Walid Joumblatt serrant la main de Sethrida Geagea. Photo tirée du compte Twitter de la députée FL
Walid Joumblatt renoue avec une certaine forme de centrisme, au grand dam de ses alliés. Dans une interview sur la chaîne LBCI mardi soir, le leader druze s’est affiché comme une figure ouverte au compromis, tout en assumant son appartenance à la « nouvelle majorité », celle du camp anti-Hezbollah. Ainsi, plusieurs mois après avoir déclaré qu’il ne soutiendrait ni le leader des Marada, Sleiman Frangié, ni le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil (tous deux alliés du Hezbollah), à l’élection présidentielle, il a laissé savoir que « Taymour (son fils et héritier politique) et le Rassemblement démocratique (8 députés) pourraient avoir leur propre opinion », gardant ainsi toutes les options ouvertes. C’est donc un Walid Joumblatt fidèle à son positionnement de défenseur des lignes médianes qui a abordé lors de cet entretien les principaux dossiers faisant l’actualité. Ce positionnement lui a toujours permis, dans nombre de litiges, de faire pencher la balance en faveur de tel ou tel camp. Une attitude qui a toujours été mue par une même et principale inquiétude, celle de protéger la montagne druze des aléas d’une polarisation accrue du paysage politique.
Ce centrisme joumblattiste met dans l’embarras les Forces libanaises qui comptent sur le soutien du leader druze, notamment en vue de la bataille présidentielle. « Walid Joumblatt a renoué avec sa position centriste », a ainsi tweeté la députée FL de Bécharré Sethrida Geagea, dans ce qui paraissait être une critique accompagnée d’une salve de messages fermes à l’encontre du leader de Moukhtara.
« Un épisode qui va passer »
Malgré leur alliance aux élections législatives et leur appartenance au camp de l’opposition au mandat actuel, les deux partis ne sont pas sur la même longueur d’onde. Le refus des FL de soutenir Nawaf Salam lors des consultations parlementaires contraignantes pour désigner un Premier ministre a illustré cette dissonance, M. Joumblatt ayant poussé pour une nomination de l’ancien ambassadeur et juge à la Cour internationale de justice. Quant à l’échéance présidentielle, les deux formations ne semblent pas non plus partager la même vision. La semaine dernière, Samir Geagea affirmait qu’il était un « candidat naturel » à la magistrature suprême, mais qu’il n’avait pas de problème à soutenir le commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, perçu comme le favori des chancelleries arabes et occidentales. « Que ceux qui s’affichent comme des candidats de premier plan nous expliquent quel est leur programme », a affirmé M. Joumblatt au cours de son interview, dans une critique des candidats officieux tels que Sleiman Frangié, Gebran Bassil, mais aussi Samir Geagea. « Il se peut que nous ne votions pour aucun d’entre eux. Nous soutiendrons le candidat qui a un véritable programme, quel que soit son bord politique, et peu importe ce que réclament les ambassades », a lancé le leader de Moukhtara. Du côté des Forces libanaises, on ne s’estime pas concerné par ce message. « Walid Joumblatt sait très bien que les FL ont présenté un programme pour une République forte en 2014, en plus des nombreuses conventions politiques que nous avons signées ensemble, fait savoir Charles Jabbour, porte-parole du parti chrétien. Nous souhaitons toujours trouver un accord avec lui pour élire un président de la République distant de l’axe pro-iranien. »
L’affaire Moussa el-Hage, l’archevêque maronite de Haïfa et de Jérusalem, qui a été interpellé à son retour d’Israël et qui a vu l’aide humanitaire qu’il transportait confisquée, a également fait l’objet de divergences entre le leader druze et les autres parties « souverainistes ». Le leader du Chouf a en effet appelé au calme et au respect des institutions judiciaires, tant sur cette affaire que sur l’enquête sur la double explosion au port de Beyrouth menée par Tarek Bitar. Il est allé jusqu’à défendre Fadi Akiki, commissaire du gouvernement près le tribunal militaire par intérim, sur ordre de qui Mgr Hage a été détenu à Ras Naqoura, en déclarant que « Samir Geagea n’a pas le droit de traiter Fadi Akiki de traître ». Ce qui a fortement déplu aux FL. « Il est bel et bien traître, celui dont les décisions sont dictées par des sources connues et celui qui n’a pas de problèmes à monter des dossiers de toutes pièces et à violer les lois et abuser de son pouvoir (...) », a rapidement rétorqué Sethrida Geagea sur son compte Twitter. « Il ne faut pas que Walid Joumblatt confonde le bien et le mal et compare l’affaire Hage, une tentative du Hezbollah d’humilier l’Église maronite, à la double explosion au port », abonde M. Jabbour. De son côté, le député druze Marwan Hamadé, connu pour ses bonnes relations avec Meerab, affirme que ce désaccord n’est « qu’un épisode qui va passer ». Il semblait hier soir que l’épisode soit déjà passé, le chef du PSP ayant posté un tweet dans lequel il explique en substance qu’il vaut mieux renoncer à la polémique pour ne pas avoir à faire face au « fanatisme ». Des sources du parti joumblattiste ont par la suite affirmé à des médias en ligne que des contacts avaient eu lieu avec les FL pour mettre fin à la querelle.
Frangié à Aïn el-Tiné
Le positionnement centriste confirme M. Joumblatt dans son rôle de faiseur de roi au sein d’un Parlement fortement polarisé, d’autant plus que la plupart des acteurs politiques, dont le Hezbollah, semblent à la recherche d’un candidat de compromis à la présidentielle. Selon Marwan Hamadé, le PSP soutiendra un candidat « capable de protéger les institutions et de réformer l’État ». Si le PSP ne souhaite pas un président de confrontation avec le Hezbollah, il préfère toutefois un candidat de consensus à Sleiman Frangié. Il pourrait soutenir ce dernier s’il y a une convergence autour de lui et qu’il n’est sujet à aucun veto arabe ou occidental, ajoute une source proche de Moukhtara sous le couvert de l’anonymat.
Après Dimane, le leader des Marada s’est de son côté rendu hier à Aïn el-Tiné, domicile du président du Parlement Nabih Berry, pour évoquer l’élection présidentielle. Nabih Berry et Sleiman Frangié sont considérés comme des alliés politiques solides, d’autant plus que le chef du mouvement Amal a soutenu jusqu’à la dernière seconde l’arrivée de M. Frangié à la magistrature suprême entre 2014 et 2016, quand Michel Aoun fut finalement élu. « Nous formons une seule équipe avec le président Berry », a affirmé M. Frangié aux journalistes qui l’attendaient à la sortie de la réunion. Celle-ci, qui a duré environ une heure, s’est déroulée en présence de l’ex-ministre Youssef Fenianos, proche des Marada, et du député Ali Hassan Khalil, bras droit du président Berry. Selon des informations obtenues par L’OLJ, M. Joumblatt a pris contact avec M. Berry après le départ de M. Frangié, sans toutefois aboutir à des avancées concrètes. Des sources concordantes relayent en outre que la réunion entre Gebran Bassil et Sleiman Frangié, qui semblait imminente il y a quelques jours, est désormais difficilement envisageable. Du moins dans un futur proche.



"… Walid Joumblatt enfile le costume de faiseur de roi …" - Quoi? Ce n’est plus gendrillon qui est faiseur de roi? Mais mais mais, et son discours d’il y a trois jours?
19 h 04, le 29 juillet 2022