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Politique - Décryptage

Entre le CPL et le Hezbollah, le divorce est désormais consommé

Jusqu’à la dernière minute, le Hezbollah a cru que le chef du CPL Gebran Bassil n’irait pas jusqu’au bout dans son acceptation de la candidature de Jihad Azour. C’est pourtant ce qui s’est produit, et le CPL l’a annoncé officiellement, après une réunion élargie la semaine dernière, prenant soin de préciser que c’est le nom sur lequel les différentes composantes dites de l’opposition ou des partis chrétiens, en plus d’un certain nombre des « députés du changement », se sont entendus. Mais cela n’a pas atténué le choc du Hezbollah. Dès lors, même le secrétaire général de la formation, Hassan Nasrallah, qui est, de l’avis de tous et même de son propre aveu, un fervent défenseur de Gebran Bassil, a changé de position.

Le Hezbollah considère ainsi que le chef du CPL a été trop loin dans son opposition au candidat choisi par le tandem chiite, Sleiman Frangié, en alignant sa position sur celle des adversaires de la formation. De surcroît à un moment particulièrement délicat où, à la veille des grandes ententes qui se profilent dans la région, ceux-ci voudraient selon lui se doter d’un filet de protection et offrir un cadeau aux Américains.

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Dans ce contexte, des sources proches du Hezbollah considèrent que ce que l’on appelle l’opposition chrétienne et en particulier les Forces libanaises ont tendu un piège à Gebran Bassil en le contraignant à accepter Jihad Azour comme candidat face à Sleiman Frangié. Selon ces mêmes sources, en adoptant bon gré mal gré la candidature d’Azour, Bassil a ainsi balayé toutes les raisons qu’il avait invoquées pour rejeter celle de Frangié. D’abord, il lui avait reproché de ne pas disposer d’un bloc parlementaire consistant, et donc d’une assise populaire solide. Ensuite, il avait estimé qu’il est proche de ce que l’on appelle « le système » et n’est donc pas en mesure de poursuivre le combat contre la corruption lancé par son prédécesseur, ni d’initier un programme de réformes. Enfin, il avait répété à maintes reprises qu’il ne veut pas d’un candidat de défi, mais d’une personnalité qui puisse rassembler autour d’elle les Libanais, y compris le tandem chiite. Or, la candidature de Jihad Azour ne remplit aux yeux du Hezbollah aucune de ces conditions, ni sur le plan de son assise populaire ni sur celui de son éloignement du « système » qui tient les rouages de l’État depuis les années 1990, puisqu’il a été ministre des Finances dans le gouvernement de Fouad Siniora entre 2005 et 2008, alors qu’il n’y avait pas de budget officiel et que l’on ne sait toujours pas comment les milliards arrivés au Liban pour la reconstruction après la guerre de 2006 ont été dépensés. C’est du moins ce qui est dit dans l’ouvrage publié par le CPL sur ce sujet. Enfin, même si le candidat lui-même se veut ouvert à tous, une partie de ceux qui l’appuient ne cachent pas leur volonté de vouloir défier et isoler le Hezbollah.

Il existe encore une autre raison qui pousse le Hezbollah à en vouloir à Bassil. Pour les sources précitées, ce dernier connaît bien les raisons qui l’ont poussé à choisir Frangié et qui se résument au fait qu’en cette période de changements régionaux et internationaux, il souhaite avoir le moins de soucis possible sur le plan interne et permettre ainsi au pays de traverser cette période de transition dans un calme relatif. Or, après avoir manœuvré avec subtilité pendant des mois, Bassil a soudain choisi de franchir le pas en direction d’un candidat en contradiction avec tout ce qu’il avait précédemment prôné, juste après son retour d’un voyage qui l’a mené de Rome à Paris. Est-ce une coïncidence, le résultat d’un piège qui lui aurait été tendu, ou une volonté réelle de sa part d’affaiblir le Hezbollah (comme le veulent les adversaires de celui-ci) et de faire un cadeau à ceux qui veulent que le Liban reste en dehors des changements régionaux ? Sans répondre précisément à cette question, le Hezbollah, selon les mêmes sources, ne cache pas sa déception, et il estime que désormais, la relation avec le CPL ne peut plus revenir à ce qu’elle était. Non seulement au niveau des bases populaires respectives des deux camps – les choses ont été trop loin –, mais aussi sur le plan politique, le CPL est devenu un partenaire dans le plan visant à isoler le Hezbollah.

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Du côté du CPL, la réaction du Hezbollah est considérée comme excessive. Les sources proches de ce parti considèrent que sur le plan stratégique, rien n’a changé, et que ce n’est pas à Gebran Bassil qu’il faut demander s’il a subi des pressions externes pour adopter tel ou tel autre candidat. Le chef du CPL a déjà montré qu’il résiste aux pressions les plus dures et n’agit que selon sa conscience. Il l’a prouvé lorsqu’il a refusé les menaces de sanctions qui lui ont été faites s’il ne rompt pas ses relations avec le Hezbollah, et il en a payé le prix. Par conséquent, selon les sources proches de la formation aouniste, Gebran Bassil n’a pas à donner en permanence des preuves de la solidité de ses choix. Concernant le dossier présidentiel, le chef du CPL, précisent les sources précitées, n’a jamais caché son rejet de la candidature de Sleiman Frangié. Il l’a exprimé de toutes les façons possibles, dans le cadre d’un dialogue direct avec le Hezbollah, puis à travers les médias et au cours de rencontres internes. Mais le Hezbollah n’a rien voulu entendre, convaincu de pouvoir le faire changer d’avis, alors qu’il s’agit pour Gebran Bassil d’une position de principe. C’est d’ailleurs cette position du Hezbollah qui l’a poussé à chercher à se rapprocher des forces dites de l’opposition et des partis chrétiens, sachant que, dans le système confessionnel actuel, le président reste la plus haute fonction maronite, et par conséquent, il devrait bénéficier de l’aval d’une partie au moins de la communauté, tout comme le président de la Chambre a l’aval des chiites, etc.


Jihad Azour est ainsi le candidat qui a pu rallier le plus grand nombre de forces chrétiennes et de l’opposition. Après avoir prôné l’entente, Bassil ne peut donc pas rester en dehors de cet accord ou le rejeter. De plus, il a, par son appel à l’entente, contraint des forces qui n’ont cessé de le critiquer, tout en affirmant refuser tout dialogue avec lui, à changer de position. Si piège il y avait, il s’est donc retourné contre ceux qui auraient pu le concevoir, estime son entourage.


Par ailleurs, il ne faudrait pas donner à sa position une dimension qu’elle n’a pas. La réaction du Hezbollah est donc surprenante, d’autant que des responsables du CPL n’ont cessé au cours des derniers jours de préciser que rien n’a changé au niveau de leurs choix stratégiques. Le conflit avec le Hezbollah porte sur un dossier précis, la présidentielle, et c’est le Hezbollah, aux yeux du parti aouniste, qui a cherché à imposer son point de vue, non le contraire.


Pourtant, de l’avis des deux camps, la crise est désormais profonde. Ce que ni la guerre ni les pressions n’ont pu faire, la présidentielle, elle, y est parvenue. Le divorce entre le CPL et le Hezbollah est consommé.

Jusqu’à la dernière minute, le Hezbollah a cru que le chef du CPL Gebran Bassil n’irait pas jusqu’au bout dans son acceptation de la candidature de Jihad Azour. C’est pourtant ce qui s’est produit, et le CPL l’a annoncé officiellement, après une réunion élargie la semaine dernière, prenant soin de préciser que c’est le nom sur lequel les différentes composantes dites de...
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Le cpl et son chef gb, même pas fichu d’être au même diapason que les caciques du parti. Le gb s’est fait manipuler comme une marionnette par les barbus. Comment faire confiance à une bande de roublards ?

Citoyen Lambda

16 h 59, le 13 juin 2023

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Commentaires (7)

  • Le cpl et son chef gb, même pas fichu d’être au même diapason que les caciques du parti. Le gb s’est fait manipuler comme une marionnette par les barbus. Comment faire confiance à une bande de roublards ?

    Citoyen Lambda

    16 h 59, le 13 juin 2023

  • Mais vous oubliez un facteur essentiel de cette rupture: le gendrillon et le père du peuple travaillaient depuis des années pour que Mr Bassil lui-même prenne la relève et devienne le prochain président et s’imaginaient que le HB le choisirait naturellement,,,ce qui ne fut pas le cas pour les raisons qu’on connaît…et c’est ça plutôt qui expliquerait ce divorce, car le chef du CPL est tellement imbu de lui-même, narcissique et vindicatif qu’il ne pouvait plus pardonner à la milice chiite de le poignarder dans le dos alors qu’il considère avoir beaucoup sacrifié pour cette alliance néfaste…Et puis, Mme Haddad, peut-être que Mr Bassil s’est enfin réveillé à la réalité du pays et l’impossibilité de sauver quoique ce soit avec un état dans l’état et veut faire amende honorable: donnons lui au moins le bénéfice du doute car il avait toujours été votre champion dans vos décryptages passés!

    Saliba Nouhad

    14 h 57, le 13 juin 2023

  • Ah bon!? Le divorce...? On s'en fout royalement, maintenant qu'ils aient décortiqué le pays réduit ses institutions en immondices.... prière de méditer sur une façon de sauver le petit peuple au lieu de larmoyer sur des roublards inutiles.

    Wlek Sanferlou

    13 h 35, le 13 juin 2023

  • Morale de l article: ne jamais faire confiance au CPL Ni a Aoun Basil etc...l'histoire la prouve...

    Jack Gardner

    11 h 22, le 13 juin 2023

  • G.B est trop intelligent pour se laisser manipuler par Hassan Nasrallah ou Samir Geagea et moins par le propriétaire attitré du parlement. Je pense que le chef du CPL a d'autres considérations en perspective qui vont chambarder la donne de la présidentielle

    Hitti arlette

    11 h 20, le 13 juin 2023

  • Le CPL s’est enfin rendu compte que le seul projet du Hezbollah est l’instauration de la république islamique au Liban. Le divorce est total entre tous les chrétiens libanais et le Hezbollah

    Lecteur excédé par la censure

    11 h 08, le 13 juin 2023

  • Attendons de voir l’après 14 juin.. Le 14 février 2005 tout le monde a cru le divorce consommé entre les haririens et le Hezbollah. Résultat en juin 2005 on a eu l’accord quadripartite..

    Citoyen libanais

    07 h 10, le 13 juin 2023

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