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Politique - Éclairage

Derrière la main tendue de Joumblatt au Hezbollah

Le leader druze anticipe les évolutions régionales et veut trouver un terrain d’entente avec le parti chiite.

Derrière la main tendue de Joumblatt au Hezbollah

Le leader druze Walid Joumblatt. Joseph Eid/Archives AFP

Walid Joumblatt est obsédé par la géopolitique. Il est sans doute le leader libanais qui s’y intéresse le plus. Sans doute aussi celui qui adapte le plus ses positions en fonction de l’évolution de cette donnée. En ce moment, il a de quoi faire. Entre les négociations sur le nucléaire iranien, la guerre en Ukraine, les discussions entre l’Arabie saoudite et l’Iran et, à un niveau plus local, le dossier de la démarcation de la frontière maritime avec Israël, la géopolitique fait son grand retour, et la région est à nouveau dans une période où elle peut basculer dans l’escalade ou dans le compromis. Dans les deux cas, Walid Joumblatt semble avoir considéré qu’il était temps de faire un pas en direction du Hezbollah.

Le leader druze a multiplié ces derniers temps les appels en ce sens. Lors de l’arrestation de l’archevêque Moussa el-Hage par la Sûreté générale à Naqoura, il s’est démarqué des autres leaders de l’ex-14 Mars en appelant à traiter la question calmement, à laisser le pouvoir judiciaire faire son travail et à refuser toute aide venant d’Israël, peu importe son destinataire, même lorsqu’elle doit parvenir aux druzes. C’était le premier signe de rapprochement avec le parti chiite. Quelques jours plus tard, Walid Joumblatt ne fermait pas la porte à un soutien à Sleiman Frangié pour la présidentielle, alors qu’il avait pourtant affirmé, quelques jours avant les élections législatives, qu’il ne voterait ni pour Gebran Bassil ni pour Sleiman Frangié, tous deux considérés comme des candidats du Hezbollah. Mais c’est dans son interview accordée lundi à la chaîne jordanienne al-Mamlaka que Walid Joumblatt a réellement tendu la main au parti pro-iranien. Interrogé sur la possibilité d’une guerre entre le Hezbollah et Israël, il a semblé comprendre les préoccupations militaires du parti et a dit se tenir aux côtés des chiites en cas de détérioration de la situation. Concernant les armes du parti et le dossier de la démarcation de la frontière maritime, il a justifié le lancement des drones du Hezbollah vers le champ de Karish, expliquant qu’il s’agissait d’une réponse à l’invasion de l’espace aérien libanais par les drones israéliens et d’une tentative de pression dans ce dossier. Sur la question de la neutralité du Liban par rapport aux conflits régionaux, il a refusé le principe, affirmant qu’il ne pouvait pas être appliqué avec un « ennemi israélien ambitieux aux frontières », prenant ses distances par rapport aux propositions du patriarche maronite Béchara Raï et du chef des Forces libanaises, Samir Geagea. Cette prise de position pourrait laisser des traces dans le camp de l’ex-14 Mars et avoir des effets importants sur la présidentielle.

« Un nom consensuel »

D’autant que le maître de Moukhtara ne souhaite pas en rester là. Lors de cette même interview, il a annoncé qu’il allait rencontrer une délégation du Hezbollah dans les jours à venir. Cette rencontre a été préparée il y a deux semaines entre Walid Joumblatt et le responsable du comité de coordination du Hezbollah, Wafic Safa. Selon les informations de L’Orient-Le Jour, elle se tiendra aujourd’hui ou demain. Outre Wafic Safa, Hussein Khalil, conseiller politique de Hassan Nasrallah, sera présent. « Dans cette affaire, Nabih Berry a joué comme toujours les intermédiaires », selon un conseiller du président du Parlement.

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L’OLJ a appris que la réunion entre le leader druze et le Hezbollah aurait un volet technique et un autre plus politique. Sur le premier plan, Walid Joumblatt souhaiterait comprendre la position du Hezbollah sur les négociations avec le Fonds monétaire international et sur la possibilité de retirer le ministère de l’Énergie des mains du Courant patriotique libre. Sur le second plan, qui sera au cœur de la réunion, il s’agira surtout de parler de l’élection présidentielle. Sleiman Frangié semble être pour le moment le candidat du parti chiite, même s’il ne l’a pas encore officiellement soutenu. Mais pour obtenir la majorité des deux tiers, nécessaire à une élection au premier tour ou au quorum lors des tours suivants, il lui faudra chercher des voix au-delà des rangs de l’ex-8 Mars. « Le président ne peut être élu sans un accord avec le Hezbollah », dit un proche de Walid Joumblatt. « Nous devons donc nous entendre sur un nom consensuel », ajoute-t-il. Le chef du PSP avait soutenu le leader des Marada en 2016, avant l’élection de Michel Aoun qui avait alors profité du revirement de Samir Geagea. « Joumblatt ne veut pas se faire avoir cette fois-ci. Il a décidé d’agir en amont », dit le proche du leader druze, sans préciser ce que cela implique. En 2013, le chef du Parti socialiste progressiste s’était entendu avec le Hezbollah pour permettre la désignation de Tammam Salam en tant que Premier ministre. Il semble être dans la même logique. « Joumblatt ne parle pas à Aoun et à Bassil. Il est obligé d’ouvrir un dialogue avec le Hezbollah pour qu’une entente ait lieu lors de la présidentielle », ajoute le proche précité.

« Éviter un nouveau 7 mai »

Walid Joumblatt anticipe-t-il une escalade ou un compromis à l’échelle régionale ? Dans les rangs du PSP, on assure que les choses ne sont pas encore claires et que le leader druze scrute les événements de près. « Joumblatt doit accompagner les mutations dans la région. S’il y a un accord sur le nucléaire ou s’il y a un conflit, il ne peut pas se retrouver isolé », dit un député du parti qui a requis l’anonymat. « Il veut éviter un nouveau 7 mai (quand le Hezbollah et ses alliés avaient envahi des quartiers de Beyrouth ainsi que la Montagne, NDLR) », ajoute le député.

Du côté des opposants au Hezbollah, les positions de Walid Joumblatt ne passent pas. Même si ce n’est pas la première fois qu’il se recentre, le leader druze est compté parmi les rangs du camp anti-Hezbollah, celui-là même qui souhaite élire un président en dehors de l’influence du parti chiite. Avec Walid Joumblatt, cela paraissait difficile. Sans lui, c’est tout simplement impossible. « Joumblatt parle comme Hassan Nasrallah », tance une figure du 14 Mars qui considère que le leader druze a affaibli son propre camp.

Walid Joumblatt se replace dans une position dans laquelle il peut faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Sauf que, de ses propos, une tendance pour faire élire un candidat de consensus et non de confrontation se dégage, d’où la main tendue au parti de Dieu et peut-être d’autres composantes dans l’avenir. « S'il réussit, il sera le parrain du compromis », souligne le proche de Moukhtara. Le leader druze semble vouloir rééditer l’expérience de son père. En 1970, lors de l’élection présidentielle, Sleiman Frangié l’avait emporté d’une voix sur Élias Sarkis, la voix de Kamal Joumblatt. Mais l’expérience a été décevante et la guerre a éclaté, poussant Kamal Joumblatt à obtenir un consensus autour de Sarkis en 1976 afin que ce dernier gère la crise.

« La rencontre avec le Hezbollah ne va pas mettre fin à tous nos différends avec le Hezbollah, mais vise plutôt à neutraliser le différend stratégique sur les orientations politiques », dit le proche de Walid Joumblatt. Encore lors de l’interview, ce dernier a déclaré que « le Hezbollah ne vient pas de Mars, mais est plutôt né de circonstances libanaises objectives à la suite de l’invasion israélienne du Liban et représente une grande composante des Libanais ». Et de poursuivre : « Tout président élu doit établir un programme qui comprenne une manière de dialoguer avec le Hezbollah, et donner la priorité plus tard à la manière dont l’État peut intégrer les armes du parti dans le cadre de la stratégie de défense de l’État libanais. »


Walid Joumblatt est obsédé par la géopolitique. Il est sans doute le leader libanais qui s’y intéresse le plus. Sans doute aussi celui qui adapte le plus ses positions en fonction de l’évolution de cette donnée. En ce moment, il a de quoi faire. Entre les négociations sur le nucléaire iranien, la guerre en Ukraine, les discussions entre l’Arabie saoudite et l’Iran et, à un...

commentaires (17)

Un politicien pur sang… xxx

Jack Gardner

13 h 45, le 11 août 2022

Tous les commentaires

Commentaires (17)

  • Un politicien pur sang… xxx

    Jack Gardner

    13 h 45, le 11 août 2022

  • Joumblat adore son ombre mais contrairement à Narcisse, il ne tient pas à mourir de langueur ,,mais plutôt s’activer à gauche ,à droite tel un luron endiablé.

    Wow

    12 h 10, le 11 août 2022

  • Joumblatt est un caméléon…..

    Eleni Caridopoulou

    12 h 09, le 11 août 2022

  • Au moins c'est clair ! je voudrais juste renvoyer a M Jumblatt sa fameuse phrase " Hanoi ou Hong Kong". En l'occurence Dahyé/Khandak Ghamik/Charaouneh ou Ashrafieh/Verdun/BeitEddine ? Ce conflit n'a plus rien de politique. On est dans un conflit civilisationel.

    Lebinlon

    11 h 01, le 11 août 2022

  • Au moins Walid Joumblat a le don de nous amuser à défaut de nous surprendre étant donné que sa veste est en lambeaux vu le nombre de fois qu’il l’a retournée. Les autres politiciens sont aussi clowns mais ils ne font pas rire

    Liberté de penser et d’écrire

    10 h 35, le 11 août 2022

  • J'adore les commentaires de cet article, bravo les lecteurs, le courage ni l'humour ne font défaut aux libanais.

    Je partage mon avis

    10 h 01, le 11 août 2022

  • Il avait un maître des derviches tourneurs en la personne de François Mitterand.

    Ziadé Samir

    09 h 15, le 11 août 2022

  • le leader druzoide est un maître gyrovague. il aime faire la une, quitte à virervolter 90 ou 180 °. s'il sent que l'information se fait ailleurs sans lui, il crève et devient prêt à tout. il s'est assuré le leadership de sa communauté par son alliance avec les FL, maintenant il veut reprendre sa liberté de se donner au plus offrant. et il trouvera toujours des politiciens et des éditorialistes pour vanter son flair, sa capacité d'adaptation et son sens de la survie....et de la dissimulation (taquia) autant de paravents pour cacher l'ignominie d'une éternelle girouette , avant les FL; il y a eu hariri...et d'autres suivront...

    Elias Austa

    08 h 58, le 11 août 2022

  • Girouette cacahuète…

    Liberté de penser et d’écrire

    08 h 56, le 11 août 2022

  • Quel pays vraiment , de crise en crise sans répit , depuis sa naissance , depuis le Moyen-Âge , depuis les Phéniciens , comme disait Charles Corm : "Toutes les nations se sont toujours ruées , Pour quelque triste argent, pour quelque vil métal, Sur ce petit lopin de terre exténié , Qui leur devint fatal ! Car on n'a jamais vu nulle part sur la terre , Ni si petit pays ni si vaste destin , Que tant d'aigles aient pris d'assaut ,Tant de lumière, D'un peuple aussi restreint ! Nous avons dit l'énigme et la cosmogonie, Tranché les noeuds gordiens des foudres du soleil, Et nous n'avons jamais enduré d'agonie, Sans l'espoir d'un réveil !" (La Montagne Inspirée) Nous ne cesserons donc jamais de nous étonner nous même, de nous défier les uns les autres ? Être libanais serait-il une condamnation à vivre éternellement dans l'incertitude et l'inquiétude ? Ne serons-nous donc jamais sereins et tranquilles comme des Suisses ? Réponse : JAMAIS . Nous sommes donc des masochistes ? Que sais-je ?

    Chucri Abboud

    08 h 47, le 11 août 2022

  • Une façon comme une autre de se reserver une part du gâteau dans le prochain mandat. Du dejà vu. C’est ça la haute politique libanaise !

    Goraieb Nada

    07 h 28, le 11 août 2022

  • Pitié...!!!...un nous suffit amplement...deux sur une même photo deviennent carrément indigestes...Irène Saïd

    Irene Said

    07 h 05, le 11 août 2022

  • L'attitude de Joumblatt à l'égard du Hezbollah est pleine de sagesse.Il est grand temps d'effectuer un dialogue profond et franc avec ce parti au sujet de sa politique et de ses armes et voir comment l'Etat libanais peut intégrer ces armes dans une stratégie de défense nationale. M.Z

    ZEDANE Mounir

    03 h 17, le 11 août 2022

  • " 'éédo éé'liin " avait sommé le Doigt-levé les FL et bien sûr, du coup, tous les libanais... alors on ne comprend pas la signification de cette main tendue du beik de Moukhtara, au confident exclusif de dieu...? Sauf si Walid beik, tout comme moi, souffre de cataracte et doit être guidé par la main du tout puissant... tout ça est aussi bizzare qu'un cocktail d'arack au ayran... [email protected]!

    Wlek Sanferlou

    03 h 04, le 11 août 2022

  • OLJ, I wish you could do an investigative report of the track record of the FPM at the helm of the ministry of energy including their attempts to develop the electric grid or lack thereof, and building the failed dams, that many experts have indicated are not needed.

    Mireille Kang

    02 h 40, le 11 août 2022

  • Peut-être que Monsieur Joumblatt voulait suivre les pas de Dorian Gray en se faisant commander son portrait. Mais manifestement les choses ne se sont pas passées comme il s'y attendait!

    Georges Airut

    02 h 09, le 11 août 2022

  • Wlk yalla... le jeu des vestes musicales, une spécialité de la maison...

    El moughtareb

    00 h 41, le 11 août 2022

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