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Politique - Éclairage

Quand Joumblatt torpille les plans des FL

La rencontre jeudi entre le chef du PSP et deux représentants du Hezbollah a redistribué les cartes.

Quand Joumblatt torpille les plans des FL

Le chef des Forces libanaises Samir Geagea et le chef du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt. Photo d’archives/AFP

S’il est une figure politique au Liban qui risque de faire les frais du rapprochement amorcé par Walid Joumblatt avec le Hezbollah, c’est bien Samir Geagea. Le chef des Forces libanaises, adversaire numéro un du parti chiite et de son camp, va devoir désormais mener la bataille présidentielle sans les huit députés du groupe parlementaire du Parti socialiste progressiste. Le recentrage du leader druze ne manquera pas de torpiller les efforts entrepris récemment par le chef de FL en vue de rassembler une opposition plurielle sous sa houlette et l’inciter à s’entendre sur un candidat de confrontation avec le Hezbollah, ou sinon à faire blocage, en provoquant un défaut de quorum, à l’élection d’un président pro-8 Mars.

Le camp de l’opposition est-il pour autant devenu orphelin de Walid Joumblatt ? La réponse est d’autant plus complexe que les jeux sont loin d’être faits et que l’opposition, entendue dans son acception globale, est à ce stade encore en plein éclatement en dépit des tentatives timides de serrer les rangs. Une chose est sûre : le recentrage du leader druze mènera inéluctablement à scinder un camp déjà branlant et dont plusieurs composantes sont récalcitrantes à l’idée de rejoindre les FL dans leur bataille. « Il est clair que Walid Joumblatt se situe, politiquement parlant, aux antipodes de Samir Geagea qui cherche à attirer vers lui le camp de l’opposition », affirme à L’Orient-Le Jour le conseiller de Hassan Nasrallah, Hussein Khalil. Le chef du PSP n’a d’ailleurs pas dissimulé ses divergences profondes avec le chef des FL ces derniers temps. « Il a sa politique et moi la mienne (…) Les FL sont une chose, et les forces du changement une autre », avait déclaré M. Joumblatt lundi dernier à la chaîne jordanienne al-Mamlaka.

En tendant la main au parti chiite avec lequel il continue pourtant d’avoir des divergences majeures, notamment sur le plan stratégique, le leader druze a non seulement anticipé les revirements géopolitiques en gestation – qu’ils soient bénéfiques ou non au Liban – mais il a aussi réussi à reprendre du même coup les rênes du jeu interne. En véritable équilibriste, le chef du PSP sait pertinemment que la polarisation actuelle qu’incarnaient notamment le Hezbollah et les FL n’est pas la bonne formule, et qu’un recentrage était plus que nécessaire aujourd’hui pour pouvoir remettre le pays sur les rails. Ces derniers temps, le chef du PSP a d’ailleurs multiplié les interventions pour rappeler ce qu’il considère comme les priorités de la phase actuelle, à savoir le redressement économique et les réformes requises pour un accord avec le Fonds monétaire international, des dossiers bien plus urgents à ses yeux que les grandes questions stratégiques comme les armes du Hezbollah.

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« Walid Joumblatt est contre l’idée de repolariser la scène interne. Il ne veut surtout pas rejoindre un camp opposé au Hezbollah sous la houlette de Samir Geagea », décrypte Michael Young, le rédacteur en chef de Diwan, le blog du Carnegie Middle East Center. Ce n’est pas un revirement de 180 degrés que tente d’opérer le chef du PSP, s’accordent à dire plusieurs observateurs, mais plutôt une réorientation de ses priorités politiques en direction d’une formule consensuelle autour de laquelle la majorité des protagonistes pourraient se retrouver. Y compris le camp de l’opposition. On apprenait d’ailleurs, de source proche de la réunion qui s’est tenue jeudi à Clemenceau, que M. Joumblatt a passé au crible avec les deux cadres du Hezbollah (Hussein Khalil et Wafic Safa, responsable du comité de coordination au sein du parti chiite) les candidats trop marqués politiquement. On peut en déduire qu’il s’agissait, entre autres, aussi bien de Samir Geagea que de Gebran Bassil, le chef du Courant patriotique, deux noms qui auraient été mis à l’index. « Walid Joumblatt estime que la présidence de la République doit être le fruit d’un consensus national. Il veut en même temps avoir une politique indépendante de tous les bords », ajoute M. Young.

Tirer le tapis sous les pieds de Geagea

S’il fait un pas en direction du parti chiite, dont la décision est incontournable dans l’échéance présidentielle, le leader druze n’en espère pas moins attirer vers lui des composantes du camp anti-Hezbollah, cherchant ainsi à tirer le tapis sous les pieds de Samir Geagea, dont l’ambition était précisément de se poser en leader de l’opposition. « Si la nouvelle majorité (parlementaire) et les forces de la contestation parvenaient à s’unir, nous pourrions définir (ensemble) un programme politique et économique. Mais si certains tiennent à se considérer comme les tuteurs de l’échéance présidentielle, ce sera une manière de consacrer la victoire de l’axe de la moumanaa qui, lui, est unifié et soudé », avait prévenu, lundi, M. Joumblatt. Un message on ne peut plus clair à Samir Geagea. Mais aussi un appel sans équivoque à certaines composantes de l’opposition et aux députés de la contestation à rejoindre sa ligne centriste. C’est aussi une manière de dire que le recentrage ne signifie pas pour autant qu’il a complètement lâché le camp souverainiste. Le fait qu’il ait dépêché hier son fils, Taymour, auprès du patriarche maronite Béchara Raï est en soi un indicateur sur les constantes souverainistes du leader de Moukhtara. « S’il est animé d’une volonté de ne de ne pas se laisser déborder par d’éventuelles mutations géopolitiques (…), ce n’est pas quelqu’un qui coupera les ponts », analyse Karim Bitar, politologue.

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C’est d’ailleurs sur les constantes stratégiques du leader druze que tablent les FL qui cherchent à minimiser la portée de la réunion de Clemenceau. « On ne peut pas dire que Walid Joumblatt a basculé d’un camp à l’autre. Sur le plan stratégique, il est encore à sa place », dit le porte-parole des FL, Charles Jabbour, qui estime qu’il n’y a rien de nouveau dans la rencontre pour ce qui est de la forme, faisant valoir le fait que le leader druze se réunit de manière plus ou moins irrégulière avec le Hezb depuis les événements du 11 mai 2008, en référence aux graves heurts qui avaient opposé druzes et chiites à Choueifate. Pour autant, les FL refusent d’avaliser la thèse selon laquelle le rapprochement PSP-Hezbollah va inéluctablement se faire aux dépens de l’opposition, plus précisément des FL qui risquent de se retrouver isolées. « On ne peut certainement pas dire cela d’un parti qui jouit de la plus grande représentativité sur la scène chrétienne et d’un bloc de cette ampleur et qui tient un discours transcommunautaire », lance M. Jabbour.


S’il est une figure politique au Liban qui risque de faire les frais du rapprochement amorcé par Walid Joumblatt avec le Hezbollah, c’est bien Samir Geagea. Le chef des Forces libanaises, adversaire numéro un du parti chiite et de son camp, va devoir désormais mener la bataille présidentielle sans les huit députés du groupe parlementaire du Parti socialiste progressiste. Le recentrage...

commentaires (6)

Un meilleur titre serait: Quand Joumblatt torpille les espoirs de changement.

Elie George Haddad

06 h 51, le 14 août 2022

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Commentaires (6)

  • Un meilleur titre serait: Quand Joumblatt torpille les espoirs de changement.

    Elie George Haddad

    06 h 51, le 14 août 2022

  • Aucune feuille de route ni de programme annoncé par les soit disant candidats de pacotilles. Que des combines et des mesquineries pour savoir qui va gagner ce bras de fer qui se joue entre des éclopés. Le pays est en voie de disparition, libanais vous êtes les seuls à pouvoir arrêter cette mascarade et ce massacre qui n’ont que trop duré.

    Sissi zayyat

    18 h 46, le 13 août 2022

  • Quelle stratégie attendre des chefs de milices ? Toujours dans le perdant-perdant. Ils vivent de l’anarchie…seule constante depuis des dizaines d’années; le reste c’est des mensonges pour mobiliser les braves moutons.

    Sam

    17 h 29, le 13 août 2022

  • Geagea doit comprendre qu’on ne peut pas mobiliser ses troupes en jouant solo. Il faut qu’il soit conséquent et qu’il montre sa bonne volonté à souder cette opposition loin des considérations égocentriques et puérils. Un consensus et une oreille bien veillante de tous les partis opposants pour développer la stratégie à suivre n’est pas de trop. Il faut être ouvert et mettre son ego de côté s’il veut sortir triomphant avec tous les opposants face à un bloc soudé de vendus qui eux se montrent unis face à l’adversité. Si Geagea n’a pas compris qu’il ne s’agit pas là de sauver son ego mais le pays, il se retrouvera seul et isolé et finira par perdre et faire perdre la bataille démocratique sur laquelle misent tous les libanais. Une remise en question de ses motivations est plus que nécessaire pour sortir de cette impasse. Il peut rectifier le tir en se montrant plus conciliant et moins obtus pour y arriver. L’union fait la force.

    Sissi zayyat

    10 h 47, le 13 août 2022

  • Bien alambiqué cet article à décharge de W. Joumblat.

    Je partage mon avis

    09 h 55, le 13 août 2022

  • Ok si vous y avez pensez comme vous que vous le saviez depuis 2008 .. on verra bien !! Mais ce que Jumblatt a dit est bien d’ordre stratégique quand il dit qu’il ne croit pas en la neutralité Mr Jabbour … Jumblatt a fait se revirement car il anticipe un accord avec l’Iran à l’externe et a l’interne il a compris que l’unification de l’opposition se réalisera et sera de confrontation ce que je ne comprend pas c’est le pq revenir en arrière mais le passer nous a montrer que cette formule consensuelle ne marche passss

    Bery tus

    01 h 09, le 13 août 2022

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