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Politique - Diplomatie

Les coulisses du séjour parisien de MBS

Le Liban a été le seul pays mentionné dans le communiqué final du sommet entre le prince héritier saoudien et le président français.

Les coulisses du séjour parisien de MBS

Le président français Emmanuel Macron accueillant le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane au palais de l’Élysée, vendredi à Paris. Ludovic Marin/AFP

C’est un séjour pas comme les autres. Le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane qui se trouve à Paris depuis mercredi dernier passera neuf jours dans sa somptueuse résidence appelée Château Louis XIV, près de Versailles. Une démarche voulue pour signifier le caractère personnel de la visite et indiquer que les relations entre ces deux pays sont au beau fixe, d’autant que ce déplacement, bien que préparé et planifié depuis un moment déjà, n’a été annoncé que deux jours auparavant. Cette « visite d’État » annoncée par la cour royale semble avoir de nombreux objectifs, qui vont au-delà des relations bilatérales et des questions du Moyen-Orient, mais concernent aussi des dossiers à des enjeux internationaux comme le « sommet pour un nouveau pacte financier mondial », qui doit se tenir les 22 et 23 juin à Paris. Le dirigeant de facto du riche royaume pétrolier souhaite en effet que les pays du Golfe aient un rôle de premier plan dans la mise au point de ce pacte, d’autant qu’il a déjà affirmé qu’il comptait faire de la région « une nouvelle Europe », en tournant la page des conflits, en faveur de la compétition économique, de l’innovation technologique et de la culture. Mais le Liban n’est jamais bien loin. Lors du sommet MBS-Macron, deux jours après le nouvel échec du Parlement libanais à élire un président, la situation du pays du Cèdre, où Riyad conserve une influence cruciale, a été au centre des discussions.

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L’Arabie de demain

MBS s’active à se mettre au centre de l’échiquier mondial. Tout comme il a consolidé ses relations avec la Chine et la Russie, il a les yeux rivés sur l’Occident. Et pour cela, la relation entre Paris et Riyad revêt une importance particulière. D’abord, parce que la France est la porte d’entrée du royaume vers l’Europe, mais aussi du fait de leur partenariat dans les domaines de l’investissement et du développement, mais aussi le soutien français à la candidature de l’Arabie saoudite pour accueillir l’exposition universelle de 2030, qui doit être annoncée lundi depuis Paris. Les deux pays devraient également discuter de l’amélioration de leur coopération dans le domaine de la culture.

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La délégation qui s’est rendue à Paris inclut Badr el-Farhane, le ministre de la Culture, Yasser el-Ramyane, directeur du Fonds public d’investissement du royaume, et Mohammad el-Cheikh, membre du Conseil des affaires économiques et du développement. « Si cette équipe a surtout un caractère économique, rien n’empêche les deux dirigeants d’échanger sur les enjeux au Moyen-Orient et dans le monde », souligne une source diplomatique saoudienne. Comme la guerre en Ukraine, à l’heure où l’Arabie saoudite souhaite profiter de ses bonnes relations avec tous les partis pour y mettre fin. « Les Français ont demandé au prince héritier de redoubler d’efforts pour trouver une solution à la crise en Ukraine », révèle la source précitée. Et de poursuivre : « Reste que l’objectif primordial de la visite est de participer à la réunion économique mondiale et de promouvoir la tenue de l’Expo 2030 à Riyad. »

Ce projet s’inscrit dans la vision de MBS pour l’Arabie saoudite. Il ambitionne en effet que son pays soit plus qu’un exportateur de pétrole, et se dirige plutôt vers une véritable économie de production, diversifiée et qui suit le progrès à l’international, notamment dans les domaines de la technologie et du savoir. Le prince héritier souhaite faire de Riyad un géant, tant au niveau du Moyen-Orient que du monde. Il s’entoure donc d’une équipe économique, scientifique et stratégique qui lui présente une vision qui sort du traditionnel des questions de l’environnement et du climat afin de positionner l’Arabie saoudite dans l’arène de la compétition économique mondiale. Face à un monde en mouvement, il souhaite équiper les jeunes générations d’un enseignement moderne, qui tranche avec l’éducation traditionnelle qu’ils recevaient jusque-là. « Le royaume alloue des centaines de milliards de dollars à la vision du prince pour les trente prochaines années, notamment pour la jeunesse », révèle un responsable du royaume. Mais le plus important pour le jeune prince, c’est de mettre fin aux conflits religieux, confessionnels ou nationaux et se diriger plutôt vers une symbiose entre les différents acteurs de la région.

Et le Liban dans tout ça ?

Si sa vision régionale inclut donc une politique de zéro conflit, MBS souhaite toutefois rester incontournable dans la résolution des dossiers du Moyen-Orient. Dans ce contexte, et alors que les autres dossiers politiques semblaient passer au second plan derrière les questions économiques et internationales, le Liban a été le seul pays mentionné dans le communiqué publié suite au sommet entre le prince saoudien et le président français. « La France et l’Arabie saoudite ont rappelé la nécessité de mettre rapidement un terme à la vacance politique institutionnelle au Liban », peut-on lire dans le texte qui qualifie cette impasse d’« obstacle majeur à une résolution de la sévère crise socio-économique » du Liban. « Comme d’habitude, Emmanuel Macron a évoqué le dossier libanais devant son visiteur, révèle la source diplomatique précitée. Ce dernier a clairement fait savoir que l’Arabie saoudite soutient les efforts de Paris pour mettre fin le plus vite possible à la vacance à la tête de l’État, tout en soulignant le rôle des Libanais qui doivent s’entendre sur une figure capable de mettre en œuvre les réformes nécessaires. »

La position saoudienne donne lieu à deux interprétations. Selon certains observateurs, elle signifierait que la France semble prête à tourner la page de Sleiman Frangié – notamment après la dernière séance électorale à l’issue de laquelle le candidat adverse, Jihad Azour, a fait un meilleur score – et de proposer une autre option. Mais selon une autre lecture, Paris considère toujours que le chef des Marada est celui qui a le plus de chance d’être élu dans le cadre d’un compromis national. « Il est encore trop tôt pour retirer un nom de la course et il faut attendre les résultats de la tournée de Jean-Yves Le Drian », affirme une source diplomatique. Nommé « envoyé personnel » du président français pour le Liban, M. Le Drian est attendu à Beyrouth mercredi pour des discussions avec des responsables politiques. Mais selon nos informations, le tandem Amal-Hezbollah a d’ores et déjà fait savoir aux Français qu’ils ne sont pas prêts à renoncer à la candidature de Sleiman Frangié. Or, selon des informations obtenues par notre journal, Paris et Riyad ont convergé sur la nécessité de produire un nouveau pouvoir au Liban qui ne soit pas entaché par des accusations de corruption, et qui soit capable de mettre en œuvre une feuille de route complète de réformes et de sauvetage économique.

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Lors de la rencontre entre les délégations des deux pays, le conseiller diplomatique du président Macron, Emmanuel Bonne, et le conseiller chargé de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient à l’Élysée, Patrick Durel, étaient présents. Ces deux hommes sont chargés de suivre le dossier libanais désormais sous la responsabilité de Jean-Yves Le Drian, qui doit préparer un rapport sur la situation et les options sur la table et le présenter au chef de l’État après ses entretiens à Beyrouth. Le diplomate français devra prendre en considération les résultats de la séance électorale de mercredi et le refus des principaux partis chrétiens de voir Sleiman Frangié élu président.Avant l’arrivée de Mohammad ben Salmane à Paris, l’ambassadeur saoudien à Beyrouth Walid Boukhari a lui aussi tenu une série d’entretiens avec des responsables français dans la capitale française.

Les résultats de ces contacts devraient commencer à paraître dans les jours à venir, d’autant qu’à la suite de la rédaction du rapport de M. Le Drian, les cinq pays impliqués dans le dossier (la France, les États-Unis, l’Arabie saoudite, le Qatar et l’Égypte) pourraient se réunir une nouvelle fois.En parallèle à la visite de MBS à Paris, des rumeurs ont fuité à Beyrouth sur une mise à l’écart de Nizar Alaoula, le conseiller au sein de la cour royale chargé du dossier libanais, pour se concentrer sur le Soudan. Toutefois, un diplomate saoudien dément ces informations. « Il s’agit d’une simple réflexion des souhaits de certains acteurs au Liban », affirme-t-il. Et de rajouter : « M. Alaoula est chargé de nombreux dossiers, dont le Liban, mais il suit le Soudan depuis très longtemps. Si sa visite à Paris a été annulée, c’est à cause des développements au Soudan et son implication, avec les Américains, dans la négociation d’un cessez-le-feu. »

C’est un séjour pas comme les autres. Le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane qui se trouve à Paris depuis mercredi dernier passera neuf jours dans sa somptueuse résidence appelée Château Louis XIV, près de Versailles. Une démarche voulue pour signifier le caractère personnel de la visite et indiquer que les relations entre ces deux pays sont au beau fixe, d’autant que ce...
commentaires (8)

Espérons que le prince MBS dévoilera le souhait de Macron ouvertement. Parce que ce dernier nous dit tout et son contraire à travers ses émissaires qui ne finissent pas de défiler pour brasser du vent et encombrer le pays de leur présence inutilement utile. Nous avons cru à un moment donné aux promesses faites par Macron et nous avons été grandement déçus par son manque de loyauté envers le peuple libanais.

Sissi zayyat

23 h 32, le 20 juin 2023

Tous les commentaires

Commentaires (8)

  • Espérons que le prince MBS dévoilera le souhait de Macron ouvertement. Parce que ce dernier nous dit tout et son contraire à travers ses émissaires qui ne finissent pas de défiler pour brasser du vent et encombrer le pays de leur présence inutilement utile. Nous avons cru à un moment donné aux promesses faites par Macron et nous avons été grandement déçus par son manque de loyauté envers le peuple libanais.

    Sissi zayyat

    23 h 32, le 20 juin 2023

  • MBS gagne très curieusement la confiance des libanais et cela est dû largement à son manque d’ambiguïté depuis ses débuts. Sa politique est claire et positive. Pourvu qu’il s’intéresse sincèrement aux intérêts du peuple libanais tel qu’il le pratique chez lui .

    Wow

    12 h 18, le 19 juin 2023

  • Que la France et l’Arabie Seoudite s’imposent et Sauvent le Liban et son économie..

    Chantal Skaff

    10 h 54, le 19 juin 2023

  • Que la France et l’Arabie Seoudite s’imposent et Sauvent le Liban et son économie..

    Chantal Skaff

    10 h 53, le 19 juin 2023

  • MBS, we need your help, we need your help to save us from Iran !!

    Aboumatta

    10 h 37, le 19 juin 2023

  • J’ai entièrement foi en la concordance de Emmanuel Macron et de Mohamed Ben Salman pour aider le Liban. Si seulement Mohamed Ben Salman pouvait prendre sous son aile la protection du Liban, ce serait merveilleux, d’autant que le peuple libanais a les yeux rivés sur ce bienfaiteur indispensable à relever l’économie Libanaise. De tout cœur, je souhaite que tout se déroule pour le mieux dans l’intérêt du peuple.

    Mohamed Melhem

    08 h 59, le 19 juin 2023

  • Ces 2 personnes n'inspirent guère confiance en politique . Ce qui les guide, c'est simplement un intérêt commun économique. Et le Liban figure dans leurs entretiens comme une nécessité non absolue, mais, de circonstance. Aucune confiance.

    Esber

    06 h 39, le 19 juin 2023

  • C'EST DU PUR IGNORANCE SI MACRON CONTINUE À POUSSER POUR LE CANDIDAT DU HEZBOLLAH.

    Gebran Eid

    00 h 58, le 19 juin 2023

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