défendre les Noirs, les Blancs, les gros, les nains, les infirmières, les voilées, les non-voilées, les chauves, les gays, les trans, les femmes de ménage, etc., si c’est pour se retrouver au bout du compte avec des gens en morceaux et la liberté en miettes. C’est comme le Liban, à force de le découper en communautés, on a aboli d’une pierre deux coups : le pays et le citoyen.

– Et comment tu fais pour défendre les citoyens si tu ne t’occupes que d’un à la fois ?

– Je ne m’occupe de personne, je défends la liberté qui s’occupe de chacun.

– Et les libertés ?

– Compte sur la liberté pour les défendre, Jojo, c’est son boulot, mais ne fais pas l’erreur de compter sur elles pour la défendre.

– J’ai un problème avec le pluriel Jojo.
– Qu’est-ce qu’il y a encore ?
– Choisis un mot, n’importe lequel.
– Silence.
– Et bien voilà ! « Le silence » au singulier, c’est le silence et rien d’autre. Tandis que « les silences »… écoute bien… tu entends encore du bruit.
– J’ai rien compris.
– Bon ! Un autre exemple :...
commentaires (1)

Excellent, vivement lundi prochain ?

Brunet Odile

00 h 38, le 22 août 2023

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Commentaires (1)

  • Excellent, vivement lundi prochain ?

    Brunet Odile

    00 h 38, le 22 août 2023

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