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Lifestyle - Mode

Le sac-poubelle de Balenciaga, nouvel objet de désir ?

Le sac-poubelle de Balenciaga, nouvel objet de désir ?

Le Balenciaga Trash Bag. Photo tirée du site officiel de Balenciaga

On l’avait aperçu en mars, au défilé automne-hiver 2022 de Balenciaga, au Parc des expositions du Bourget, donné sous un dôme de verre où soufflait une tempête de neige. Il est désormais disponible en boutique (mais pas encore vendu en ligne sur le site de la marque). De quoi s’agit-il ? Du One-Man’s Trash Bag, un sac imitant le classique sac-poubelle, mais en cuir de veau avec des cordons contrastés. Le prix de la chose se monte à 1 790 dollars et aussi absurde que cela pourrait sembler, la demande suit. Le directeur artistique Demna Gvasalia n’en est pas, dans le domaine du luxe décadent, à son premier forfait. Ses collections précédentes ont compté de hideux Crocs à talons et des baskets used qui semblent avoir été portées par un éboueur sous la pluie avant d’être livrées à un chiot pour y faire ses dents. Sa première invention du genre a été l’imitation du populaire sac de marché Ikea, bleu et jaune déjà, comme les couleurs de l’Ukraine où le créateur a passé son enfance de migrant, fuyant la Géorgie en guerre pour la douce Odessa d’alors. Dans la collection

automne-hiver 2022, la combinaison en bandes de sécurité jaunes déroulées sur le corps de Kim Kardashian a d’ailleurs volé la vedette au sac-poubelle qu’on avait presque oublié, le rangeant au rayon des accessoires de scène, avant sa surprenante apparition en boutique la première semaine d’août.

Le Balenciaga Trash Bag. Photo tirée du site officiel de Balenciaga

Souvenons-nous de ce défilé. La voix off de Demna Gvasalia, à l’ouverture et à la clôture, déclamant un poème ukrainien de 1917 : « Vive l’Ukraine, pour la beauté, la force, la vérité, la liberté. » L’agression de l’Ukraine par la Russie était à ses débuts et le monde ressemblait déjà à une dystopie, avec le réchauffement climatique qui n’était plus une menace mais une réalité. La tempête sous laquelle se donnait le défilé imposait aux mannequins une marche difficile à travers une purée de pois, cheveux mouillés et peut-être grelottants. Le vent redessinait à sa guise une collection inspirée de la traversée des migrants fuyant la guerre. Ce vestiaire était directement inspiré des souffrances de ces derniers, équipés de parkas, de combinaisons de korrigans et de sacs improbables dans lesquelles, sous ce genre d’urgence, on essaye de serrer ce qu’on a de plus précieux ou de plus nécessaire. Cet hiver lui-même ne durera que le temps de secouer cette boule à neige de toutes les nostalgies : « Dans un avenir pas si lointain, ce qui était autrefois considéré comme omniprésent, voire même banal, est désormais raréfié et ne peut souvent être vécu que par simulation. La météo, par exemple, est fabriquée par des machines ou rendue numériquement ; la neige est exotique. Le terme ‘’hiver’’ prend un nouveau sens, bien qu’il soit imprégné de la nostalgie d’une époque où les saisons étaient prévisibles.

Le Balenciaga Trash Bag. Photo tirée du site officiel de Balenciaga

Balenciaga Winter 22 est présenté sur un champ blanc infini, encapsulé dans un écran de verre protecteur. Dans ce live stream 3-D réel avec une vue à 360 °, nous observons l’idée d’une saison telle que nous la connaissions autrefois. De la même manière qu’une boule à neige souvenir préserve un souvenir, le présent imminent se joue dans une tempête fabriquée, faisant correspondre les hivers passés à ceux à venir », disait le manifeste de la collection.

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Mais les acheteurs de ces articles sont moins cérébraux que ne le veut le créateur. Et ceux qui sont prêts à débourser 1 790 $ pour un sac qui ressemble de loin comme de près à un sac-poubelle ne jouent au final que le jeu de la frime. Ils adhèrent ainsi à l’ironie grinçante de Gvasalia qui trouve, dans ce coup médiatique, la preuve qu’il peut faire acheter n’importe quoi à n’importe qui, pourvu que ce naïf soit un adorateur du dieu logo qui lui confère un peu de sa puissance.

Sur une note plus positive, on peut supputer aussi une intention de Gvasalia d’embourgeoiser l’accessoire du pauvre, migrant, SDF ou éboueur, ajoutant par sa manière très détournée un peu de glamour et de désir à ses pauvres choses.


On l’avait aperçu en mars, au défilé automne-hiver 2022 de Balenciaga, au Parc des expositions du Bourget, donné sous un dôme de verre où soufflait une tempête de neige. Il est désormais disponible en boutique (mais pas encore vendu en ligne sur le site de la marque). De quoi s’agit-il ? Du One-Man’s Trash Bag, un sac imitant le classique sac-poubelle, mais en cuir de veau avec des...

commentaires (2)

Desole mais c'est laid. J'espere que Balenciaga n'a pas prevu de "fragrance" avec ce sac...

Michel Trad

22 h 47, le 15 août 2022

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Commentaires (2)

  • Desole mais c'est laid. J'espere que Balenciaga n'a pas prevu de "fragrance" avec ce sac...

    Michel Trad

    22 h 47, le 15 août 2022

  • Le pauvre, le migrant qui avançait dans la neige en sandales l'hiver dernier, et qui n'a jamais été accueilli en Europe comme les réfugiés ukrainiens blonds aux yeux bleus... discrimination oblige! Si on veut rester positif, c'est à ces pauvres-là qu'il faudrait reverser le prix payé par les crétins qui veulent frimer! A bon entendeur!

    Politiquement incorrect(e)

    17 h 59, le 15 août 2022

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