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Moyen-Orient - ECLAIRAGE

Un sommet de la Ligue arabe à dimension internationale

En route pour le sommet du G7 au Japon, Volodymyr Zelensky a fait un arrêt surprise à Djeddah où se tient la réunion de l’organisation panarabe. De quoi mettre en avant le rôle de leader régional mais aussi mondial que veut s’octroyer Mohammad ben Salmane. 

Un sommet de la Ligue arabe à dimension internationale

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky (c), le 19 mai 2023 à son arrivée à Djeddah pour assister au sommet de la Ligue arabe. Photo Saudi Press Agency/Handout via REUTERS

Aujourd’hui s’ouvre à Djeddah le 32e sommet de la Ligue Arabe marqué par la nouvelle dimension que souhaite lui insuffler le prince héritier saoudien, Mohammad ben Salmane (MBS). Emblème de ce renouveau, la visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky, en pleine guerre en Ukraine.

Cette visite positionne l’Arabie saoudite, suivie par un monde arabe qui apparaît cette année uni derrière elle, en tant que puissance qui compte sur la scène internationale. Au niveau régional, la Ligue arabe est au complet pour la première fois depuis douze ans, avec le retour de Bachar el-Assad au sommet de l’organisation panarabe, après la réintégration de la Syrie le 7 mai dernier.

Pour mémoire

Pourquoi la Zelensky-mania n’a pas atteint le monde arabe

Volodymyr Zelensky est arrivé à Djeddah en début d’après-midi pour une visite surprise avant son passage au G7, qui se tient au Japon. Une décision qui interroge alors que, souvent décriés comme « attentistes » ou « équilibristes » face à la guerre en Ukraine, les pays arabes n’ont jamais condamné fermement l’invasion russe, certains se voyant même accusés d’aider le Kremlin à contourner les sanctions occidentales. « L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis jouent le jeu multipolaire. Pour eux, il n’est toujours pas clair que choisir aurait un intérêt », indiquait en décembre Cinzia Bianco, chercheuse au European Council on Foreign Relations, à L’Orient-Le Jour. Profitant de leur position d’entre-deux, Abou Dhabi et Riyad se félicitaient en décembre du succès de leur médiation dans un échange de prisonniers entre Washington et Moscou. Tout en refusant de se mettre à dos Moscou au sein de l’OPEP+, Riyad a alloué 400 millions de dollars d’aide humanitaire à l’Ukraine. « Le royaume d’Arabie saoudite joue un rôle important et nous sommes prêts à porter notre coopération à un nouveau niveau » a déclaré le président ukrainien sur son compte Twitter à son arrivée à Djeddah. Le royaume semble vouloir s’affirmer comme un médiateur efficace dans ce dossier.

MBS en leader du monde arabe

Pour MBS, Premier ministre, prince héritier, et dirigeant de facto du royaume saoudien, qui se rêve en nouveau leader du monde arabe, ce sommet représente une occasion d’affirmer son leadership régional qui paraît aujourd’hui incontesté, mais également sa place sur la scène mondiale. Malgré ses réticences, le Qatar s’est ainsi mis en retrait pour permettre au « consensus arabe » de prévaloir quant au retour de Damas dans la Ligue arabe, afin de ne pas contrarier ses voisins. La réintégration de Bachar el-Assad a été portée par Riyad alors que peu de concessions ont été obtenues, jusqu’à présent, du régime responsable de centaines de milliers de morts depuis le début de la guerre en Syrie. Ahmed Aboul Gheit, secrétaire général de la Ligue arabe, a certes déclaré à Al Arabiya jeudi que l’invitation d’Assad au sommet ne « signifiait pas que le problème en Syrie avait été résolu ». Mais Riyad va tenter durant le sommet d’obtenir des engagements concrets de Damas sur le trafic illégal de Captagon ou encore le retour des réfugiés, ce qui acterait la réussite de cette rencontre.

Seul dirigeant d’importance absent du sommet de Djeddah, le président émirati Mohammad ben Zayed (MBZ) qui a préféré être remplacé par son vice-président. Envoyant des invitations à tout va, celui-ci prépare en parallèle l’organisation de la COP28 sur le climat, qui doit se dérouler à Dubaï fin 2023 et recevoir de nombreux dirigeants internationaux. Une manière de montrer que la fédération émiratie a des ambitions plus internationales que régionales? Abou Dhabi n’aurait pas beaucoup apprécié de voir son puissant voisin s’attribuer les mérites de la normalisation arabo-syrienne. Une décision qui s’inscrit en tout cas dans un contexte de compétition entre pétromonarchies qui préparent l’ère post-pétrole, alors que le contexte régional est à la désescalade. Une stratégie qui reflète, côté saoudien, la politique du « Saudi first », qui présuppose que MBS assure une stabilité régionale qui perdure et dont il pourrait se targuer d’avoir été le moteur. Dans cette même veine, l’Arabie saoudite et l’Iran ont signé le 10 mars dernier un accord de normalisation, sous l’égide de la Chine. Le président de la République Islamique a ainsi déclaré jeudi que Riyad n’avait jamais été un ennemi de Téhéran, contrairement à Israël qui est « l’ennemi commun du monde musulman ».

Dossiers sur la table

Alors que dans les précédentes éditions, la question iranienne avait occupé le devant de la scène, les discussions devraient aujourd’hui s’axer sur les questions de stabilité sécuritaire et économique. Le dossier politique le plus brûlant au programme du sommet est le conflit au Soudan, où le général Abdel Fattah al-Burhane, chef des forces armées, et Mohammad Hamdane Dagalo, chef des Forces de soutien rapide (FSR) sont en guerre depuis plus d’un mois. Riyad offre sa médiation avec les Etats-Unis depuis des semaines pour obtenir un cessez-le-feu et l’ouverture de couloirs humanitaires. Si les deux parties ont accepté sur le principe le respect des règles de la guerre, les combats se poursuivent sur le terrain.

Sur le dossier yéménite, qui s’est stabilisé ces derniers mois, et notamment depuis la signature de l’accord irano-saoudien à Pékin le 10 mars, les Saoudiens tentent encore de conclure un accord au long-terme avec les houthis, soutenus par Téhéran. Leur objectif : éviter de nouvelles attaques sur leur territoire qui pourraient compromettre leur plan Vision 2030 de développement économique. Ils auraient déjà obtenu une garantie de l’Iran quant à l’arrêt de livraisons d’armes au groupe rebelle, selon le Wall Street Journal, alors que Téhéran a toujours nié les accusations occidentales en ce sens. S’il n’est pas inclus dans les pourparlers entre Riyad et les houthis, le chef du conseil présidentiel est néanmoins présent chez son parrain saoudien aujourd’hui.

Pour mémoire

De Beyrouth à Bagdad, la « Poutine mania » gonflée par un vent d’Ukraine

Malgré les récentes frappes israéliennes sur Gaza, la rhétorique des pays arabes sur le dossier palestinien devrait rester relativement inchangée, condammant les colonies israéliennes tout en faisant fi de la normalisation de certains membres avec l’Etat hébreu. Le représentant palestinien permanent à la Ligue arabe anticipait mardi l’adoption pour la première fois d’une définition légale de la Nakba et la condamnation de son déni, dans le sillage de Mahmoud Abbas. Le sommet intervient en outre au moment où l’Arabie saoudite aurait discuté d’une normalisation avec l’Etat hébreu lors de la visite d’une délégation américaine qui en aurait ensuite informé les Israéliens.

Voulant insuffler une nouvelle dynamique au sein de l’organisation panarabe, MBS souhaiterait la rendre plus pratique, insistant sur des solutions concrètes aux questions notamment de la sécurité alimentaire dans la région et des crises économiques que traversent de nombreux pays membres. Lors des réunions ministérielles préparatoires cette semaine, Riyad a ainsi annoncé par la voix de son ministre des Finances une série d'aides financières de 10 milliards de dollars. A ce propos, Riyad réaffirmera probablement sa nouvelle approche face à l’aide accordée à des pays tiers, exigeant désormais des réformes économiques en contrepartie ou encore évaluant la rentabilité de ses investissements. 

Aujourd’hui s’ouvre à Djeddah le 32e sommet de la Ligue Arabe marqué par la nouvelle dimension que souhaite lui insuffler le prince héritier saoudien, Mohammad ben Salmane (MBS). Emblème de ce renouveau, la visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky, en pleine guerre en Ukraine.Cette visite positionne l’Arabie saoudite, suivie par un monde arabe qui apparaît cette année uni...
commentaires (2)

Dites moi quand est ce que les Occidentaux evoqueront le cas de la palestine et inviterons des leaders palestiniens a s'exprimer a leur grandMesse quasi quotidienne . Ukraine par ci , Ukraine par la jusqu'a la nausée

nabil samir

18 h 12, le 19 mai 2023

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Commentaires (2)

  • Dites moi quand est ce que les Occidentaux evoqueront le cas de la palestine et inviterons des leaders palestiniens a s'exprimer a leur grandMesse quasi quotidienne . Ukraine par ci , Ukraine par la jusqu'a la nausée

    nabil samir

    18 h 12, le 19 mai 2023

  • Bill Clinton le savait déjà... it's the economy, stupid... Soooo, Show me the money!!

    Wlek Sanferlou

    16 h 40, le 19 mai 2023

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