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Culture - Photo

Beirut Photo… Il n’est pas trop tard !

Il est encore temps… La deuxième édition de l'événement organisé par Patrick Baz et Marine Bougaran touche à sa fin, mais propose encore une exposition à l’usine Abroyan jusqu’à la semaine prochaine, une foire de la photo sur deux jours qui commence aujourd’hui samedi 1er octobre à Souk el-Tayeb, et un atelier pédagogique jeune public demain dimanche au même endroit. Il est encore temps… de venir apprécier, et de soutenir l’initiative !

Beirut Photo… Il n’est pas trop tard !

Aline Manoukian, en échange avec l’une des participantes lors du workshop sur le photojournalisme, où elle dira que : « la photographie n’est qu’une interprétation de la réalité ». Photo : Tarek Riman

Beirut Photo est une initiative née l’année dernière d’une amitié vieille de presque dix ans entre deux grands noms du monde de la photographie : Marine Bougaran et Patrick Baz, qui ont mis en commun les savoir-faire de la plateforme SOURA et de l’ONG Beirut Center of Photography (BCP) dont ils sont respectivement co-fondateurs. Grâce au soutien de leurs organisations respectives, les énergies nécessaires ont pu être réunies autour des valeurs de l’initiative, que partage une équipe de bénévoles passionnés aux champs d’expertise étendus. Pour sa deuxième édition, Beirut Photo a ainsi réussi, malgré la conjoncture dans le pays et les obstacles innombrables que cela implique, à défendre, protéger et contribuer à faire perdurer la scène visuelle libanaise.

« Education du regard »

La photographie, souvent qualifiée d’art objectif, tributaire du réel par excellence, n’est pas le miroir de la réalité comme on a souvent tendance à le croire. Condamnée à réfléchir la fiction du réel, cette catégorie du troisième art reflète la réalité et son spectacle, plus qu’elle n’est miroir du spectacle du monde.

L’image photographique est un medium complexe, jamais réductible à l’image qu’il renvoie, aujourd’hui devenue medium influent omniprésent autour duquel des enjeux, qui nous ont privé de notre liberté du regard, ne cessent de croître.

Patrick Baz et Marine Bougaran : une amitié cristallisée dans Beirut Photo.

L’apparition récente de notre constante surimposition aux images, qui peuvent être facilement manipulées, décontextualisées, mais aussi différemment lues et interprétées, nécessite une « éducation du regard », comme l’exprime Marine Bougaran, co-fondatrice de Beirut Photo, lors d’un entretien avec L’Orient-Le Jour.

« Eduquer, soutenir et accompagner »

Telles sont les valeurs que Beirut Photo défend, pour permettre aux libanais de « penser le monde en images » et de «devenir des regards conscients », comme l’aurait formulé le photographe français Raymond Depardon. En mettant à disposition un panel d’outils aussi bien adaptés à un public de curieux que professionnel, l’initiative vient combler les lacunes des institutions éducatives et culturelles auxquelles le secteur de l’audio-visuel du pays du Cèdre fait face.

Ainsi, pour sa deuxième édition Beirut Photo a réaffirmé son engagement auprès des (jeunes) photographes libanais, en offrant, gratuitement, un programme riche et varié (workshops, tables rondes, exposition et foire) afin « d'assurer la continuité de la production photographique du pays, et de soutenir cette jeunesse qui a envie de s’exprimer en images dans cette nouvelle ère visuelle », comme le confiait Patrick Baz à L’Orient-Le Jour.

Les workshops, animés par des pointures locales et internationales : Camille Allard, Marine Bougaran, Aline Manoukian, Ammar Abd Rabbo, Patrick Baz et Thierry Van Biesen, ont permis aux photographes amateurs et professionnels de développer leurs compétences dans les locaux de Mina Image Centre, Souk el Tayeb et Artnub, gracieusement rendus accessibles pour soutenir l’initiative. Les apprentissages théoriques et pratiques allaient de la maîtrise des jeux de lumières à la construction d’un portfolio, en photographies commerciale, documentaire et journalistique. Un dernier atelier pédagogique et éducatif pour le jeune public aura lieu ce dimanche à Tawlet Souk el Tayeb*, où des photographies seront présentées aux enfants, qui devront par la suite imaginer et dessiner ce qui se passe hors champ, afin de solliciter leur imagination, et de les aider à réaliser l’importance du cadrage et son impact dans la construction d’une image.

Les tables rondes, auxquelles Elsie Haddad, Aurélie Missirian, Valérie Mréjen, Ieva Saudargaite Douaihi, Georges Boustany, Tarek Haddad, Gilbert Hage, Frédéric Stucin et Joe Takla complétaient le panel d’intervenants déjà mentionnés, abordaient des thématiques aussi bien pratiques, sur le portrait et la conservation d’archives, que polémiques, en évoquant les opportunités et les risques de certaines technologies (NFT, IA, etc.), les avantages et inconvénients de la collaboration et de la création de collectifs en photographie.

L’exposition** du photographe français Frédéric Stucin « Oh Liban ! », qui se visite jusqu’au dimanche 9 octobre à l’usine d’Abroyan à Bourj Hammoud, tente de figer le passage entre l’enfance et l’âge adulte avec ses portraits d’adolescents libanais pris pendant la période de crise.

La foire*** qui débutera à 17h ce samedi 1er octobre dans l’après-midi, se tiendra sur deux jours à Souk el Tayeb, où une trentaine de photographes libanais seront invités à exposer une sélection de travaux et de livres autour des maîtres-mots : accessibilité et diversité. Cette année, un espace librairie sera mis en place, réunissant les ouvrages des photographes participants. Ce sera une occasion pour venir découvrir et rencontrer les artistes et les soutenir. Un pourcentage des ventes réalisées sera reversé au BCP et à SOURA pour soutenir la photographie libanaise.

« La culture, oxygène du pays »

Patrick Baz, photographe franco-libanais qu’on ne présente plus, confie à L’OLJ être témoin « d’une jeunesse qui est en train de monter, qui apporte un coup de fraîcheur, une bouffée d’oxygène, un regard neuf et une nouvelle façon de s’exprimer ; une génération talentueuse et inspirante qui change des classiques avec qui (il) a grandi », à laquelle sa «génération s’accroche, et dont (il) apprend beaucoup. » Peu d’initiatives et de lieux comme Beirut Photo, qui permettent la rencontre et l’échange intergénérationnels entre les jeunes créatifs et les professionnels expérimentés, qui nourrissent et enrichissent la scène visuelle libanaise, réussissent à perdurer.

Pour Patrick Baz, « la culture est l’oxygène du pays. C’est tout ce qui reste. La « mafia » nous prend tout, mais n’a pas encore réussi à mettre la main dessus. Aujourd’hui ils pensent (la mafia) à voler le soleil en essayant de trouver un moyen de taxer l’énergie solaire… » Espérons qu’ils ne trouvent pas un moyen de taxer l’oxygène.

Les deux organisateurs de Beirut Photo tiennent au final à remercier leurs partenaires, dont l’Institut français, Mina Image Centre, Artnub Beirut et Souk el Tayeb, ainsi que les bénévoles, sans qui l’initiative n’aurait pu avoir lieu.

* « Education du regard » ; Atelier photo jeune public (6/10 ans) ; Tawlet Souk el Tayeb, Beyrouth ; Dimanche 2 octobre 14h-15h ou 15h30-16-30. Inscription sur [email protected]

** « Oh Liban ! » ; Frédéric Stucin ; Usine d’Abroyan, Beyrouth ; Jusqu’au dimanche 9 octobre de 4h à 10h. Entrée libre.

*** Beirut Photo Fair ; Souk el Tayeb, Beyrouth ; Samedi 1er octobre de 17h à 21h et dimanche 2 octobre de 12h à 20h. Entrée libre.


Beirut Photo est une initiative née l’année dernière d’une amitié vieille de presque dix ans entre deux grands noms du monde de la photographie : Marine Bougaran et Patrick Baz, qui ont mis en commun les savoir-faire de la plateforme SOURA et de l’ONG Beirut Center of Photography (BCP) dont ils sont respectivement co-fondateurs. Grâce au soutien de leurs organisations...

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