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Économie - Blanchiment d’argent

Le Liban va réintégrer la liste grise du GAFI

La question qui restait mardi en suspens était celle de savoir si le Liban allait être classé parmi les pays considérés comme coopératifs ou non-coopératifs sur la liste grise de l’organisme international de coordination contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Le Liban va réintégrer la liste grise du GAFI

Le siège de la Banque du Liban à Beyrouth. Photo d'illustration João Sousa

Ça lui pendait au nez depuis un moment déjà. Plus de sept ans après en être sorti, le Liban va bien réintégrer la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI, ou Financial Action Task Force) qui regroupe les pays que l’organisme international, qui coordonne la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, a placés sous surveillance renforcée.

L’information, relayée d’abord par Reuters, a été confirmée à L’Orient-Le Jour par deux sources bien au fait de ce dossier et qui ont souhaité garder l’anonymat. Selon l’une d’elles, l’organisation doit encore faire valider son rapport définitif par son assemblée plénière, ce qui pourrait avoir lieu mercredi. La question qui restait mardi en suspens était celle de savoir si le Liban allait être classé parmi les pays considérés comme coopératifs ou non-coopératifs de la liste grise. « Le véritable enjeu est là. Cela fait des mois, au moins depuis mars si ce n’est plus tôt, que le retour dans la liste grise était considéré comme inévitable pour le Liban, compte tenu de l’État déplorable du secteur bancaire depuis le début de la crise qui a éclaté en 2019 et le développement de l’économie du cash.

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Il faut maintenant attendre le détail de l’évaluation pour voir à quel point c’est grave et à quel point les récents développements des procédures judiciaires lancées à l’encontre du gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, ont pesé dans la balance », a expliqué la seconde source contactée, qui travaille dans le secteur bancaire. Le haut-responsable en place depuis 1993 fait en effet l'objet depuis le 18 mai d'une notice rouge d'Interpol consécutive à un mandat d'arrêt international émis par la justice française deux jours plus tôt dans le cadre de plusieurs enquêtes lancées au Liban et en Europe, où il est soupçonné de s’être constitué un riche patrimoine immobilier et bancaire via un montage financier complexe et un détournement massif de fonds publics. Riad Salamé préside également l’Autorité des marchés financiers et la Commission spéciale d’enquête (ou d’investigation) qui a pour mission d'enquêter sur les opérations suspectées de constituer des délits de blanchiment de capitaux.

Il y a de quoi s'inquiéter pour le Liban

« Les Émirats arabes unis sont sur la liste grise du Gafi depuis 2022 mais en tant que juridiction coopérative, ce qui mitige l’impact de cette décision vis-à-vis des banques et des institutions qui traitent avec Dubaï ou Abou Dhabi », a expliqué pour sa part à L’Orient-Le Jour Jean Riachi, le PDG de I&C Capital Bank, établie à Beyrouth. Le passage sur liste grise conduit les parties étrangères - dont les banques correspondantes - qui contractent avec le secteur financier d’un pays concerné à accroître considérablement le contrôle des transactions passées avec ses secteurs privé et financier. Cela peut également faire hésiter ou renoncer certains acteurs à s’engager avec le Liban.

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Une inscription sur la liste grise n’est cependant pas sans retour. « Dès que le passage du Liban dans la liste grise sera officiel, le pays recevra une liste de demandes du Gafi pour lui permettre de redevenir conforme par rapport aux standards internationaux. Il faudra voir de quoi il s’agit mais cela peut être relativement indolore, sauf si les autorités ne coopèrent pas », note encore Jean Riachi. De fait, le Liban a déjà été placé sur liste grise et compte également un passage sur la liste noire lorsque cette dernière a été lancée en 2000. « Les conséquences étaient moins sévères à l’époque et les banques n’avaient pas cessé de traiter avec le pays », affirme la source bancaire précitée. Toujours est-il que le Liban avait réussi à convaincre le Gafi de sa volonté de se conformer à ces standards en votant plusieurs lois, dont la n° 318 de 2001 instituant la Commission d’enquête spéciale ou encore la n° 44 de 2015 élargissant la définition des délits assimilables au blanchiment d’argent.

« Aujourd’hui, le problème est que ces lois ne sont pas appliquées, que la justice ne fonctionne pas et que l’État a démontré qu’il ne voulait ou ne pouvait pas lancer les plus simples des réformes demandées par le Fonds monétaire international et ses soutiens », constate Jean Riachi. « Si l’on additionne à cela le développement effréné de l’économie du cash (elle totaliserait 10 milliards de dollars selon le dernier Lebanon Economic Monitor de la Banque mondiale publié il y a une semaine, NDLR), le fait que le Hezbollah continue de vivre en marge de la réglementation, les dernières procédures visant le gouverneur ou encore le fait que le Parlement a sciemment saboté la dernière loi visant à faciliter la levée du secret bancaire, il y a légitimement de quoi s’inquiéter pour la suite », conclut la source bancaire anonyme précitée.

Ça lui pendait au nez depuis un moment déjà. Plus de sept ans après en être sorti, le Liban va bien réintégrer la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI, ou Financial Action Task Force) qui regroupe les pays que l’organisme international, qui coordonne la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, a placés sous surveillance...
commentaires (4)

Quand on vole tout un peuple et qu'on transforme l'economie du pays en machine a blanchir l'argent sale des rapines, il faut s'attendre a un retour de baton.

Michel Trad

10 h 21, le 24 mai 2023

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Commentaires (4)

  • Quand on vole tout un peuple et qu'on transforme l'economie du pays en machine a blanchir l'argent sale des rapines, il faut s'attendre a un retour de baton.

    Michel Trad

    10 h 21, le 24 mai 2023

  • Étonnant ! Déjà que les banques françaises ferment les comptes en France des binationaux établis au Liban et qu’elles refusent toute transaction avec le Liban sauf avec 2 tonnes de justificatifs. Ce qui est étonnant est que le Liban n’est pas sur liste noire.

    Lecteur excédé par la censure

    19 h 39, le 23 mai 2023

  • Bi GAFI !

    Abou-Charaf Marwan

    14 h 52, le 23 mai 2023

  • Quel désastre et quelle honte! Et dire qu’on n’arrive toujours pas a secouer ces ordures!

    CW

    13 h 53, le 23 mai 2023

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